Mettez-nous en garde, mais ne nous insultez pas!

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L’ancien directeur général de l’information à Radio-Canada, Alain Saulnier, a récemment publié Ici ÉTAIT Radio-Canada pour démontrer comment notre radio-télédiffuseur national est passé d’un service public à un service d’État, notamment sous le règne du pdg actuel, Hubert T. Lacroix. Il n’y a plus ce «maintien d’une saine distance entre le diffuseur public et le gouvernement».

Cette «saine distance» est ce qu’on appelle «arm’s length» en anglais, c’est-à-dire le maintien d’une indépendance vis-à-vis le gouvernement. De John Diefenbaker à Jean Chrétien, conservateurs et libéraux ont plus que moins respecté cette saine distance, les gouvernements se limitant à nommer les membres du conseil d’administration et le pdg de CBC/Radio-Canada. C’est sous Stephen Harper que la saine distance est rapidement disparue.

Le pdg de CBC/Radio-Canada peut bien être l’homme (il n’y a jamais eu de femme) du gouvernement en place, mais il doit garder ses distances. Ce n’est pas le cas d’Hubert T. Lacroix, qui maintient des liens avec le chef de cabinet du premier ministre. Il accepte (propose?) même que le Bureau du Conseil privé et le Conseil du Trésor lui prêtent tour à tour un vice-président à l’image de marque et aux communications, puis un directeur général des affaires institutionnelles.

Alain Saulnier reconnaît que Radio-Canada relève du gouvernement et que ce dernier (sous Harper) a tendance «à se comporter comme le propriétaire des lieux». Mais de là à vouloir transformer le diffuseur public en service d’État, il n’en a pas le droit.

L’auteur sonne l’alarme: «Empêcher le gouvernement de s’ingérer dans la programmation et les orientations de la Société Radio-Canada n’est pas un caprice. C’est vital.»

Lacroix est le seul pdg de CBC/Radio-Canada à avoir vu son mandat non pas prolongé d’un an ou deux, mais renouvelé pour un autre cinq ans. Selon Alain Saulnier, sous la gouverne de Lacroix, CBC/Radio-Canada ne s’est jamais autant dénudé devant une instance publique.

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Il est clair que l’actuel boss de CBC et de la SRC se voit à la tête d’une compagnie. Lacroix est un expert des fusions et il a déjà amalgamé les services anglais et français du secteur des ventes sous une seule direction. «Il semble bien que les prochains services à devoir fusionner seront ceux des finances». Bye, bye, budgets protégés pour le réseau français! De là, il n’y a qu’un pas vers la fusion des programmes…

Ce qui m’a dérangé et même frustré, dans la lecture de cet ouvrage, c’est le parti pris étroitement québécois qui caractérise l’auteur. Chaque fois que Saulnier écrit «Radio-Canada», c’est comme s’il écrivait Radio-Québec. La Belle Province est sa seule référence. Tout au plus consacre-t-il une page ou deux aux Franco-Canadiens (sur un total de 280 pages). À noter qu’il n’est jamais question des centres de productions à l’extérieur du Québec.

Saulnier clame haut et fort que l’imaginaire collectif des radioromans de la SRC a permis «de définir le portrait culturel de la collectivité canadienne-française». Il ignore que, Franco-Ontarien de Windsor, première colonie française permanente à l’ouest de Montréal, je n’ai pas eu accès à Radio-Canada avant l’âge de 24 ans (radio en 1971) ou 29 ans (télévision en 1976).

Et quand il est question de mettre l’accent plus que jamais sur les services régionaux, Saulnier nomme «des centres importants comme Sherbrooke, Trois-Rivières et Rimouski». Pas Vancouver, Winnipeg, Toronto ou Moncton. Quel culot! Je n’hésite pas à dire que son ouvrage insulte tout lecteur franco-canadien.

Heureusement que je ne publie que mes «coups de cœur» à la fin de l’année. Si je devais dresser une courte liste de mes «coups de griffes», Ici ÉTAIT Radio-Canada serait le premier à se faire lacérer.

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