Médias sociaux: porte ouverte sur la dépression?

Plus un adolescent passe du temps sur les réseaux sociaux, plus il est à risque de dépression ou de développer des facteurs de risque comme le manque de sommeil, une faible estime de soi ou un sentiment de solitude. Photo: Pxhere / CC
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À voir leurs adolescents «scotchés» à leur téléphone, à échanger des photos et commentaires sur les réseaux sociaux, nombre de parents s’inquiètent.

Et non sans raison, puisque rien que dans la dernière année, au moins trois études ont associé les médias sociaux à un risque accru de dépression chez les adolescents. Mais voyons ce qu’il en est vraiment.

Risques accrus de dépression

Les adolescents les plus actifs sur les plateformes comme Facebook, Instagram ou Pinterest, présentent plus de signes de dépression que ceux qui y passent peu de temps, selon une étude menée par des chercheurs du Centre hospitalier universitaire (CHU) Sainte-Justine et publiée cet été dans la revue scientifique JAMA Pediatrics.

Durant quatre ans, 3826 adolescents de 12 à 16 ans ont évalué le temps qu’ils consacraient aux médias sociaux, à la télévision, aux jeux vidéo et à l’ordinateur, puis ils ont rempli des questionnaires sur leur état d’esprit. Résultat: les adolescents qui consommaient le plus de médias sociaux et de télévision présentaient des symptômes de dépression plus graves.

Et la fréquence de ces symptômes (pensées suicidaires, tristesse, désespoir) augmentait avec l’exposition aux réseaux sociaux et à la télé.

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En revanche, les jeux vidéo et la navigation sur Internet ne seraient pas liés à une augmentation des cas de dépression.

Le tiers des garçons, la moitié des filles

Ces résultats rejoignent ceux d’une étude parue en décembre 2018 dans la revue médicale EClinicalMedicine, qui concluait que les symptômes dépressifs chez les ados semblaient augmenter avec le temps passé sur les réseaux sociaux.

Les garçons et filles qui y consacraient plus de cinq heures par jour montraient respectivement 35% et 50% plus de symptômes dépressifs que ceux qui y passaient entre une et trois heures, d’après un échantillon de près de 11 000 ados de 14 ans.

Limiter à 30 minutes par jour?

Enfin, la troisième étude, publiée le même mois dans le Journal of Social and Clinical Psychology, suggère que de limiter l’utilisation des médias sociaux à environ 30 minutes par jour pourrait améliorer considérablement le bien-être des adolescents.

Après avoir mesuré pendant trois semaines l’utilisation de Facebook, Snapchat et Instagram chez 143 étudiants de 18 à 22 ans, les auteurs ont constaté que ceux dont le temps passé sur chaque réseau social était limité à 10 minutes présentaient une diminution significative des dépressions et du sentiment de solitude par rapport à ceux qui avaient surfé sans restriction.

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Ces effets étaient particulièrement prononcés chez les personnes qui étaient les plus déprimées au début de l’expérience.

L’oeuf ou la poule?

À la lumière de ces études, il pourrait sembler clair qu’une forte dose de réseaux sociaux mène vers la dépression. Mais ce n’est pas si sûr.

Les chercheurs ne parviennent pas toujours à établir si c’est l’utilisation des réseaux sociaux qui provoque des signes de dépression… ou si c’est le fait de se sentir seul et déprimé qui pousse à fréquenter assidûment les Snapchat et autre Instagram.

Par exemple, une revue de 11 études portant sur 12 646 personnes concluait en 2017 à une corrélation faible, mais statistiquement significative entre l’utilisation des médias sociaux et les symptômes dépressifs chez les jeunes. Toutefois, les méthodes, la taille de l’échantillon et les résultats variaient considérablement selon les études, ce qui nuançait la signification de ces résultats.

Plus de facteurs de risque

Ces études s’ajoutent toutefois à plusieurs autres qui suggèrent, comme celle du EClinicalMedicine, que les adolescents qui passent plusieurs heures par jour sur les médias sociaux sont plus susceptibles de dormir moins longtemps et moins bien, d’avoir une faible estime de soi, d’être insatisfaits de leur poids et de leur apparence…

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Tous ces facteurs peuvent accroître le risque de dépression.

Quant aux jeunes adultes qui consacrent plus de deux heures par jour aux médias sociaux, ils doubleraient leur risque de se sentir seuls, un sentiment associé à la dépression, selon une étude menée auprès de 1787 Américains âgés de 19 à 32 ans sur leur utilisation de 11 plateformes de médias sociaux (Facebook, Twitter, Google+, YouTube, LinkedIn, Instagram, Pinterest, Tumblr, Vine, Snapchat et Reddit).

C’est aussi ce qui amène certains chercheurs à proposer de restreindre à 30 minutes par jour l’accès aux Snapchat, Instagram et autres Pinterest.

Des bienfaits potentiels

À l’inverse, les médias sociaux peuvent aussi avoir de bons côtés. Pour beaucoup d’adolescents, ils sont une façon de se faire des amis.

Ils peuvent avoir un effet de validation, lorsque les adolescents parlent de leurs pensées et de leurs expériences, ou d’affirmation de soi, lorsqu’ils obtiennent de l’aide pour contrer le rejet social ou l’isolement.

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Les médias sociaux inciteraient aussi les adolescents isolés ou socialement anxieux à se révéler auprès de leurs camarades, ce qui peut accroître l’impression d’entretenir des relations sociales et réduire les symptômes dépressifs.

Ces conclusions sont toutefois issues d’études menées auprès de petits groupes d’utilisateurs.

L’estime de soi

Une étude plus importante, impliquant 2079 élèves du secondaire des Bermudes, a montré que les réseaux sociaux améliorent l’image de soi car les amitiés y sont perçues comme étant de qualité.

En fait, selon une autre revue de la littérature parue en 2016, les interactions positives, le soutien social et les liens sociaux sur les réseaux sont systématiquement liés à des niveaux plus bas de dépression et d’anxiété, alors que les interactions négatives et les comparaisons sociales sont associées à des niveaux plus élevés de dépression et d’anxiété.

L’utilisation des réseaux sociaux y était aussi liée à moins de solitude, à une plus grande estime de soi et à une plus grande satisfaction de la vie. Les résultats étaient cependant mitigés quant à la fréquence d’utilisation.

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