Maires forts: le nouveau tour de magie de Doug Ford

laïcité, maire
Le maire de Toronto, John Tory.
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Plusieurs observateurs font remarquer que Doug Ford a attendu après les élections provinciales avant d’annoncer qu’il voulait accroître le pouvoir des maires d’Ottawa et de Toronto.

Le premier ministre ontarien a confirmé cette semaine qu’il a l’intention d’accorder aux maires des deux plus grandes villes de la province les pouvoirs dont bénéficient certains «maires forts» aux États-Unis.

Projet-pilote

Cette autorité accrue donnerait aux maires plus de pouvoir en matière de budgets et de nominations.

Elle comprendrait un droit de veto sur les décisions du Conseil municipal, qui ne pourrait être annulé que par un vote des deux tiers des échevins.

Doug Ford a aussi fait savoir qu’il s’agira d’un projet-pilote pour les villes d’Ottawa et de Toronto. Le système pourrait éventuellement être étendu aux maires d’autres municipalités.

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Doug Ford a l’intention d’apporter les changements juste à temps pour les élections municipales du 24 octobre prochain.

Pourquoi avoir attendu?

Le porte-parole du NPD en matière d’affaires municipales, Jeff Burch, s’est demandé «pourquoi le premier ministre Doug Ford a gardé secret son plan de maires forts tout au long de la récente campagne électorale provinciale».

budget, finances publiques
Geneviève Tellier

C’est aussi l’une des questions que se pose la professeure à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa, Geneviève Tellier.

«Comment ça se fait que ça n’a pas été débattu en campagne électorale? Pourquoi ça a été présenté en plein mois de juillet? Et comment ça se fait que ça ait été présenté alors que les députés ne siègent pas à Queen’s Park? Il y a beaucoup de questions…»

Elle estime que Doug Ford fait preuve d’un manque de transparence, et elle s’en désole.

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Doug Ford réélu… pour faire quoi?

«Avec cette dernière campagne, les électeurs ont donné un mandat clair à Doug Ford, soit celui de la majorité. Le danger qui le guette, c’est de ne pas être trop arrogant et de se dire que tout ce qu’il veut va passer.»

«Je pense que quand on a un gouvernement majoritaire, et surtout dans ce cas-ci, sans opposition, on devrait faire l’effort supplémentaire de faire comprendre ce que l’on veut et d’être transparent.»

Élections Ontario
Le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford.

Le maire John Tory aime l’idée

Le maire de Toronto John Tory, qui brigue un troisième mandat cet automne, vante les mérites du concept de «maires forts» depuis plusieurs années.

Il a commenté l’idée de Doug Ford en indiquant qu’il avait d’ailleurs glissé un mot à cet effet au premier ministre, de façon officieuse, lors de leur rencontre au mois de juin.

Son homologue d’Ottawa, Jim Watson – qui ne se représentera pas aux élections du 24 octobre – refuse de commenter jusqu’à ce que les détails du plan soient dévoilés.

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Mais jeudi, le journal Le Droit a appris de source fiable que M. Watson n’a jamais été consulté à propos d’une telle mesure, et que ce n’est pas quelque chose qu’il avait demandé à la province.

Le bureau du ministre des Affaires municipales et du Logement et celui du premier ministre n’ont pas retourné nos appels à ce propos.

Le maire peut guider l’ordre du jour

Doug Ford, qui est lui-même un ancien conseiller municipal torontois et candidat défait à la mairie (par John Tory en 2014) , est un partisan de longue date du modèle de gouvernance à «maire fort». Comme le système en place à Chicago, où il a déjà habité.

«Le maire de Toronto ou d’Ottawa, ou n’importe quel maire, doit prendre responsabilité pour tout, mais il a le même vote unique qu’un seul conseiller», déplore-t-il mercredi.

En effet, le système actuel fait en sorte qu’un maire peut guider l’ordre du jour et nommer les présidents de comités, mais il ne bénéficie que d’un seul vote au sein du Conseil. Son vote vaut sensiblement autant que ceux des autres conseillers municipaux.

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Il peut toutefois survenir que le vote du maire serve à briser l’égalité.

Toronto, Hôtel de Ville, maire
L’Hôtel de Ville de Toronto.

Véto sur les votes du Conseil municipal

Dans les villes où le concept de «maires forts» est en place, les droits conférés aux maires diffèrent d’un endroit à l’autre.

Ils peuvent inclure des pouvoirs comme le droit de veto sur les votes du Conseil, l’embauche et le licenciement des chefs de départements et la supervision du fonctionnement quotidien de la ville avec une branche exécutive, selon la National League of Cities, un organisme qui représente des municipalités américaines.

Accélérer la construction domiciliaire?

Le ministre des Affaires municipales et du Logement, Steve Clark, a expliqué cette semaine que l’idée derrière l’attribution de pouvoirs accrus aux maires des grandes villes était de permettre l’accélération de la construction domiciliaire.

Selon lui, cela permettrait aux maires «d’avoir les outils dont ils ont besoin pour faire des pelletées de terre» et augmenter l’offre de logements abordables.

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Or, questionné lui aussi à ce sujet, Doug Ford a répondu qu’il ne se «souvient pas à propos du logement abordable»…

Accélérer les choses, vraiment?

Par ailleurs, le taux d’inoccupation de logement est plus bas dans plusieurs autres municipalités de la province, comme à Kingston et à Peterborough, qu’à Ottawa et à Toronto.

Si l’objectif principal est d’augmenter l’offre domiciliaire, pourquoi ne pas avoir choisi les régions où le manque est plus criant?

Le gouvernement Ford demeure sans réponse face à ce genre de questions. En fait, personne n’a encore été en mesure d’expliquer en quoi le fait d’accroître les pouvoirs des maires permettra d’accélérer la construction de logements dans ces municipalités.

maire
La salle du Conseil municipal de Toronto. Photo: Flckr

Diversion?

À Toronto, le conseil municipal a tenu jeudi sa dernière réunion avant les élections.

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Lorsqu’une conseillère municipale, Paula Fletcher, a demandé «comment des pouvoirs de maires forts pourraient conduire à la construction de plus de logements», le directeur général de la Ville Chris Murray a répondu qu’il «ne sait pas si nous sommes arrivés à cette conclusion».

Un autre conseiller municipal, Michael Colle, a lancé que ces questions de gouvernance ne sont que des «diversions» afin d’empêcher les élus de se concentrer sur les questions financières et de demander à la province de «nous montrer où est l’argent».

«Il est tout simplement scandaleux de dire que cela accélère la construction de logements abordables. C’est l’argent qui accélère la construction de logements abordables.»

La province promet plus de détails «très bientôt».

Des craintes pour la démocratie

La politologue Geneviève Tellier est d’avis que le fait de donner des pouvoirs encore plus grands que ceux qu’ils ont déjà aux maires nuit à la démocratie.

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«Prenons la construction de logements, par exemple. S’il y a bien quelque chose qui nécessite du temps et de la consultation, c’est bien ça. Le maire ne devrait pas pouvoir juste dire ‘c’est ça qui est ça’. C’est une atteinte à la démocratie parce qu’on enlève la parole aux citoyens et la consultation des conseillers municipaux.»

Responsabiliser au lieu de centraliser

Même son de cloche pour Catherine McKenney, qui représente le quartier de Sommerset et qui se présente à la mairie d’Ottawa cet automne.

«Il s’agit d’un geste antidémocratique qui éloigne la prise de décisions des résidents et de leur représentant au conseil. Nous devons responsabiliser les gens et non centraliser le pouvoir au haut du conseil», a réagit Catherine McKenney.

Son adversaire Mark Sutcliffe, un ancien journaliste lui aussi candidat à la mairie, n’a pas critiqué la décision du gouvernement Ford.

Mais il a indiqué qu’il est «prêt à travailler au sein du système actuel pour établir le consensus» à la Ville d’Ottawa.

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maires forts
L’ancien ministre libéral Jim Watson, maire d’Ottawa.

Après avoir réduit la taille du Conseil à Toronto

Ce n’est pas la première fois que le gouvernement Ford prévoit apporter d’importants changements au sein de conseils municipaux à la suite d’une élection provinciale sans en avoir parlé au préalable.

Rappelons qu’en 2018, juste après avoir été élu et en pleine campagne électorale municipale, Doug Ford avait unilatéralement réduit, de 44 à 25 élus, la taille du conseil municipal de Toronto.

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