L’imagination débridée de Paul Ruban

Paul Ruban, Crevaison en corbillard, nouvelles, Montréal, Éditions Flammarion Québec, 2019, 224 pages, 29,95 $.
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Paul Ruban a déjà publié des nouvelles ou des poèmes dans les revues XYZ, Zinc, Mœbius et L’Artichaut, de même que dans des recueils collectifs aux Éditions David et aux Éditions du Blé. Son premier ouvrage solo regroupe trente nouvelles sous le titre Crevaison en corbillard, trente courts récits où se côtoient l’humour noir, la finesse d’esprit et même l’absurde.

Je sais que je ne devrais pas vous dévoiler le dénouement d’une intrigue, mais comme il y a 30 nouvelles, je prends le risque de «gâcher» un peu votre plaisir afin de mieux illustrer comment l’auteur sait camper des personnages ou des scénarios atypiques qui nous rassurent autant sur la bonté que sur la malice de la nature humaine.

La fille de Salvador Dali

Dans la nouvelle Midi pile, une cartomancienne convainc la Cour d’appel d’exhumer la dépouille de Salvador Dali, 20 ans après sa mort, pour un test d’ADN prouvant qu’elle est sa fille. Les journalistes présents remarquent que la moustache du peintre indique toujours dix heures dix. Aucun ne constate que son entrejambe affiche midi pile!

Un texte confirme ce que plusieurs pensent, à savoir que, le président Donald Trump est «le plus nombriliste, le plus mégalo, le plus pompeux de tous les vilains cornichons».

Quant à la nouvelle intitulée Les gifles d’Hermeline, elle aurait pu s’intituler «Giflera bien qui giflera la dernière», car à force de distribuer des baffes retentissantes, Hermeline reçoit une torgnole magistrale.

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Dans Fille à papa, la protagoniste livre le discours de circonstance lors de la collation des grades, lequel est interrompu par des «Merde fuck! Câlisse de bitch! Fuck off Ferris Bueller, wooh!». Je vous laisse deviner qui lance ces huées…

Le démon du midi

Le démon du midi surgit tantôt directement tantôt subtilement.

Ainsi, une nouvelle met en scène une généreuse mécène qui parraine un robuste et vigoureux jeune danseur. Or, cette «chipie perverse» croit que son don substantiel lui permet d’en faire un esclave sexuel.

Ailleurs, un père conduit son garçon à un cours de danse chaque samedi et une mère fait de même avec sa fille. Les deux adultes échangent des «regards, effleurements, silences, non-dits» qui sont autant de frontières du flirt à ne pas franchir.

La nouvelle Paramour met en scène deux athlètes des Jeux paralympiques, l’un de Biélorussie, l’une du Japon. Sans révéler le punch de cette histoire, je signale qu’il tient à un seul mot, le dernier. C’est le genre de dénouement, plus classique, que j’aime le plus.

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Intrigues

Paul Ruban concocte de savoureuses petites intrigues qui lui permettent de glisser parfois des remarques sociologiques.

Voici comment il définit grandir: «Ils avaient troqué leurs t-shirts déchirés des Smashing Pumpkins contre des tailleurs et des costards.» Quant à la nouvelle éponyme, elle demeure un bijou d’originalité, voire d’imagination débridée.

Le style de Ruban est souvent coloré. Il écrit, par exemple, qu’une chasseuse de bouteilles «sautait les clôtures avec la souplesse d’une gymnaste roumaine». Ou encore: les corps des jeunes touristes glissaient au fond de la mer «comme un dentier sombrant au fond d’un verre».

Paul Ruban est né à Winnipeg, a grandi à Ottawa et travaille à Toronto. Il glisse dans ses textes divers lieux de l’Ontario, notamment avec «une ancienne hippie de Sudbury», «un petit antiquaire dans le comté de Prince Edward» ou «une formation d’appoint dans un hôpital d’Ottawa».

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