L’humour parisien se brûle les ailes sur les planches torontoises

Cuisine et dépendances

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On avait titré, il y a deux semaines, «Cuisine et dépendances, une soirée dont on se serait bien passé», en référence à l’histoire de la pièce. On ne croyait pas si bien dire. En effet, un des seuls inconvénients au travail bien fait, c’est qu’on s’y habitue sans le vouloir. Voilà la malheureuse expérience vécue par le public venu assister à la pièce de théâtre co-produite par Les Indisciplinés de Toronto et Scuderia Productions.

Les Boulingrin, La Combine de Colombine, Matroni et moi, les dernières mises en scène de la troupe communautaire des Indisciplinés de Toronto avaient toutes un point en commun. Elles étaient bonnes.

Des attentes

Et quand on sait tout le travail que cela demande aux comédiens, au metteur en scène et aux bénévoles qui s’agitent en coulisse, on ne pouvait que leur tirer notre chapeau. Du côté de Scuderia Productions, la présentation de la pièce de Yasmina Reza, Art, à l’automne dernier, avait largement convaincu le public, certains allant jusqu’à dire que la qualité rivalisait largement avec celle du Théâtre français de Toronto.

Et c’est bien là que le bât blesse. Le public est rempli d’attentes désormais. Petit à petit, la barre a été placée très haut, malgré l’étiquette de théâtre communautaire.

Appuyé par une distribution pour le moins alléchante et expérimentée, venue du théâtre et de l’impro, la pièce Cuisine et dépendances allait être dans la lignée des derniers spectacles proposés, bien ficelée, dynamique et à mourir de rire. Et bien non.

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Malgré la qualité incontestable des comédiens, de nombreux spectateurs ne savaient pas trop quoi penser de la pièce à la sortie du théâtre.

Il faut dire qu’un bon nombre de personnes viennent voir leurs amis jouer, ce qui fausse un peu la donne. Mais en tentant de rester objectifs, plusieurs se demandaient qu’est-ce qui avait cloché sur cette pièce.

La mayonnaise ne prend pas

Le jeu des comédiens en lui-même fonctionnait, chacun avait assurément travaillé son rôle, mais comme on dit, la mayonnaise n’a pas pris. Dans un sens, les comédiens étaient un peu chacun dans leur bulle. Forcément, la dynamique de la pièce en a été affectée. Le rythme des répliques, le ton, le débit, tout semblait chancelant.

On retiendra tout de même les débuts prometteurs d’Isabelle de Carbonnières et d’Éric Chevrette, qui ont tenu la pièce à bout de bras, au moins lors de la première avec leur rôle de frère et soeur diamétralement opposés.

Ce n’est jamais amusant de voir ses amis se planter de la sorte alors on essaie de comprendre ce qui n’a pas fonctionné.

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Tout d’abord, l’histoire se passe à Paris et met en scène des personnages clichés. La maîtresse de maison, le dragueur joueur, l’aigri, l’amante désillusionnée… On ne voyait que trop peu les choix de mise en scène faits par l’équipe de production. Une pièce n’est pas limitée à un endroit géographique, mais doit être adaptée dans le cas échéant, pas reprise telle quelle. Un accent signifie un lieu, plein d’accents signifient… pas de repères…

Des regrets

Les personnages sont des caricatures des Français, et c’est ça qui est censé être drôle. Si on ne croit pas aux personnages, le comique disparaît en claquement de doigts.

La cohésion, voilà ce qui fait la force d’une équipe et ce qui manquait cruellement sur scène.

Ce petit ingrédient est normalement apporté par le metteur en scène, sorte d’entraîneur de l’équipe. Il doit choisir la tactique, la stratégie a adopté pour aller à la victoire. Il ne peut pas laisser tomber son équipe et lui dire de simplement «jouer». Peut-être aurait-il fallu un superviseur général pour tirer la sonnette d’alarme plus tôt.

Au final, on ne peut que regretter ce petit gâchis de talent. On connaît les capacités de chacun et sur cette partie, le talent pur n’a pas suffi, les failles étaient trop grandes.

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On leur pardonne, non pas «qu’après tout cela ne soit que du théâtre communautaire», parce qu’on sait qu’ils valent bien plus que ça, mais parce qu’une défaite fait toujours partie de l’apprentissage.

Reste que Cuisine et dépendances a fait salle comble tous les soirs à ce que l’on a entendu dire. Comme quoi un ami, ça reste un ami!

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