L’humanité dans l’oeil de Yann Arthus-Bertrand

«Il est trop tard pour être pessimiste»

Le réalisateur et le directeur de la cinématographie de Human: Yann Arthus-Bertrand et Bruno Cusa, à l'Alliance française de Toronto le mardi 18 avril.
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Yann Arthus-Bertrand, c’est le grand-père qu’on rêverait tous et toutes d’avoir. On s’imagine que le soir, au coin du feu, il nous raconterait les aventures qu’il a vécues aux quatre coins du monde, album photo à l’appui, et nous ferait voyager rien qu’avec ses mots et ses images.

C’est un peu ce que nous avons vécu (le feu de cheminée en moins) ce mardi 18 avril au théâtre de l’Alliance française de Toronto, bondé pour cette rare rencontre avec le célèbre photo-journaliste français intéressé surtout par les enjeux environnementaux. Un moment d’échange inoubliable et hors du temps, qui nous rappelle à tous l’importance du sens de la vie.

L’Humanité et notre humanité

Voir sur grand écran son documentaire Human (2015), c’est déjà une expérience en soi. On se retrouve confronté à l’Humanité et à notre humanité. Les entrevues menées face à la caméra nous plongent dans les yeux des personnes interviewées, et on se perd dans leurs mots, quelle que soit la langue dans laquelle elles communiquent.

Leurs mots, leurs douleurs, leurs souvenirs, nous les comprenons: nouvelle preuve, s’il en fallait une, de l’universalité de notre espèce. «Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais toutes les personnes interrogées sont belles», indique Yann Arthus-Bertrand à l’issue de la diffusion.

Et il n’a pas tort. On est scotché par la beauté des hommes et des femmes interviewées. Leurs traits, la lueur dans leurs regards et leurs expressions changeantes trahissent les expériences qu’elles ont vécues et qu’elles racontent sans filtre.

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Des Haïtiens fouillent dans un dépotoir: une image du film Human, de Yann Arthus-Bertrand.
Des Haïtiens fouillent dans un dépotoir: une image du film Human, de Yann Arthus-Bertrand.

Visages et paysages

Tous ces témoignages sont entrecoupés par les prises de vues de Bruno Cusa, directeur de la photographie, «le meilleur dans son domaine, même s’il est trop humble pour le dire», aime à répéter Yann Arthus-Bertrand.

Sublimés par la bande musicale originale signée Arman Amar, les paysages saisis par Bruno Cusa sont à couper le souffle. À l’image des hommes et des femmes interrogées, notre Terre est magnifique.

«J’essaye d’être l’instrument de Yann, de reproduire ce qu’il a en tête, ce qu’il veut faire. Certains plans sont organisés, d’autres sont volés, pris sur le vif. Parfois, certaines images sont bouleversantes, même depuis l’hélicoptère, j’ai l’impression que le regard des gens filmés me traverse. De mon point de vue, j’ai parfois l’impression de les comprendre», déclare Bruno Cusa.

À l’issue de la représentation, on se sent apaisé et plus proche des gens: un sentiment agréable et à contre-courant de ce que l’on ressent habituellement. Entendre leurs vérités est une catharsis pour le spectateur qui se retrouve dans les mots choisis par les hommes et les femmes à l’écran.

Travaux manuels en Afrique: une image du film Human, de Yann Arthus-Bertrand.
Travaux manuels en Afrique: une image du film Human, de Yann Arthus-Bertrand.

Moins cynique

«Je suis moins cynique, moins sceptique. Plus je vieillis, plus j’aime les gens. J’ai voulu faire un film sur l’amour», annonce Yann-Arthus Bertrand. «Après Home (2009: une série de photos aériennes de notre Terre), je cherchais à mélanger la beauté des paroles des gens et la beauté des paysages. C’est chose faite avec Human. J’en avais marre de filmer la glace qui fond, d’essayer d’éveiller les esprits, car finalement tout le monde est dans le déni.»

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Human est une ode à l’espèce humaine et au vivre ensemble.

Pendant deux ans, cinq équipes ont parcouru le monde pour recueillir près de 2000 interviews. Quarante questions étaient posées à toutes les personnes interrogées, très simples au début, puis de plus en plus compliquées: «Nos interviews, c’est comme aller chez le psy. Les gens ne parlaient plus à la caméra, ils finissaient par se parler à eux-mêmes. C’est un moment de confiance et d’échange avec les journalistes. Tous ont quelque chose à raconter et sont reconnaissants que l’on s’intéresse à leur vie», explique Yann Arthus-Bertrand.

«J’ai fait les entrevues les plus importantes, comme avec Bill Gates, qui est mon héros. Mais je dois avouer qu’il est un peu autiste. Parler avec son coeur, c’est pas son truc. J’ai aussi interrogé Ban Ki-Moon (à l’époque secrétaire général de l’ONU), qui était très déçu de ne pas être présent dans la version finale du film.»

Un film qui rend meilleur

Human est libre de droits et disponible sur YouTube gratuitement, grâce au financement de la Fondation Bettencourt. On peut d’ailleurs retrouver sur la plateforme de vidéos les noms et les origines des personnes interrogées.

Le photographe aime son film, on le ressent quand il en parle. Ses pupilles brillent, l’émotion est palpable: «J’aime Human, car c’est un film qui rend meilleur et qui fait réfléchir sur le sens de la vie. Il faut toujours voir le bon autour de nous, il est trop tard pour être pessimiste», lance-t-il comme un avertissement.

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Yann Arthus-Bertrand s’est lancé dans un nouveau projet intitulé Woman. Pour le moment, ses équipes (dont celle de Toronto) sont à la recherche de femmes prêtes à témoigner, mais on sent déjà que ce film, qui mettra en scène la gent féminine, sera une nouvelle perle du photographe français. «Nos films sont à la fois très préparés, avec des recherchistes qui m’aident à trouver des personnes prêtes à témoigner, mais il y a aussi 50% de chance, des rencontres fortuites qui mènent à des entrevues riches et particulières.»

Des humains en cage dans les tours à bureaux de New York: une image du film Human, de Yann Arthus-Bertrand.
Des humains en cage dans les tours à bureaux de New York: une image du film Human, de Yann Arthus-Bertrand.

À lire aussi dans L’Express: Le «porte-parole de la Terre» à la TSF

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