Les peintres et les fleurs, un échange symbiotique et symbolique

Le Triptyque de Jan de Witte, d'un maître brugeois, 1473.


7 octobre 2018 à 11h00

Lorsque l’on a la possibilité de découvrir l’ensemble des œuvres d’un artiste peintre, on voit sans y porter vraiment attention un ou plusieurs bouquets de fleurs.

Mais pourquoi un peintre s’intéresse-t-il à reproduire un tel ensemble? C’est une question à laquelle on ne trouve pas de réponse précise et détaillée. Voilà qui est intrigant et ne fait que porter une bien plus grande attention à ce sujet. Aurions-nous une réponse?

Bouquet, Manet, huile sur toile, 1882.

Il n’est pas question de donner ici la liste complète des peintres et de leurs œuvres floristiques. On pourrait produire tout un livre avec des reproductions de leurs tableaux et les explications historiques concernant leurs auteurs.

Un tel ouvrage est généralement produit à l’occasion d’une exposition. Mais regrouper tous les tableaux illustrés de bouquets de fleurs dispersés dans les musées, les galeries et les collections privées du monde entier serait une tâche matérielle considérable, avec des coûts très élevés pour les transports et les assurances de ces œuvres d’art.

Bouquet dans un vase d’argile, huile sur toile.

Inspiration religieuse?

On peut trouver des fleurs isolées sur des tableaux consacrés à des scènes ou des personnages particuliers, surtout dans des peintures religieuses, en raison du symbolisme de ces fleurs.

Un des plus anciens tableaux serait le Triptyque de Jan de Witte, 1473, avec une rose, symbole d’amour, le lys symbole de la fécondité, la pensé et la violette qui symbolisent modestie, humilité et soumission à la volonté divine.

Mais c’est la tradition picturale des bouquets qui est la plus intéressante, en raison de la signification du choix ou de l’importance de cet assemblage artificiel de fleurs.

On a proposé un verset du Livre de Job: «Pareil à la fleur, l’homme s’épanouit et se fane, il s’efface comme une ombre…» (Larousse). Est-ce la véritable explication?

Bouquet de fleurs, Léon de Smet, peintre belge.

Brueghel de Velours

On ne connaît pas le nom du peintre qui, le premier, a créé un tableau représentant un bouquet de fleurs dans un vase. Il se pourrait bien que ce soit un membre de la famille d’artistes flamands, les Brueghel, Jan Brueghel l’Ancien, dit Brueghel de Velours (1568-1625). Il est l’auteur de Le Bouquet (1603).

Inventeur d’un univers fourmillant de vie, animé, détaillé et décoratif, il est surnommé Brueghel l’Ancien, le Rustique, le Drôle, et connaît un véritable succès.

Ce faisant, Brueghel l’Ancien s’écarte de la tradition picturale en vigueur, qui ne s’intéresse guère à la réalité ambiante. Apparaissent ainsi dans ses tableaux des gens modestes, des paysans au travail, des scènes de mariage ou de fêtes campagnardes, des saisons et des paysages, des fleurs et des bouquets, traités pour eux-mêmes.

Bouquet de Brueghel de Velours, 1568.

Succès des bouquets

En Flandre, ces tableaux représentant des bouquets de fleurs connaissent un vif succès. On ne compte plus le nombre de bouquets reproduits par Brueghel de Velours. C’est au moins un initiateur de ce genre pictural, suivi par d’autres peintres flamands et bientôt hors de la Flandre.

L’influence des peintres flamands sur la peinture européenne est bien connue, dans différents domaines, et l’intérêt de certains d’entre eux pour l’art floristique va contribuer à diffuser la réalisation de bouquets floraux.

De grands maîtres vont aussi reproduire ces célèbres bouquets de fleurs dénommés souvent natures mortes, mais qui sont toujours bien vivants tant que brille l’éclat de leurs couleurs.

Bouquet printanier, Auguste Renoir, 1866.

Échange symbolique

Pourquoi un artiste se met-il à peindre un bouquet de fleurs? Il n’y a pas, semble-t-il, de réponse écrite de leur part. En fait, leur réponse ce sont leurs œuvres, leurs tableaux et ceci est particulièrement vrai avec les bouquets de fleurs.

Car, il ne faut pas l’oublier, les œuvres d’art pictural «parlent» et il suffit de les entendre. Elles s’adressent au public qui les regarde et elles expriment aussi ce que ressent l’artiste.

Ainsi, avec les fleurs il y a un échange symbolique et certains peintres composent des bouquets d’une fleur unique, des roses le plus souvent. Les roses symbolisent souvent l’amour, l’innocence en fonction de leurs couleurs.

Bouquet, Paul Gauguin.

L’artiste «apprend» à peindre

Un bouquet de fleurs composé par l’artiste avec ses fleurs signifie, outre le symbole des fleurs qui s’y trouvent, un échange plus profond, symbiotique, une association intime et durable entre deux organismes entièrement différents.

Les fleurs incitent l’artiste à peindre en faisant étalage de la diversité de leurs formes et de leurs couleurs, et l’artiste s’efforce de reproduire ces fleurs dans le détail de la couleur, de la forme et de la légèreté de leurs composantes.

Dans cet échange, l’artiste «apprend» à peindre. en s’efforçant d’égaler la nature. Son œuvre exalte sa compétence artistique et manifeste la qualité de son travail artistique. À la flamboyante exubérance symbolique et visuelle des unes répond la richesse picturale de l’autre. C’est le superbe échange de gagnants réciproques.

Bouquet, Rouge, de la québécoise Élène Gamache.

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