«Les journaux sont condamnés à innover»

Martin Cauchon, champion des capitales régionales

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Malgré tout ce qu’on entend dire au sujet des bouleversements dans l’industrie des médias d’information, le nombre de lecteurs d’articles journalistiques et les dépenses de publicité à leur intention continuent d’augmenter.

Aux médias traditionnels – en commençant par les journaux et les magazines en papier – d’évoluer de façon à récupérer ces lecteurs et les revenus publicitaires qui y sont associés. Pour l’instant, ils les perdent à un rythme d’environ 4% par cinq ans.

Comment renverser cette tendance? C’est évidemment là la question à 4 milliards $ à laquelle a répondu partiellement l’ancien ministre libéral fédéral Martin Cauchon, le nouveau patron de six quotidiens régionaux récemment rachetés à Gesca (La Presse de Montréal), à la tribune du Club canadien de Toronto mardi dernier.

Gesca (la famille Desmarais de Power Corporation) s’est départie cette année du Soleil de Québec, du Droit d’Ottawa-Gatineau, du Nouvelliste de Trois-Rivières, de La Tribune de Sherbrooke, du Quotidien du Saguenay-Lac-Saint-Jean et de La Voix de l’Est de Granby, pour se concentrer sur le développement de La Presse+, la formidable application du quotidien montréalais pour iPad et autres tablettes.

La disparition de La Presse en papier, peut-être à l’exception de l’édition du samedi, est «une question de mois, pas d’années», affirment ses dirigeants. La Presse+ serait alors appelée à couvrir tout le Québec ou le Canada français, pas seulement Montréal.

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À la surprise générale, car on ne lui connaît pas de fortune personnelle, c’est Martin Cauchon qui a formé le consortium Capitales Médias pour acheter les six quotidiens, qui sont tous dominants dans leur marché respectif. En entrevue à divers médias, dont récemment au magazine Trente de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, M. Cauchon refuse d’identifier ses partenaires financiers, même si la rumeur désigne encore les Desmarais.

Passions

Cette nouvelle «passion pour les médias et pour les régions» est un prolongement de sa carrière politique, explique-t-il. «Un pays aussi vaste que le Canada doit respecter ses régions.»

Au Club canadien de Toronto, et en présence de Claude Gagnon, l’éditeur du Soleil qui gère maintenant les opérations du groupe, M. Cauchon a promis de préserver la personnalité distincte des six quotidiens, de même que l’intégrité et la qualité de l’information de proximité qu’ils diffusent.

Ces journaux évolueront eux aussi vers le numérique, avec des sites internet et des applications pour tablettes et téléphones toujours plus dynamiques et interactives, mais ils seront vraisemblablement publiés sur papier pendant encore plusieurs années.

À Toronto, M. Cauchon a insisté sur la mission franco-ontarienne du journal Le Droit (qui a maintenant un plus grand nombre de lecteurs du côté québécois de la rivière), rappelant son passé glorieux de pourfendeur du Règlement XVII et de défenseur de l’hôpital Montfort.

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L’ex-adjoint de M. Gagnon au Soleil, Pierre-Paul Noreau, a été nommé récemment au poste de président et éditeur du Droit.

Gros investissements

S’ils veulent survivre dans le nouvel univers médiatique, c’est du côté des visiteurs sur leur site web et des abonnés à leur application tablette que les journaux doivent se tourner et y intéresser les annonceurs.
Le système de La Presse+, acheté notamment par le Toronto Star, a nécessité des investissements de plusieurs dizaines de millions de dollars et est encore sous haute surveillance.

Le dilemme des journaux est bien connu: à quelques exceptions près (les quotidiens de Québecor sans doute) ils ont désormais plus de lecteurs sur internet que sur papier, mais leur support électronique reste moins payant que le papier.

On ne peut tout simplement pas bombarder le lecteur d’annonces sur internet comme on peut le faire sur papier en ajoutant des pages et des cahiers.

Qualité et rentabilité

M. Cauchon se dit bien conscient des défis qui l’attendent, et il est lui aussi à la recherche d’un modèle d’affaires qui concilierait journalisme de qualité, diffusion efficace sur toutes les plateformes et rentabilité.

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Dans cette démarche, il se dit encouragé par l’attitude «positive» des syndicats de journalistes et du personnel de ses journaux, qui «veulent eux aussi contribuer au renouvellement de notre modèle d’affaires».

Déjà, près de 60% des 18 à 34 ans consultent l’actualité en ligne (plus on est vieux, moins c’est le cas) et près de 60% de tous les internautes y vont pour les nouvelles et l’actualité. Il faut donc «respecter le lectorat», de dire M. Cauchon, c’est-à-dire pour les journaux «s’adapter au comportement des lecteurs». Cela passera notamment par une présence accrue des journaux et de leurs journalistes sur les réseaux sociaux Facebook, Twitter et autres.

Essentiellement, puisque la technologie évolue rapidement, M. Cauchon propose de «rencontrer le lecteur où il le veut quand il le veut», donc sur toutes les plateformes, le papier devenant une plateforme comme une autre.

Des acquis

Les six journaux de Capitales Médias – le nom du groupe signifie que chacune de ces villes est la «capitale» de sa région – représentent 1,5 million de lecteurs, soit près de la moitié de la population des régions couvertes. Cela fait partie des forces sur lesquelles M. Cauchon et son équipe comptent s’appuyer.

Le Droit à Ottawa, comme les cinq autres journaux dans leur marché, suscite un fort «sentiment d’appartenance» et est un important «acteur de développement économique, culturel et social» dans son milieu.

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