Les doigts et leur étymologie

Photo: Evan-Amos  [CC BY-SA 3.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0)], via Wikimedia Commons

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26 juillet 2016 à 9h12

Il m’est déjà arrivé de parler des doigts de la main dans ces pages mais c’était alors pour recenser les nombreuses expressions qui contiennent le nom d’un d’entre eux ou le mot «doigt» lui-même. Manger sur le pouce, mettre à l’index, faire un doigt d’honneur, avoir le pouce vert… Il existe un nombre impressionnant d’expressions de la sorte mais évidemment, on ne peut pas toutes les connaître sur le bout des doigts.

Cette fois, c’est l’origine même des mots qui désignent les doigts qui m’intéresse. Comment a-t-on pu trouver des mots appropriés pour définir cinq parties de l’anatomie qui, au fond, se ressemblent et ont des fonctions semblables? Qu’est-ce qui, dans l’usage, a fait en sorte que des mots se sont imposés au fil des ans? Il a évidemment fallu fouiller un peu dans des ouvrages et dans des dictionnaires.

Parlons d’abord du pouce. Le plus fort. Le plus dissemblable des autres. Certains puristes se refusent à considérer le pouce comme étant un doigt, mais la plupart des dictionnaires le considèrent ainsi.

Le mot nous vient du latin pollicem, un dérivé de pollex, qui désignait littéralement le pouce, mais aussi le gros orteil et, par extension, un noeud dans un arbre. On n’exclut pas qu’il puisse y avoir un rapprochement entre pol- et pal- que l’on retrouve comme racine dans palpare (palper, toucher, sentir).

Avant de prendre l’orthographe et la prononciation que l’on connaît aujourd’hui, probablement au treizième siècle, le mot s’est d’abord écrit pouz ou même polz au début du douzième siècle.

Les extensions de sens ne sont pas nombreuses. La plus connue demeure sans doute l’unité de longueur que l’on connaît. Si le pouce est aujourd’hui associé au système impérial de mesures, il faut savoir que la subdivision du pied est tout à fait d’origine française, puisqu’on l’utilisait déjà vers 1140.

Qu’en est-il de son voisin immédiat, l’index? D’abord, l’origine latine du mot index ne surprendra personne. On dit qu’il s’agit d’un emprunt savant au latin index, pourtant de même prononciation et de même graphie que le mot français que l’on connaît encore aujourd’hui.

En latin, le mot a le sens de «celui qui montre, indique, dénonce». En appliquant la définition à un doigt, on obtient un sens tout à fait cohérent. L’index est le doigt indicateur, dénonciateur.

Ce n’est que plus tard que le mot a pris certains autres sens, aussi empruntés au latin, dont celui de cette table alphabétique que l’on retrouve à la fin d’un ouvrage.

Fait intéressant à noter: bien que les deux définitions les plus populaires du mot index aient un sens différent, on peut faire un certain rapprochement: on peut ainsi chercher dans l’index avec son index.

Le majeur, dont la réputation n’est plus à faire lorsque dressé seul, porte bien son nom. Même si le mot est apparu en français vers 1350, ce n’est qu’au début du vingtième siècle (1907) que l’emploi de majeur pour désigner le plus grand doigt de la main a été introduit dans les dictionnaires.

Au Moyen-Âge, le mot nous est arrivé par le biais du latin major, qui était alors un comparatif de magnus (qui signifie «grand»). Mais à cette époque, son utilisation se limitait à l’adjectif que l’on connaît encore aujourd’hui.

Le Dictionnaire historique de la langue française (Robert) nous fait remarquer que l’emploi de majeur comme nom pour désigner le plus grand doigt de la main semble redonner au mot une valeur physique que semble n’avoir jamais eue l’adjectif. Lorsqu’on parle de quelque chose de majeur, c’est souvent à une valeur d’importance ou d’intensité que l’on fait référence. Il n’y a rien de «physique» dans des problèmes majeurs, un projet majeur, une erreur majeure…

On pourrait croire que le mot annulaire, qui désigne le quatrième doigt, est dérivé de anneau, mais la dérivation remonte au latin. Anularius et annularius sont dérivés de anellus ou de sa variante anulus.

Le mot annulaire est d’abord entré en français comme adjectif, vers 1550. Transformé en substantif un peu plus tard, il désigne le doigt qui porte normalement un anneau.

Les auteurs du Dictionnaire historique de la langue française nous font remarquer que «ce passage d’un détail culturel à l’anatomie souligne l’importance des coutumes sociales dans la vision de la réalité naturelle».

Enfin, le plus petit mais non le moindre… Celui qui nous dit tous ses secrets, l’auriculaire. En français, le mot s’emploie autant comme adjectif que comme nom.

Le mot, introduit en français par Rabelais en 1532, est un emprunt au bas latin auricularius, dérivé de auricula, qui signifie «oreille». L’adjectif, dans doigt auriculaire, qualifie en français le petit doigt que l’on peut mettre dans l’oreille. Cet adjectif est devenu un nom beaucoup plus tard, au dix-neuvième siècle (1866).

Pour plusieurs, l’auriculaire demeurera toujours le petit doigt, une expression qui tend à supplanter le vocable auriculaire à l’usage. Il est vrai que «annulaire» et «auriculaire» sont beaucoup moins connus que leurs trois voisins…

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