La saison des dictionnaires


10 octobre 2006 à 11h25

Ça y est, l’automne est officiellement arrivé. C’est la saison des feuilles colorées, des feuilles qui tombent, des journées qui raccourcissent, des premières neiges…

Mais c’est aussi et surtout la saison des dictionnaires. Même s’ils arrivent parfois en plein été, il n’en demeure pas moins que c’est l’effervescence de la rentrée des classes qui propulse les dictionnaires parmi les ouvrages les plus vendus.

Qu’est-ce qui crée l’attrait des dictionnaires? Leur utilité, bien sûr. Mais aussi leur fascinante capacité de se renouveler. Je crois que je vous l’avais écrit l’année dernière: je deviens gaga quand sortent les nouveaux dicos. Et cette année, on dirait que Larousse et Robert ont redoublé d’efforts pour me faire encore plus plaisir…

Je commencerai par le Petit Larousse 2007. Pas par favoritisme, mais parce que c’est le premier qui m’est tombé sous la main.

J’aime le Petit Larousse pour son aspect familial, son caractère convivial et son contenu imagé. Les définitions sont simples et même si elles ne sont pas aussi élaborées que celles du Petit Robert, elles offrent tout ce qu’il faut savoir pour maîtriser l’essentiel de la langue. L’intégration d’une section de noms propres dans le même volume que le dictionnaire de langue française est aussi un net avantage.

Le Petit Larousse est le dictionnaire qui nous a habitués à une édition renouvelée chaque année. Fidèle à cette tradition, l’édition 2007 reflète les mouvements de la langue française et du monde dans lequel elle évolue. On compte cette année un peu plus d’une centaine de nouveaux mots, sens, locutions et expressions. Au total, le Petit Larousse compte 59 000 mots et 28 000 noms propres.

Les mots qui font leur entrée appartiennent à des lexiques variés. Beaucoup d’informatique et de sciences, quelques intrusions de mots anglais et même certaines entrées issues du vocabulaire populaire. On peut maintenant parler sans erreur des «actus» pour remplacer les actualités. Le «wasabi», cette plante d’Asie dont le rhizome fournit un condiment utilisé dans la cuisine japonaise, est enfin reconnu en français. Égalité des sexes oblige, le «one-woman-show» existe enfin.

Le «home-jacking» et le «car-jacking» font aussi leur entrée. Le premier désigne le vol d’un véhicule automobile au domicile de son propriétaire, contraint sous la menace de remettre ses clés, tandis que le second évoque le vol d’un véhicule sur la voie publique, avec violences ou menaces sur son conducteur. Les deux mots sont formés à partir du terme anglais «hijacking», qui signifie «piraterie aérienne».

La science n’en finit plus d’évoluer. Un nouvel élément chimique apparaît sur le tableau périodique des éléments: le roentgenium. Et que les cruciverbistes se le tiennent pour dit: son symbole chimique est Rg. En médecine, le virus du «chikungunya» obtient sa place dans le dico. Comme le font aussi les «audioguides» des musées et les «mangakas» qui y exposent peut-être. Les «mangakas» sont des dessinateurs ou des auteurs de manga, ces bandes dessinées d’origine japonaise.

Il n’y a pas que des mots nouveaux, dans le Larousse. Certains mots existants s’enrichissent de sens nouveaux. C’est le cas, par exemple, du verbe «tutoyer» qui désigne maintenant le fait de s’approcher de quelque chose ou de se hisser au niveau de quelque chose. On pourra dire, par exemple, qu’un athlète est en train de «tutoyer» la gloire.

Au chapitre des locutions et des expressions nouvelles, on retrouve par exemple, à l’entrée «désobéissance», l’expression: «désobéissance civile», qui désigne l’action militante, généralement pacifique, consistant à ne pas se soumettre à une loi pour des motifs politiques ou idéologiques. De même, on retrouvera, lorsqu’on consulte le mot «kit», l’expression «kit main(s) libre(s)», qui désigne un dispositif qui, relié à un téléphone portable, permet à l’utilisateur de celui-ci de converser sans le tenir en main.

Le Larousse fait aussi une place à certains mots propres à la langue française parlée au Québec. Des nouveaux mots comme «barboteuse», qui désigne une pataugeoire, ou «tartinade», qui est en fait une préparation à tartiner, sont maintenant admis. C’est le cas aussi des «bobettes», du «flânage» et de la «téléuniversité». Le verbe «mouillasser», qui est un synonyme de «bruiner» ou de «crachiner», fait aussi son entrée. Enfin, on accepte l’expression «feu sauvage» pour désigner l’herpès labial ou l’éruption vésiculeuse qui en résulte.

Timides dans la féminisation des noms, les Français font tout de même preuve d’un peu d’ouverture dans le nouveau Petit Larousse. On peut maintenant dire une «charpentière», une «commandante», une «designer», une «ensemblière», une «flic», une «réserviste», une «sergente», une «skippeuse», une «sous-chef», une «sous-lieutenante», une «substitut» et une «vice-consule».

Enfin, du côté des noms propres, on note plusieurs nouveaux venus: Georges Moustaki, Tim Burton, Johnny Depp, Michelle Bachelet, Viktor Iouchtchenko, Angela Merkel, Ehoud Olmert, Arturo Pérez-Reverte, Éric-Emmanuel Schmitt et Dominique de Villepin, par exemple. Côté canadien, on se doutait bien que Stephen Harper allait y faire son entrée. C’est le cas. Et c’est le cas aussi pour l’écrivain Pierre Dansereau.

Notons enfin cette surprise que le Petit Larousse 2007 nous réserve: un cahier sur les mots venus d’ailleurs. Dans le «Passionnant voyage des mots», on retrouve plusieurs termes d’origine étrangère, illustrés par Moebius, qui nous les révèle parfois sous un jour inattendu. Une belle trouvaille, qui remplace les cahiers thématiques qui étaient intégrés aux éditions précédentes.

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