L’enfance de l’art

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C’est ce qu’on pourrait appeler l’enfance de l’art: rassembler en trois quarts d’heure les mélodies les plus familières d’une demi-douzaine de compositeurs les plus célébrés – et accessibles – qui logent à l’enseigne «classique», et emballer le tout à l’intention des mélomanes en herbe ou, plus exactement, à l’intention de leurs parents bien intentionnés.

Tandis que les enregistrements maintes fois primés de Beethoven habite à l’étage et Vivaldi: la clef du mystère encadraient la musique dans une trame narrative, la collection «Le meilleur de…», de l’éditeur Enfants classiques, passe à -l’étape suivante: cette fois, ce ne sont que des extraits d’œuvres qu’on nous propose, cernant la carrière de Bach, Vivaldi, Mozart, Hændel, Beethoven et Tchaikov-sky en une poignée de thèmes figu-rant parmi nos dénominateurs communs.

L’approche fragmentaire de telles compilations laisse l’impression que le legs de trois siècles de culture musicale européenne peut être condensé dans un juke box bourré de mélodies tantôt enfantines (Ah, vous dirais-je maman de Mozart), tantôt exubérantes (Le Printemps de Vivaldi), tantôt pathétiques (l’iné-vitable premier mouvement du Concerto pour piano de Tchaikovsky).

Mais à une époque où tout ce qui relève de la culture nous est coupé en petites bouchées aisément digestibles, l’approche n’a rien de surprenant. Et si la démarche suscite au passage quelques vocations (de musiciens ou, tout le moins, de mélomanes), alors le pari d’Enfants classiques aura été gagné.

Coffre à bijoux

En surface, Joyaux de la Renaissance et Joyaux du Baroque ne sont que deux compilations parmi tant d’autres (des «samplers», selon le jargon de l’industrie), dont le but apparent est de mettre en valeur les artistes – et donc le catalogue – Analekta, la plus importante maison de disques classiques du Québec.

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Et il faut reconnaître que l’écurie Analekta a de quoi impressionner: le Studio de Musique ancienne de Montréal, James Ehnes (miraculeux dans les sona-tes et partitas pour violon solo de Bach), les ensembles Ano-nymus et Strada, le violoncelliste baroque Sergei Istomin (lui aussi magistral chez Bach), sans oublier l’irrépressible Angèle Dubeau, qui multiplie les projets grand public au gré de ses passions.

Mais il est clair que derrière le marketing se profile une volonté quasi-pédagogique, tant dans le choix très vaste de compositeurs et de genres ici représentés, que dans l’érudition accessible des livrets qui accompagnent les disques (un équilibre que négligent trop souvent les scribes appelés à pondre ce type de texte, surtout au chapitre du classique).

Et comme c’est le cas des Enfants classiques, il n’est aucun doute qu’une fois ouverts, ces coffres à joyaux vous mettront sur la piste de chefs-d’œuvre qu’il conviendra de découvrir (ou de redécouvrir) à vos loisirs, de préférence en version non fragmentée.

Mélodies à fleur de peau

Elle a chanté le Messie de Haendel et la Neuvième de Beethoven, a dompté son premier rôle wagnérien, triomphé en France avec le Orlando Furioso de Vivaldi (Victoire de la Musique en 2005) et sé-duit dans un récital de lieder de Brahms.

Bref, s’il fallait catégoriser la contralto Marie-Nicole Lemieux, ce serait au rang des interprètes québécoises qui se sont imposées à l’échelle internationale, au sein d’un redoutable triumvirat qu’elle forme avec les sopranos Suzie Leblanc et Karina Gauvin.

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Nouvelle preuve de l’exceptionnelle polyvalence de l’interprète originaire du Lac Saint-Jean, L’heure exquise (Naïve/Distribution Naxos) nous permettra de faire la connaissance d’un répertoire relativement peu fréquenté, celui de la mélodie française telle qu’incarnée par Georges Enesco, Ernest Chausson et Raynaldo Hahn.

Au programme de ce récital qui bénéficie de l’accompagnement symbiotique du pianiste Daniel Blumenthal, seules les Fêtes galantes de Debussy risquent d’éveiller quelques souvenirs auprès du plus vaste public.

Tour à tour empreintes d’humour, d’onirisme ou de sensualité à fleur de peau, ces œuvres ne fe-ront pas vibrer les mêmes cordes sensibles que les plus grandes mélodies de la tradition allemande (il n’est rien au programme qui puisse émouvoir au même titre que Schubert, par exemple), mais elles n’en sont pas moins un véhicule splendide pour la voix chaude et ample – et les interprétations super-bement nuancées – de Marie-Nicole Lemieux.

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