Législatives françaises: visite du candidat socialiste à Toronto

Yan Chantrel en entrevue à L'Express dans un café de Toronto.

Yan Chantrel en entrevue à L'Express dans un café de Toronto.


16 mars 2017 à 16h49

Yan Chantrel, candidat socialiste pour l’Amérique du Nord aux élections législatives françaises de juin prochain, était de passage cette semaine à Toronto, où, entre autres, il organisait dans un bar une rencontre citoyenne pour «échanger sur les avancées et les droits pour les Français de l’Étranger».

C’est d’ailleurs un peu comme ça aussi qu’il a moussé sa candidature à l’investiture du PS, en juin dernier, raconte-t-il en entrevue à L’Express.

Se définissant principalement comme «humaniste et progressiste», il avait créé une «plateforme participative» pour permettre aux intéressés de lui soumettre leurs idées sur «les droits, l’éducation, la santé, les visas, l’emploi, la fiscalité» et les autres enjeux des Français de l’Étranger.

Une cinquantaine de personnes d’horizons divers, «pas seulement des membres du Parti socialiste», s’y sont manifestées. Le candidat se proclame d’ailleurs relativement indépendant de son parti, qu’il veut faire évoluer autant que le défendre quand il juge qu’il le mérite.

Ça tombe bien: le PS est au plus bas dans les sondages, culminant avec le désistement du président François Hollande cet automne et la défaite de l’ex-premier ministre Manuel Valls aux «primaires» présidentielles de janvier.

Yan Chantrel soutient depuis le début le vainqueur de ces primaires du PS, Benoît Hamon, et il refuse de discuter de la possibilité que son chef ne passe pas au 1er tour, le 23 avril, contre Marine Le Pen, François Fillon, Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélanchon. Pas de commentaires, donc, sur le duel probable Macron-Le Pen au 2e tour.

Proximité

Environ 250 000 électeurs français sont éparpillés en Amérique du Nord, la circonscription actuellement représentée à l’Assemblée nationale par l’ex-ministre Frédéric Lefebvre (Les Républicains). On les trouve à Montréal et Québec, bien sûr, mais aussi à New York, Boston, Los Angeles, San Francisco, Vancouver et Toronto: ils sont plus nombreux aux États-Unis qu’au Canada.

Yan Chantrel
Yan Chantrel

Ce sont souvent des expatriés comme lui, venus y rejoindre de la famille et y travailler. Établi à Montréal depuis 2011, où une cousine est installée depuis 15 ans, Yan Chantrel a pris un congé sans solde de son poste de coordonnateur du Comité consultatif pour la clientèle judiciarisée adulte, qui travaille notamment avec le ministère québécois de la Sécurité publique. «Contrairement à Frédéric Lefebvre, je vis ici en Amérique du Nord, pas en France», fait-il valoir.

Il se présente d’ailleurs comme «un candidat de proximité». En 2014, il a été élu conseiller consulaire, et il est conseiller à l’Assemblée des Français de l’Étranger. Il abandonnera ces fonctions s’il est élu député en juin.

Yan Chantrel compare volontiers Marine Le Pen à Donald Trump, reconnaissant que leurs appuis viennent notamment des classes et des régions qui n’ont pas profité de la mondialisation de l’économie, et qui ne font plus confiance aux dirigeants et aux médias traditionnels qui les ont oubliés. Pour contrer ce populisme vengeur, «il faut redonner le pouvoir aux exclus de la désindustrialisation», dit-il.

Ce Canadien d’adoption – il est résident permanent et n’exclut pas de demander la citoyenneté canadienne, qui s’ajouterait à sa citoyenneté française et européenne – vante auprès de ses amis du Vieux Continent le multiculturalisme à la canadienne. «Mais on en est encore très loin en France, même au sein de la gauche.»

Réfugiés climatiques

Écolo, comme le PS qui s’affiche maintenant «social-écologie», il se dit plus préoccupés de futurs «réfugiés climatiques» en France, déplacés par la montée rapide du niveau de la mer prophétisée par les plus alarmistes, que par les actuels réfugiés d’Afrique et du Moyen-Orient fuyant la pauvreté et la guerre.

Très «fédéraliste» européen, Yan Chantrel estime que c’est au niveau d’institutions européennes encore plus fortes, pas dans chaque pays et encore moins en sortant de l’Union comme le propose le Front national, qu’on pourra reprendre le contrôle de l’immigration, intégrer les réfugiés et faire disparaître les campements sauvages comme à Calais.

Né en 1979 à Épinay-sur-Seine (en banlieue nord de Paris), il détient une maîtrise en communication politique et publique, et il a travaillé au Sénat français comme collaborateur parlementaire. Son emploi à Montréal est en phase avec sa préférence pour des politiques de réhabilitation et de réinsertion des délinquants.

«Depuis mon plus jeune âge», lit-on dans son site web, «j’ai toujours été un militant obstiné pour la défense des libertés publiques, la lutte contre les discriminations et pour une meilleure répartition des richesses.»

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