Le trait coquinement lapidaire de Bado

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Peut-on rire de tout, caricaturer le tragique, voire la mort? La réponse à cette question se trouve dans le ton que l’artiste adopte. Le caricaturiste Bado fait sourire les lecteurs du quotidien Le Droit (Ottawa) depuis 35 ans et rien n’est à son épreuve. Un peu plus de 90 de ses caricatures des années 2000 sont reproduites dans Qui ça, bêtes et méchants?

Bado, de son vrai nom Guy Badeaux, ouvre son recueil sur les tragédies de Charlie Hebdo et celles du 13 novembre dernier à Paris.

Il jette aussi un regard ironique sur le régime minceur à Québec, la fin du régime Harper à Ottawa et quelques sujets qui ont fait la une chez nos voisins du Sud. Les dessins sont presque tous en couleur. L’ouvrage est dédié à Bernard Verlhac, le Tignous de Charlie Hebdo.

Il n’est pas facile de recenser un album de caricatures car je ne peux pas vous en montrer, outre celle de la page couverture. Comme le rire est souvent provoqué par un texte coquin ou satirique, je vous donnerai quelques exemples de bulles ou vignettes bien tournées.

Lorsque Postes Canada annonce que la livraison du courrier à domicile cessera dans un proche avenir, Bado dessine des boîtes postales communautaires qui ont été saccagées et un facteur qui s’étonne de la situation, car «ça devait pourtant passer comme une lettre à la poste!».

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Bado aime souvent commenter l’actualité par le biais d’une conversation entre deux hommes au bar. Sur la question d’une université francophone en Ontario, l’un dit que «ce projet est encore à l’étude» et l’autre répond: «Coudon, il fait un doctorat?»

Au sujet de la campagne électorale en Ontario (2014), on voit Kathleen Wynne qui dit ne pas être Dalton McGuinty, Tim Hudak qui affirme ne pas être Mike Harris et Andrea Horwath qui précise ne pas être Bob Rae.

À quelques mois des élections fédérales, on voit Stephen Harper devant un kiosque à journaux dont les manchettes portent sur le procès Duffy, la libération d’Omar Khadr et la vague orange en Alberta. Le premier ministre demande: «Avez-vous des quotidiens britanniques?»

Quelques pages plus loin, Harper est représenté en 2006, puis en 2015. Dans le premier cas il affirme être «pour la loi et l’ordre»; dans le second cas, il se dit «au-dessus des lois» et c’est lui qui «donne les ordres!»

En décembre 2013, on apprenait que Dany Laferrière était nommé à l’Académie française. Bado le montre tout étonné et songeur: «Et dire que j’ai survécu à un tremblement de terre… avant même de devenir immortel!»

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Il n’y a pas de caricature du maire de Montréal, Denis Coderre, dans cet album, mais Bado fait néanmoins écho au controversé dossier du déversement des eaux usées. On voit deux poissons dans le fleuve Saint-Laurent; le premier demande à son ami s’il pense descendre à Montréal en fin de semaine. La réponse est brève et lapidaire: «Je n’ai pas tellement le goût.»

Environ 50 caricatures font l’objet d’une note contextuelle. Ces brèves remarques apparaissent seulement à la fin de l’album, mais il me semble qu’elles auraient pu facilement figurer en bas de page, sous la caricature en question, d’autant plus qu’il y a de grands espaces blancs au-dessus de chaque dessin.

Comme tout caricaturiste, Bado se distingue par un style bien à lui; je qualifierais son coup de crayon de coquinement lapidaire. Ses dessins sont souvent repris dans des journaux canadiens (La Presse) ou étrangers (Courrier international). Il a remporté le Prix d’excellence lors du Concours de dessin éditorial de l’Association des correspondants des Nations Unies en 2009 et en 2013.

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