Le Sommet sur le rapprochement des francophonies se veut historique

Sommet rapprochement des francophonies canadiennes
Les participants à un panel du 12 juin: la présentatrice Diane Martin; le comédien Vincent Poirier; Marie-Christine Morin, directrice générale de la Fédération culturelle canadienne-française; Gino LeBlanc, directeur du Bureau des affaires francophones et francophiles de l’Université Simon Fraser; Déborah Cherenfant, entrepreneure et présidente de la Jeune chambre de commerce de Montréal. Photos: captures d'écran Francopresse
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Le Sommet sur le rapprochement des francophonies canadiennes s’est ouvert, ce samedi 12 juin, sur deux discussions: le passé et le futur des relations entre le Québec et les autres francophonies du pays. Les activités prendront fin le jeudi 17 juin.

Pour l’occasion, la ministre québécoise responsable des Relations canadiennes et de la Francophonie canadienne, Sonia LeBel a annoncé que le premier ministre du Québec François Legault sera présent le 17 juin, tentant ainsi de conférer au Sommet un caractère historique.

900 participants au Sommet

Le sommet a pour but d’offrir un espace pour échanger sur les relations entre le Québec et les communautés francophones et acadienne. Il veut aussi bâtir de nouveaux ponts et promouvoir la langue française partout au Canada.

Près de 900 participants se sont inscrits aux deux panels de discussion de cette première journée de rencontres.

Une volonté unique s’est largement démarquée au fil des discussions: marquer l’Histoire canadienne avec ce sommet. Ce n’est pas pour rien que ce mot a souvent été répété, car les attentes sont grandes.

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Sommet sur le rapprochement des francophonies canadiennes
La ministre Sonia LeBel avec le premier ministre du Québec, François Legault.

Saisir l’occasion

C’est d’ailleurs avec cette perspective que Jean Johnson, président de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada a ouvert le bal.

«J’aimerais que l’on puisse dire de nous que nous avons saisi cette occasion, qu’il y a eu un avant et un après-sommet, que nous avons bâti de nouvelles complicités en culture, en éducation, en économie et en santé. Si nous réussissons à faire du sommet un tel moment, nos enfants et petits-enfants nous remercieront.»

Le message d’ouverture de la ministre responsable des Relations canadiennes et de la Francophonie canadienne, Sonia LeBel, étaient dans le même esprit.

«Le gouvernement du Québec est pleinement conscient du rôle de leadership qu’il se doit de jouer pour la promotion et la protection de la langue française au Canada. Nous sommes déterminés à passer à l’action. […] Grâce à ce sommet, nous pourrons définir […] une histoire de la francophonie unie.»

Elle a d’ailleurs mentionné qu’une «politique» suivra et qu’elle constituera «les premiers jalons qui nous mèneront vers une unicité plus forte».

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Sommet sur le rapprochement des francophonies canadiennes
La ministre québécoise Sonia LeBel et le président de la FCFA, Jean Johnson, lors de l’annonce du Sommet, en 2019.

Mieux se connaître pour se rapprocher

Cette unicité, Gino LeBlanc, directeur du Bureau des affaires francophones et francophiles (BAFF) de l’Université Simon Fraser et panéliste invité, pense qu’elle passe avant tout par le fait de «mieux se connaître. On se connaît tellement mal», a-t-il précisé.

BAFF
Gino LeBlanc.

Au cours du second panel de la journée conçu pour discuter d’une nouvelle solidarité francophone et des inspirations pour l’avenir, le directeur du BAFF a souligné plusieurs exemples attestant d’une affection et d’une solidarité du Québec, citant l’appui du Québec après les coupes du gouvernement Ford en francophonie en 2018 en Ontario.

Mais selon lui, l’un des blocages se situe au niveau de certaines institutions qui «font mal leur travail», égratignant au passage Radio-Canada, critiqué pour être très «montréalocentriste».

Valérie Lapointe-Gagnon, professeure agrégée d’histoire à la Faculté Saint-Jean de l’Université de l’Alberta, a aussi mis de l’avant une meilleure connaissance des autres francophonies, lors du premier panel de la journée qui abordait les relations passées entre le Québec et les francophones du Canada.

Le Canada français a déjà été plus uni

«Ce qu’il faut retenir des éléments du passé», dit-elle, «c’est qu’il a toujours fallu travailler pour se maintenir proches étant donné la distance géographique et les particularismes régionaux. Les voyages de la survivance, dans les années 1920, où des notables, des responsables politiques vont se déplacer sur le terrain pour voir besoins sur le terrain.»

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Alberta
Valérie Lapointe-Gagnon.

Des gens du Québec se déplaçaient par exemple en Acadie, dans l’Ouest, dans les communautés francophones des États-Unis. «Le Canada français était très large et il fallait voyager pour mieux connaître et créer ce réseau», rappelle l’historienne.

La professeure a aussi évoqué le rôle des journaux, qui ont contribué à maintenir les liens entre francophones. Le Devoir s’était en effet doté d’un service de voyages en 1924 pour aider au rapprochement des communautés.

Joseph Yvon Thériault, professeur associé au Département de sociologie de l’Université du Québec à Montréal, a rappelé au sein du même panel que la territorialisation des identités, provoquée entre autres par les États généraux du Canada français de 1967, marque la rupture entre les Canadiens français et le Québec.

Le chercheur acadien a fait aussi référence à l’Accord de Charlottetown, en 1992: une tentative échouée de rapprochement qui a consommé la rupture entre le Québec et les francophones hors Québec.

Sommet sur le rapprochement des francophonies canadiennes
La majorité des délégués aux États généraux du Canada français de 1967-69 ont appuyé une motion favorable au droit à l’autodétermination du Québec, «territoire national des Canadiens-Français». L’opposition minoritaire est venue des représentants des communautés francophones de l’Ouest, de l’Ontario et de l’Acadie.

Institutionnaliser les relations

C’est pourquoi, pour Marie-Christine Morin, directrice générale de la Fédération culturelle canadienne-française (FCCF), mieux connaître ces éléments demande aussi de stopper les «festivals des enjeux» comme elle les appelle, et agir.

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UQAM
Joseph Yvon Thériault.

Elle-même tente de le faire dans le domaine culturel à travers les Tables sur l’avenir des arts (TADA!) à la FCCF, en construisant des «chantiers» concrets et établis.

Pour que les relations entre le Québec et les autres communautés francophones du pays s’institutionnalisent aussi en politique, Gino LeBlanc a suggéré de créer des espaces communs de discussions permanentes.

Une idée que Serge Dupuis, historien et membre associé de la Chaire pour le développement de la recherche sur la culture d’expression française en Amérique du Nord (CEFAN), de l’Université Laval, a effleuré lors du premier panel.

«Si les ministères québécois peuvent entrouvrir la porte à l’existence d’un dossier sur les francophonies canadiennes», dit-il, «il y a peut-être une possibilité de développer des ententes de réciprocité.»

Le sommet est «bien parti»

Déborah Cherenfant, entrepreneure et présidente de la Jeune chambre de commerce de Montréal, a davantage ramené cette question de structure des relations autour du financement.

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CEFAN
Serge Dupuis.

«Que ce soit un financement qui vienne du gouvernement ou autre, nous en manquons», a-t-elle observé. «On n’est pas encore collectivement convaincus de ce projet commun. C’est pourquoi les initiatives n’ont pas le financement et l’encadrement dont elles ont besoin.»

Pour arriver à ce rapprochement, Gino LeBlanc a insisté sur un point: «Les francophones hors Québec ne cherchent pas à être sauvés, ils cherchent à collaborer».

Le directeur du BAFF estime que le sommet est «bien parti», car «on est prêt culturellement et politiquement», a-t-il précisé.

Les activités du Sommet sur le rapprochement des francophonies canadiennes reprennent virtuellement lundi.

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