Le Roundup aussi cancérigène que l’amiante? On le saurait!

colza_Côte-d'Or_Bourgogne, Roundup, glyphosate

Un champ de colza en France. (Photo: Myrabella / Wikimedia Commons)


15 février 2018 à 7h00

Le dossier du glyphosate, un herbicide mieux connu sous le nom de Roundup, est complexe et ouvre de multiples portes — en science, en santé, en économie et en politique.

Mais il y a au moins une porte qu’on peut rapidement refermer: on ne peut pas comparer l’impact sur la santé du glyphosate à celui de l’amiante!

Dans son dernier livre Le Roundup face à ses juges (Éditions La Découverte, 2017, réédité au Québec par Écosociété) et dans ses entrevues aux médias, l’auteure et documentariste française Marie-Monique Robin est catégorique: le glyphosate est «un poison» et «un scandale pire que l’amiante».

C’est une comparaison qui a beaucoup circulé en Europe l’an dernier, dans le cadre du débat sur la décision des autorités de décréter — ou non — le glyphosate comme étant cancérigène.

Or, la recherche ne permet pas de faire ce type de comparaison avec l’amiante, et ce n’est pourtant pas faute d’avoir essayé.

Amiante contre glyphosate

Dans le cas de l’amiante, une étude chinoise, parue en 2001, avait suivi pendant 25 ans un groupe de 1165 ouvriers — près de la moitié travaillant dans une usine d’amiante et près de la moitié dans une usine de la même ville, sans exposition à l’amiante.

Dans le groupe «amiante», le taux de mortalité était de 25%… contre 6% chez les autres ouvriers.

Le taux de cancer ressortait très fort dans les deux groupes — comme on est en droit de s’y attendre dans toutes les couches de la population —, mais alors qu’il représentait 38% des causes de décès des travailleurs de l’amiante (50 morts sur 132), il n’en représentait que 26% chez les autres (11 sur 42).

Aux États-Unis

En comparaison, dans le cas du glyphosate, une étude américaine publiée l’automne dernier s’est penchée sur un groupe imposant de 54 000 travailleurs agricoles de l’Iowa et de la Caroline du Nord qui avaient été suivis entre 1993 et 1997.

Près de 45 000 d’entre eux avaient été exposés au glyphosate, 9300 ne l’avaient jamais été. Les chercheurs sont retournés dans leurs dossiers médicaux en 2012 et 2013, à la recherche de cancers qui, comme dans le cas de l’amiante, ressortiraient de façon anormale dans les statistiques.

Résultat: rien du tout. Quel que soit leur niveau d’exposition au glyphosate, le taux de cancer était le même que chez les travailleurs agricoles «sans glyphosate».

Un suivi similaire de ces travailleurs avait déjà été publié en 2004, et n’avait trouvé non plus aucune corrélation entre 22 types de cancers et le glyphosate.

54 000 dossiers médicaux

La comparaison avec l’amiante tient d’autant moins que la communauté médicale associe depuis longtemps l’amiante à des risques accrus de cancers du poumon, du larynx, des ovaires en plus d’une forme rare de cancer appelée mésothéliome.

Dans ce dernier cas, le risque traditionnellement admis depuis les années 2000 est de cinq à six fois plus élevé chez ceux qui ont subi une exposition de longue durée à l’amiante. Si l’impact du glyphosate était comparable, il y a longtemps qu’il serait apparu dans les statistiques.

Si l’étude sur les travailleurs agricoles sort de l’ordinaire par la taille de son «échantillon» (peu de chercheurs en santé ont la chance de pouvoir éplucher 54 000 dossiers médicaux), elle n’est pas une anomalie; elle ne fait que confirmer ce qui a déjà été publié ailleurs:

– un rapport conjoint de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et de l’Organisation des Nations Unies pour l’agriculture et l’alimentation paru en 2016, conclut à l’absence de corrélation entre cancers chez les animaux et «résidus de pesticides» (incluant le glyphosate) dans leur alimentation;

un rapport de l’Agence américaine de protection de l’environnement paru en 2015 conclut à l’absence d’effets cancérigènes sur les humains;

une réévaluation du glyphosate par Santé Canada arrive à la même conclusion en 2017.

Preuve limitée

Certes, il y a un rapport du Centre international de recherche sur le cancer — une branche de l’OMS — qui a classé en 2015 le glyphosate dans sa liste des «cancérigènes probables», mais cette évaluation ne pointe en réalité qu’un seul type de cancer, le lymphome non hodgkinien, et elle parle de «preuve limitée».

Rien ne permet d’affirmer que le glyphosate est aussi cancérigène que l’amiante: un impact d’une telle puissance serait depuis longtemps apparu sur les écrans radars.

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