Le poids-santé, ça commence dans la tête


25 juin 2007 à 17h25

La conférence internationale sur l’obésité chez les enfants, qui a lieu à Toronto cette semaine, nous rappelle une fois de plus que les statistiques en ce domaine sont alarmantes. Les taux d’obésité chez les enfants ont plus que doublé en moins de 30 ans au Canada. En conséquence, la vie des enfants d’aujourd’hui pourrait être plus courte que celle de leurs parents, dont 60% souffrent aussi d’obésité ou d’embonpoint.

L’obésité est un problème complexe pour lequel il n’existe pas de solution miracle. Toutefois, en nous servant de notre imagination pour visualiser notre objectif, nous pouvons nous faire une idée du chemin à parcourir.

Imaginez un monde où les Canadiens s’alimentent en suivant le Guide alimentaire et sont actifs la plupart des jours de la semaine, comme le recommande le Guide d’activité physique. Un monde où les croustilles et les biscuits ne sont que des gâteries occasionnelles plutôt que des collations quotidiennes, où le plaisir n’est pas synonyme de nourriture, et où l’activité physique n’est pas une tâche, mais un moment agréable de la journée.

Alors comment pouvons-nous arriver à ce résultat? Nous devons faire en sorte que «le choix santé devienne le choix facile» et un catalyseur de changement. Il faudrait apporter un changement à nos quartiers et à nos infrastructures, de sorte qu’il soit plus facile et attrayant de marcher ou d’emprunter le transport en commun que d’utiliser l’automobile.

Il faudrait apporter un changement aux prix des aliments, pour que les fruits, les légumes et l’eau en bouteille soient meilleur marché et plus accessibles que les biscuits, les croustilles et les boissons gazeuses.

Il faudrait apporter un changement à nos mentalités, pour que les aliments soient servis en portion raisonnable dans les restaurants, les écoles et à la maison.

Une tâche colossale me direz-vous? D’accord. Irréaliste? Pas vraiment. Il y a 20 ou 30 ans, le tabagisme était socialement acceptable, facilité dans les endroits publics et encouragé par la publicité. La vision d’un monde sans tabac semblait irréaliste à l’époque, mais des efforts concertés pour interdire la publicité, éduquer la population et prévenir l’exposition à la fumée secondaire ont fait en sorte qu’il est devenu plus facile et désirable d’arrêter de fumer que de continuer.

En conséquence, les taux de tabagisme ont chuté. Selon Santé Canada, alors que 35 pour cent des Canadiens fumaient en 1985, leur nombre a chuté à 18 pour cent en 2006.

Le fait de visualiser le résultat souhaité permet d’éclairer la conception des politiques, de mieux cibler les campagnes d’éducation et de sensibilisation, d’établir un programme de discussions avec les intervenants comme l’industrie alimentaire et les urbanistes, d’évaluer les interventions et les programmes actuels et nouveaux et de fournir aux gens un objectif clair à atteindre – en d’autres mots, la visualisation du résultat aide tous les acteurs à maintenir le cap.

Pour combattre un problème complexe comme l’obésité, il est important que tous les acteurs mettent l’épaule à la roue, et certaines stratégies particulières peuvent nous guider vers la ligne d’arrivée.

Nous avons besoin que des équipes d’experts dans diverses spécialités collaborent avec les décideurs et les praticiens sur des questions comme l’aménagement de lieux favorisant l’activité physique et une saine alimentation. Les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) excellent dans le financement d’équipes multidisciplinaires qui s’attaquent à ce genre de question.

Nous devons mesurer l’efficacité des politiques, des programmes et des stratégies d’information. Par exemple, l’organisation «Jeunes en forme Canada» publie cette semaine son bulletin annuel 2007, qui non seulement fait le point sur les niveaux d’activité physique et évalue les politiques et les programmes, mais recommande aussi des améliorations. Ce genre d’effort devrait être encouragé et soutenu.

Nous devons aussi encourager et évaluer les initiatives du secteur privé qui font la promotion d’un mode de vie sain. La Canadian Children’s Food & Beverage Advertising Initiative en est un bon exemple. Les participants à cette initiative s’engagent à ce qu’au moins 50% de la publicité destinée aux enfants fasse la promotion d’une saine alimentation et/ou de l’activité physique.

Ces exemples montrent que le gouvernement n’est pas le seul acteur à pouvoir faciliter les choix santé. En imaginant un monde où les aliments sains et l’activité physique redeviennent la norme, chacun de nous peut commencer à comprendre comment contribuer à cette vision dans sa sphère d’activité.

Nous ne pouvons nous permettre de travailler chacun de notre côté. Notre système de santé est taxé par la hausse des taux de surpoids et d’obésité, et les listes d’attente de traitement pour une maladie chronique ne cessent de s’allonger. Or la diminution des listes d’attente passe par la réduction de notre tour de taille.

La Dre Diane Finegood est directrice scientifique de l’Institut de la nutrition, du métabolisme et du diabète des IRSC, qui a fait de l’obésité sa priorité numéro un.

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