Le Passage du Nord-Ouest à la rame: la plus belle aventure de Charles Hedrich


16 septembre 2014 à 11h25

Après avoir ramé en solitaire sur plus de 2000 km dans l’Arctique canadien du 1er juillet au 4 septembre, l’aventurier français Charles Hedrich devra attendre à l’été prochain avant de compléter son passage du Nord-Ouest. «Les glaces se sont formées plus tôt que prévu, bloquant le passage», a expliqué M. Hedrich en entrevue téléphonique avec L’Express depuis l’aéroport de Toronto où il attendait son vol pour rentrer en France.

Commencé en juillet 2013 en Alaska jusqu’à Tuktoyaktuk, puis cet été jusqu’à Taloyoak où il a encore dû entreposer son bateau, M. Hedrich, l’un des plus illustres sportifs-aventuriers au monde, a donc déjà parcouru 5000 km du Passage du Nord-Ouest. Il lui reste 1000 km, de Taloyoak jusqu’à la mer de Baffin, en passant par le détroit de Bellot, qu’il compte bien parcourir l’été prochain, signant finalement une première mondiale.

«Amundsen a pris trois ans lui aussi pour compléter ce périple» en 1906, se console-t-il.

En attendant, il doit s’entraîner pour sa traversée à pied (avec un compagnon) du désert de l’Atacama, au Chili, qui devrait lui prendre de 25 à 30 jours au début de 2015, ce qui serait une autre première mondiale à son crédit.

Car en plus de la rame dans l’Arctique et dans l’Atlantique (record de vitesse de 36 jours entre le Sénégal et le Brésil en 2007, St-Pierre-et-Miquelon jusqu’au Canaries et retour vers la Martinique en 145 jours en 2012), Charles Hedrich fait aussi de la voile (record de vitesse de la traversée de la Manche en 2003, la course Vendée-Globe en 2004-2005, le tour du monde par les deux pôles en 2009-2010), des courses IronMan, du ski (en Afghanistan), de l’alpinisme (ascension de l’Everest en 2006) et de la moto (Paris-Dakar en 2003)…

Ce surhomme, qui a 56 ans aujourd’hui, marié, trois enfants, ne s’est pourtant consacré à ces sports qu’il y a 11 ans, après avoir vendu sa société de recrutement de personnel de direction. «Je n’avais pas de passé sportif», assure-t-il.

Admirateur de l’aventurier américain Steve Fossett, «j’ai financé moi-même mes expéditions les sept premières années». Aujourd’hui, à travers son organisation Respectons la Terre, qui fait la promotion du sport-aventure en même temps que de la protection de l’environnement, il est appuyé par plusieurs gros commanditaires, dont la pétrolière française Avia, il participe à des émissions de télévision, diffuse des films et a écrit deux livres abondamment illustrés racontant ses voyages et ses exploits.

Sa traversée du Passage du Nord-Ouest à la rame en solitaire compte, dit-il, parmi ses plus dangereuses expéditions. «Surtout la première partie depuis le détroit de Béring», où il a combattu une mer houleuse et des coups de vent violents. «La partie canadienne cette année, où je longeais plus souvent la côte, était beaucoup plus calme.»

Il n’a toutefois pas trouvé beaucoup de temps pour lire ou écouter de la musique, «parce que naviguer à travers les glaces exige toute son attention». La météo est la préoccupation principale. Par radio-satellite, il contactait tous les jours son météorologue, basé en France, qui surveillait l’évolution de la situation dans l’Arctique.

Il a effectué quelques escales seulement pour se ravitailler, mais il a rencontré beaucoup plus d’animaux sur sa route que d’humains: des phoques, morses, bélugas, baleines qui suivaient parfois son canot pendant des jours, des ours polaires de loin, et des milliers d’oiseaux.

Il a vu dans l’Arctique canadien des paysages extraordinaires, dit-il, «dont une zone volcanique qui émet une grosse fumée, mais qui n’existe pas sur les cartes».

Pour dormir ou se reposer, il jetait l’ancre. «La première année», raconte-t-il, je ramais jusqu’à terre, je tirais le canot en sécurité, je dormais et plus tard je devais repartir. C’était fatigant et ça prenait du temps. Cette année, j’ai réalisé que le fond de l’eau n’était jamais très loin, une soixantaine de mètres. Je me suis donc simplement habitué à jeter l’ancre»… pas la nuit, car il n’y a pas de nuit l’été dans l’Arctique. «On en perd d’ailleurs un peu ses repères temporels», dit-il.

Charles Hedrich n’a demandé aucune permission aux autorités américaines et canadiennes pour entreprendre ce périple. Il rit de bon coeur en racontant comment il a déclenché une alerte militaire américaine avec sirènes et intervention «comme dans les films» dans le détroit de Béring. Cette année, il a rencontré un bâtiment de la garde-côte canadienne qui lui a confirmé qu’on suivait son périple.

«Mais contrairement à une autre expédition à voile dans ces eaux, où l’on se savait repéré par les radars et les avions, je pense que cette fois avec mon petit bateau à rames je suis passé plus souvent inaperçu.»

Ce canot très spécial de 160 kilos en kevlar-carbone et au fond plat, il l’a acheté d’un autre aventurier qui avait tenté l’Arctique en 2011. «Je peux le tirer seul sur la glace», dit-il, et il est fait pour naviguer dans des zones où il y a très peu d’eau.

Charles Hedrich joue aussi au tennis, un sport qui fait appel à la même «disposition, motivation et patience», croit-il, que pour une expédition solo de plusieurs mois.

Cet aventurier «tout-terrain» n’a sans doute pas fini de se surpasser, mais lui-même considère son Passage du Nord-Ouest comme son plus grand exploit jusqu’à maintenant.

www.charleshedrich.com

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