Le pape François freine mal les scandales sexuels

Alain Pronkin, Le plus grand secret du Vatican : crimes sexuels et Église, Montréal, Éditions Fides, 2020, 216 pages, 26,95 $.
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Il existe une culture du silence entourant les prêtres pédophiles et agresseurs sexuels à tous les échelons de l’Église catholique.

Dans Le plus grand secret du Vatican, Alain Pronkin explique comment fonctionne une telle omerta et pourquoi le cri des victimes se rend rarement jusqu’à nous.

L’auteur s’appuie sur l’article 212.3 du Code de droit canonique pour justifier son intervention: les baptisés «ont le droit et même parfois le devoir de donner aux Pasteurs sacrés leur opinion sur ce qui touche le bien de l’Église et de le faire connaître aux autres fidèles».

La victime au second plan

Il écrit que le pape François a de la difficulté à gérer des dossiers de cardinaux pédophiles; alors, se demande-t-il, comment un évêque qui vit avec la pression des prêtres de son milieu peut-il agir? «Il est certain que la victime passe au second plan.»

Pronkin souligne avec force détails que la mécanique utilisée par l’Église pour lutter contre la pédophilie ou contre les victimes vise, en tout premier lieu, à préserver l’image du Vatican. C’est une mécanique fondée sur le secret.

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Le Canada «à l’honneur»

Le pape François a convoqué tous les présidents des conférences épiscopales de tous les pays à une assemblée synodale, tenue du 20 au 24 février 2019. Au premier jour de ce sommet, le Canada était «à l’honneur» puisque le premier cas de pédophilie abordé fut celui des Christian Brothers au Mount Cashel à Terre-Neuve-et-Labrador (300 enfants orphelins victimes de sévices sexuels).

Ce qui ressort dès les premiers échanges, c’est «le cléricalisme qui a permis de faire taire les victimes, d’abuser de celles-ci et d’aggraver la crise».

Le cardinal Oswald Gracias, de l’Inde, va même jusqu’à affirmer que «les sévices sexuels sur des mineurs ne sont pas la priorité de l’Église».

Une bombe explose lorsque les membres du synode apprennent que des dossiers de prêtres pédophiles ou d’abuseurs sexuels de toutes sortes ont été détruits ou n’ont pas même été documentés.

«Personne dans l’Église n’a dénoncé quoi que ce soit, mais les journalistes avec les victimes ont accompli ce travail que personne n’osait faire au sein de l’Église.»

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Cardinaux pointés du doigt

Une très grande partie du livre est consacrée à «des cardinaux sur la sellette», américains pour la plupart, plus un Australien (Pell) et un Français (Barbarin), entre autres. Le cas du cardinal Bernard Law de Boston, qui a couvert ses prêtres pédophiles de 1984 à 2002, est largement documenté.

Ces cardinaux ont tour à tour abusé sexuellement des enfants de chœurs, des séminaristes et des jeunes prêtres. Il est question de dossiers tenus secrets au Chili, de non-assistance à personne en danger ou de non-communication avec les forces policières dans le cas d’agression sexuelle sur des mineurs.

Les défis du pape

La dernière partie du livre est une analyse d’un document publié par la Conférence des évêques catholiques du Canada en 2018. L’épiscopat canadien clame haut et fort que «la culture su silence doit être remplacée par une culture de transparence qui nous oblige à rendre des comptes».

L’actuel pape a plusieurs fois indiqué qu’il fallait «construire des ponts et non des murs». L’auteur conclut que François se trouve peut-être encore sur un terrain miné.

«Des scandales à répétition et des condamnations de quelques-uns de ses proches en sont la preuve.» Malgré une méfiance générale au sein de la population, le pape persiste à vouloir tenter «d’établir un échange entre le Vatican et le peuple des baptisés».

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