Le monstre qui découpait les femmes en morceaux

Robert Galbraith, La carrière du mal, roman traduit de l’anglais par Florianne Vidal, Paris, Éditions Grasset, 2016, 608 pages, 34,95 $.
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Je n’ai jamais lu un roman de J. K. Rowling, auteure de la série Harry Potter, sauf sous son pseudonyme de Robert Galbraith. C’est ainsi qu’elle signe une autre aventure du détective Cormoran Strike, La carrière du mal. Six cents pages d’intrigue diabolique, d’enquête multipiste et de descriptions minutieuses.

L’histoire se passe à Londres où un criminel s’attaque à des jeunes femmes et jouit en les charcutant. La ville est décrite comme une sorte de pays à part entière: «les implacables différences entre riches et pauvres se voyaient comme le nez au milieu de la figure, la misère avait son propre style».

La Brigade spéciale d’investigation est chargée de trouver l’assassin, mais cela n’empêche pas le détective privé Cormoran Strike, 37 ans, de mener sa propre enquête, avec l’aide de Robin  Ellacott, 26 ans. Ce duo travaille dans un climat de tension que l’auteure exploite allègrement dans des dialogues tantôt agressifs tantôt affectueux.

L’enquête commence lorsque Robin Ellacott reçoit un colis au bureau, la jambe tranchée d’une femme. Cormoran Strike pense tout de suite à quatre possibles suspects. Il est, en passant, amputé de la jambe droite, ce qui permet à la romancière de jouer sur le tableau de l’acrotomophilie, une obsession où un individu est sexuellement attiré par un partenaire amputé.

Le tueur est un «il» jamais identifié avant le dernier chapitre. Le personnage est «organisé, réfléchi, efficace, [pas] bordélique, irascible, cyclothymique». On a néanmoins droit à un type vicieux, violent et fourbe. Il tue trois femmes et en mutile une quatrième sans être inquiété par la police.

Parallèlement à l’enquête, on plonge dans la vie privée des deux protagonistes. Robin doit épouser son petit ami Matthew dans trois mois et Cormoran vit une aventure qui mêle «les joies simples de l’amour et les plaisirs tortueux de la relation amoureuse».

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Parlant de relation amoureuse, l’enquête se déroule au même moment où le prince William épouse Kate Middleton. La blonde de Cormoran suit cela à la télé. On nous parle aussi de la mort d’Oussama ben Laden qui, «même avec des vêtements propres et un menton bien rasé, avait une mine de déterré».

Le style de Robert Galbraith alias J. K. Rowling épouse tous les registres, tour à tour dramatique, philosophique, psychologique, voire poétique.  Lorsque Robin et Cormoran roulent à travers la campagne de Cumbria, l’auteure souligne «ses landes envahies de bruyère et ses vastes tourbières ondulant sous un ciel légèrement voilé».

Le livre regorge de descriptions minutieuses. Chaque fois qu’un suspect est mentionné, on a droit à un profil physique et psychologique fort détaillé. Tout y passe: enfance, adolescence, études, carrière, amour blessé, tricherie, vengeance et j’en passe.

Presque chaque chapitre commence par une citation d’une chanson du groupe de rock américain Blue Öyster Cult. L’extrait est présenté en anglais, puis traduit en français. Parfois, la version française est plus poétique que l’original anglais. En voici un exemple: «A dreadful knowledge comes…» devient «Soudain savoir et être terrifié…»

La romancière excelle dans l’art de montrer comment le mystère, le danger et l’action ont toujours le don de stimuler les gens, voire de les passionner. La logique peut nous pousser à répondre oui, mais une petite voix de notre for intérieur s’obstine à murmurer non.

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