Le Kâma-Sûtra, c’est bien plus qu’un manuel de sexe

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Le 30 septembre dernier, L’Express publiait un article sur l’art de l’Inde qui couvrait la période allant de 1526 à 1858, concernant principalement l’Empire Moghol de religion musulmane.

Mais en envahissant la péninsule indienne, les descendants de Tamerlan avaient trouvé une autre religion, implantée depuis des siècles dans la région, l’hindouisme, une des plus anciennes religions du monde, sinon la plus ancienne.

Il ne saurait être question de retracer ici l’histoire de l’hindouisme, ni même d’en faire un résumé, mais de mentionner simplement quelques éléments caractéristiques utiles pour la suite de cet exposé.

«L’hindouisme se présente en fait comme un ensemble de concepts philosophiques issus d’une tradition remontant à la protohistoire indienne» (Wikipédia citant l’Encyclopedia of Hinduism de C.A. Jones et J.D. Ryan), avec peut-être des racines remontant à l’âge de bronze des populations vivant dans la vallée de l’Indus, fleuve de l’actuel Pakistan, dont le nom persan est Hindû, d’où dérive hindouisme.

«L’hindouisme est… l’une des plus anciennes philosophies de vie orientales. Il est constitué originellement de quatre piliers fondamentaux qui correspondent aux différents âges de la vie… Le premier correspond aux premières années de la vie, celles au cours desquelles se forgent la morale et l’éthique.»

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«Le second pilier est celui de la réussite professionnelle et de l’aisance matérielle, qui permettent d’avoir une vie décente et d’être une personne vertueuse.»

«Le troisième pilier est le kâma. C’est ce moment de la vie où l’être prend conscience de sa vie intérieure, de la force de son corps et de son esprit. Il en prend toute la mesure, il maîtrise sa force et sa vie intérieures. Il est dans l’âge mûr.»

«Cette étape est essentielle parce qu’elle permet d’atteindre le dernier des piliers, le moksha, qui constitue l’apothéose et la capacité à toucher la grâce absolue, l’extase religieuse et la compréhension de tout. À ce titre, le Kâma-Sûtra comme livre de vie prend une dimension plus que prépondérante dans le mode de vie oriental et indien en particulier.» (Marc Restellini)

Le Kâma-Sûtra

Ces extraits du communiqué de presse de Marc Restellini, directeur de la Pinacothèque de Paris, mettent à sa juste place l’exposition hors du commun qu’organise ce musée parisien jusqu’au 11 janvier 2015 et le livre d’art qui l’accompagne: Le Kâma-Sûtra: spiritualité et érotisme dans l’art indien.

Le Kâma-Sûtra est un ouvrage rédigé en sanskrit par Vâtsyâyana, un brahmane, donc un membre de l’élite savante. C’est un manuel de vie composé de sept livres divisés en trente-six chapitres, écrit au IVe siècle, dont le but est de rendre hommage aux trois objectifs de la vie, le dharma (la vertu), l’artha (le bien-être matériel) et le kâma (l’amour et le plaisir).

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D’après Alka Pande, historienne de l’art et commissaire de l’exposition, c’est l’un des textes les plus mal compris du monde. «La plupart des gens se le représentent comme un manuel dédié uniquement au sexe, alors qu’en réalité il s’agit d’un livre sur la vie en général et sur l’équilibre des relations entre hommes et femmes en particulier.»

«C’est cela qu’enseigne le Kâma Sûtra: comment parvenir à cet équilibre harmonieux et comment, notamment, bien traiter la femme. Loin d’être un texte pornographique, le Kâma-Sûtra est un traité sur la vie urbaine, il célèbre la sensualité et le désir et parle de la joie qu’ils engendrent… Pour les Chrétiens, l’acte sexuel a pour but la procréation, pas le plaisir. Le Kâma-Sûtra enseigne exactement le contraire, c’est un ouvrage fondé sur le plaisir.»

Cet ouvrage n’est ni vulgaire ni licencieux, mais il faut dépasser le chapitre 2 consacré aux fameuses 84 Asana (positions), présentées dans un ensemble illustré. «Cette œuvre magnifique vient aussi d’un temple», de dire A. Pande.

«L’artiste a choisi les 84 positions et les a dessinées à partir de positions de yoga. Elles viennent tout droit de son imagination. Il faut savoir que toutes ces positions ne sont pas réalisables! Même si vous êtes très acrobatique, vous vous casseriez le dos. Il faudrait être un expert du yoga. Le yoga est lié au Kâma-Sûtra, c’est ce qui vous permet de contrôler votre énergie, vos désirs et qui permet d’arriver à l’illumination.»

Catalogue

L’exposition présente plus de 350 œuvres, sculptures, peintures, miniatures, objets de la vie quotidienne, «livres de l’oreiller», ouvrages illustrés que l’on offrait aux jeunes mariés jusqu’au XIXe siècle afin de faire leur éducation érotique, organisées selon les sept sections du Kâma-Sûtra.

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Le livre d’art comporte une première parte (pages 6-49) de textes explicatifs clairs et précis pour saisir le sens du Kâma-Sûtra. Suivent (pages 50-205) les reproductions des œuvres de l’exposition, en deux sections, Spiritualité et érotisme (50-89) et les sept Livres (90-205).

Toutes des illustrations sont des reproductions d’œuvres d’art, il ne s’agit pas de pornographie comme om s’en rendra compte en lisant les textes qui permettent de comprendre les reproductions.

C’est l’occasion de comprendre le sens de ce livre mal jugé en Occident, d’y découvrir l’association entre spiritualité et érotisme, sans les tabous religieux qui dénaturent la réalité humaine concrète et charnelle, et de clarifier la notion d’équilibre que chacun se doit de rechercher pour vivre sa vie d’homme ou de femme.

«Du début à la fin, de la chasteté juvénile à l’abnégation finale, il faut réussir le pèlerinage de la vie, et non pas vivre pour satisfaire ses passions.» (KS VII.2. p. 371).

Paralellement, jusqu’au 15 février, la Pinacothèque offre exposition et catalogue sur L’Art de l’amour au temps des Geishas (l’érotisme japonais).

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