Le Droit fermé: jamais!

Élan de solidarité envers le quotidien d'Ottawa-Gatineau

L'édifice du journal Le Droit à Ottawa.
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Quelques jours après le choc de la déclaration de faillite du Groupe Capitales Médias lundi, la francophonie ontarienne commence à se mobiliser pour sauver le quotidien plus que centenaire d’Ottawa-Gatineau, Le Droit.

Après «Montfort fermé: jamais!» en 1997, c’est aujourd’hui «Le Droit fermé: jamais!»

Pierre-Paul Noreau, l’éditeur du Droit, le confirme à L’Express: «Ça brasse!» Après quelques jours de flottement, il sent monter «une vague d’amour». Il multiplie les rencontres publiques et privées pour discuter de l’avenir du journal.

Le chanteur et humoriste Stef Paquette (candidat du NPD aux prochaines élections fédérales dans Nickel Belt) appelle les artistes à organiser un concert-bénéfice.

Pierre-Paul Noreau, éditeur du Droit, devant le Comité permanent des langues officielles l’an dernier. Photo: Patrick Woodbury, Le Droit.

Une question de mois

Le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario, Carol Jolin, s’est réjoui de l’aide immédiate de 5 millions $ fournie par le gouvernement du Québec au Groupe Capitales Médias. GCM continue de publier, en plus du Droit, des quotidiens à Québec, Trois-Rivières, Sherbrooke, Saguenay-Lac-Saint-Jean et Granby.

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La ministre des Affaires francophones de l’Ontario, Caroline Mulroney, s’est dit «en réflexion» là-dessus.

Des solutions permanentes doivent être trouvées d’ici la fin de l’année.

Divers intervenants ont manifesté leur intérêt pour le groupe ou pour certains de ses journaux: Québecor (Le Journal de Montréal, Le Journal de Québec, TVA, Vidéotron), Cogeco (un fournisseur d’Internet et une vingtaine de stations de radio au Québec et en Ontario), Métro Média (plusieurs journaux gratuits), le Fonds de solidarité de la FTQ, des associations qui pourraient former une coopérative…

Retour de l’abonnement

Même Le Devoir, dont le contenu papier et numérique n’est pas gratuit, et qui semble tirer son épingle du jeu après avoir connu des années difficiles lui aussi, a manifesté un intérêt pour Le Soleil de Québec, le plus gros des six quotidiens de GCM.

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Certains analystes soutiennent d’ailleurs que le retour au très ancien modèle d’affaires basé sur l’abonnement et le sociofinancement pourrait sauver plusieurs bons médias… numériques.

Car la disparition des journaux papier serait inexorable. «Cette année, pour la première fois de son histoire», écrit le bloqueur Alain McKenna, «le marché américain de la publicité numérique surpassera, en valeur totale, le marché de la publicité dite traditionnelle, qui englobe la télé, les magazines et les journaux.» La même tendance se confirme chez nous et ailleurs.

Les journaux de CGM ont tout de même déjà entrepris le virage numérique. Le Droit a bien sûr un site Internet et une application pour les tablettes.

À la recherche de poches profondes

En entrevue à TFO, Pierre-Paul Noreau a opiné que Le Journal de Montréal et Le Journal de Québec «vont bien parce qu’ils ont Vidéotron, sinon ils seraient dans la même situation que nous. Si un grand groupe comme Cogeco ou Bell accepte de nous racheter, il pourrait y avoir une synergie, un intérêt dans la communication, ça viendrait aider.»

La Fédération professionnelle des journalistes du Québec a lancé une campagne «Je soutiens mon journal» réclamant, entre autres, un retour de la publicité publique et privée dans les journaux (plutôt que sur Google, Facebook et les autres plateformes numériques qui ont imposé une culture de la gratuité).

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Le premier ministre québécois François Legault a cependant paru refroidir ces ardeurs en commentant qu’on n’empêchera pas les annonceurs d’aller chercher les lecteurs et consommateurs «là où ils sont»…

Le haut de la une du Droit le 27 mars 1913.

Franco-ontarien

Créé en 1913 par les Pères Oblats pour soutenir la lutte des Franco-Ontariens contre le Règlement 17 interdisant l’enseignement en français dans les écoles, Le Droit a pris beaucoup d’expansion du côté québécois de la rivière des Outaouais, mais il conserve fièrement son identité franco-ontarienne.

Le Droit est membre, comme L’Express, de l’Association de la presse francophone (hors Québec). «L’heure est à l’action et surtout à la solidarité», a commenté le président Francis Sonier, l’éditeur d’Acadie Nouvelle, l’autre quotidien de l’APF, qui est indépendant.

«Il est essentiel que les médias de partout au pays demeurent unis devant cette situation de crise qui menace les fondements de la démocratie sur laquelle est bâti le Canada.»

La une du Droit au lendemain de la grande manifestation à Ottawa contre les reculs infligés aux francophones par le gouvernement de l’Ontario en novembre 2018.

Des Oblats à GCM

Le Groupe Capitale Médias a été formé en 2015, par l’ancien ministre fédéral Martin Cauchon et des partenaires invisibles, pour acheter les six journaux «régionaux» de Gesca (la famille Desmarais, qui publiait le quotidien La Presse de Montréal, désormais uniquement en format numérique et devenu une société sans but lucratif).

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Le Droit est resté entre les mains des Oblats pendant une soixantaine d’années. Le journal a été vendu au groupe Unimédia (Jacques Francoeur) en 1980, puis à Hollinger (Conrad Black) en 1987, avant de passer à GCM en 2015.

Martin Cauchon a démissionné de la présidence de GCM cette semaine, remplacé par Claude Gagnon, sous la supervision du cabinet comptable PricewaterhouseCoopers.

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