Le droit de résister à la technologie

Le droit de résister
Jean-Marie Leduc. Photo: Étienne Ranger, Le Droit
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Jean-Marie Leduc n’a ni ordinateur ni adresse courriel. Et à 84 ans, le retraité de la fonction publique fédérale d’Ottawa ne veut ni l’un ni l’autre.

Pourquoi, au fait? «Je n’en ai pas besoin. Le téléphone fonctionne très bien, la poste aussi!», me lance-t-il.

Journal en papier

Comme vous le constatez, M. Leduc assume sans complexe son obsolescence technologique. Il résiste.

Quand la Ville d’Ottawa lui a offert de recevoir son compte de taxes par courriel, il a refusé. Les compagnies de téléphone, de câble, de gaz lui ont fait la même offre: non merci, j’aime mieux recevoir mes factures par la poste.

Oui, il résiste à la modernité. Il l’avoue lui-même. Il ne veut rien savoir d’un ordinateur ou d’un courriel. Il préfère Le Droit papier au Droit numérique. Sans tomber dans l’âgisme, on peut bien dire que c’est son droit, non? À partir d’un certain âge, on a le droit de résister.

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Sauf que… ça devient de plus en plus compliqué de résister.

Minoritaire, selon un sondage

Début novembre, M. Leduc reçoit une lettre – par la poste.

Le secrétariat du Conseil du Trésor l’informe que, selon un sondage, la plupart des retraités préfèrent recevoir des renseignements sur les régimes de pensions et d’avantages sociaux… par courriel.

(Vérification faite, c’est à moitié vrai. Le courriel est le premier choix de 60% des retraités. Mais le bon vieil envoi postal obtient quand même la faveur de 50% d’entre eux…)

Mais le gouvernement du Canada ne s’embarrasse pas de ces détails. Et il est «heureux» d’annoncer à M. Leduc le lancement de son nouveau système de notification… par courriel.

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Ai-je besoin de vous dire que M. Leduc, lui, n’est pas heureux? Qu’il n’en a rien à cirer du nouveau système? Qu’il veut recevoir les renseignements sur sa pension par la poste, comme avant?

S’abonner avec le courriel d’une autre personne

Mais c’est l’encadré au milieu de la lettre qui le met en furie. On lui suggère, s’il n’a pas de courriel, de s’abonner au nouveau système via une personne de son choix qui lui transmettra l’information. Comme aucune information personnelle n’est divulguée, c’est sécuritaire.

«Ça ne se peut pas qu’ils fassent ça. J’ai trois enfants. […] Je ne vais pas leur demander de me rapporter l’information. Ils n’ont pas à rentrer dans ma vie privée à ce point là!»

N’empêche… M. Leduc n’est pas à l’aise avec l’idée de passer par un intermédiaire pour obtenir des renseignements sur SON régime de retraite. Et à supposer qu’il le veuille, à qui demanderait-il de s’abonner en son nom?

«Ça ne se peut pas qu’ils fassent ça, s’insurge M. Leduc. J’ai trois enfants. Un qui demeure à 200 milles d’ici, un autre à 75 milles d’ici, l’autre à Gatineau. Je ne vais pas leur demander de me rapporter l’information. Ils n’ont pas à rentrer dans ma vie privée à ce point-là!»

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Où vont-ils s’arrêter?

M. Leduc a fait des pieds et des mains pour recevoir les infos par la poste. Il a téléphoné au bureau de sa députée, au numéro 1-800… En vain.

«Je me pose la question. Vont-ils faire ça pour les déclarations fiscales? L’assurance maladie? La pension de vieillesse? C’est une première. Mais vont-ils s’arrêter là?»

La lettre a effectivement été source de confusion pour plusieurs retraités, constate-t-on à l’Alliance de la fonction publique du Canada.

Que M. Leduc et les autres se rassurent: le Conseil du Trésor assure qu’il continuera de diffuser les informations importantes par les moyens traditionnels. La lettre qui a été envoyée est strictement destinée au portail en ligne où les retraités peuvent consulter à tout moment leur relevé de pension.

Se préoccuper des aînés

N’empêche…

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Que fait une caisse ou une banque quand elle veut fermer un comptoir pour le remplacer par un guichet automatique? Elle invoque un sondage auprès de sa clientèle comme quoi la plupart des clients font leurs transactions de manière électronique. Qui en pâtit le plus? Les plus âgés, moins à l’aise avec les nouvelles technologies.

On n’arrête pas le progrès, bien sûr. Mais en cette période de pandémie, où on parle beaucoup de l’importance de faire attention à nos aînés, peut-on les laisser assumer leur obsolescence en paix?

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