Climax, un huit-clos déroutant

Gaspar Noé, le réalisateur le plus sulfureux de France

Réalisateur/ film français

Gaspar Noé devant l'affiche de Climax


25 février 2019 à 9h00

Irréversible, Enter the Void, Love… Les productions du réalisateur Gaspar Noé sortent rarement sans remous.

Climax, inspiré de faits réels, retrace la soirée d’un groupe de danseurs urbains qui célèbrent la fin des répétitions pour un spectacle aux États-Unis. Peu à peu, certains réalisent qu’ils ont été drogués à leur insu.

Dès lors, l’ivresse et le chaos s’installent dans le vieux bâtiment, reculé et déconnecté, où ils ont travaillé durant plusieurs semaines.

Plongés dans un monde parallèle, à la limite de la transe, les personnages sont alors confrontés à des visions délirantes et leurs pulsions. Les danses sans fin, filmées à l’endroit comme à l’envers, immergent alors le spectateur dans cette atmosphère particulière, qui se transforme rapidement en enfer.

Climax sera diffusé du 1er au 7 mars à Toronto, au TIFF Bell Lightbox.

Un style atypique

Né à Buenos Aires, Gaspar Noé est arrivé en France à l’âge de 12 ans. Très vite, il découvre le monde de cinéma, et s’inscrit dans un style atypique.

Son moyen-métrage Carne lui vaudra sa première sélection et son premier prix, le Grand prix de la semaine de la critique, au Festival de Cannes en 1991. Ce film, interdit aux moins de 16 ans, relate l’histoire d’un boucher élevant seul sa fille handicapée mentale.

Le réalisateur lors du tournage
Gaspar Noé aux platines lors du tournage de Climax.

Mais le passage le plus célèbre de Gaspar Noé à ce grand festival de cinéma est bien sûr la présentation de son film Irréversible. Diffusé en 2002, il entraîne de vifs débats au sein du public à Cannes, notamment pour une scène de viol, longue et explicite.

Son long métrage Love, sorti en 2015, n’est pas moins scandaleux pour certains. Retraçant la relation passionnelle entre deux jeunes étudiants, le réalisateur a mis en scène de nombreuses scènes de sexe non dissimulées, ce qui lui a valu l’ire d’associations catholiques, telles que Promouvoir. Le film est alors interdit aux moins de 18 ans.

Vous l’aurez compris, le réalisateur aime provoquer. «Vous avez méprisé Seul contre tous. Vous avez détesté Irréversible. Vous avez évité Love. Maintenant, essayez Climax», c’est ce que l’on retrouve ainsi sur l’affiche anglaise du dernier film de Gaspar Noé…

Laisser place à l’improvisation

Danses, dialogues, mimiques… Une grande partie du film est le fruit de l’improvisation des acteurs, non-professionnels pour la plupart. En effet, le réalisateur s’est lancé dans l’aventure avec un scénario très épuré.

«Mon plus grand plaisir vient de ne rien préparer ou écrire à l’avance, et de laisser au maximum les situations se créer devant moi, comme dans un documentaire», explique Gaspar Noé.

La chorégraphie à l’ouverture du film.

Ainsi, hormis pour la première scène, une magnifique chorégraphie, le réalisateur a laissé les danseurs de voguing, de krump et de waacking, s’exprimer librement.

«C’est plus que jamais une création collective» 

 

Afin de s’approcher du format documentaire, Gaspar Noé a pris le parti d’engager des danseurs professionnels, et non des acteurs (excepté Sofia Boutella).

«On a adapté l’histoire à la personnalité des danseurs sélectionnés. C’est plus que jamais une création collective», souligne le réalisateur à L’Express.

En ce sens, Climax marque une certaine rupture dans sa filmographie.

Selon Gaspar Noé, «le cinéma n’est qu’une simple imitation de la réalité». C’est pourquoi ce dernier est de plus en plus intéressé par les documentaires. «On peut se lancer avec la caméra, sans avoir nécessairement de comédiens ou de budget».

«Les films sont cathartiques» 

Si Climax livre une expérience sensorielle déroutante, entre les musiques entêtantes (Daft Punk, Aphex Twin etc.), les danses hypnotiques et les lumières rougeâtres, Gaspar Noé aime tout de même décrire ce film comme un documentaire.

Extrait du film avec le DJ Kiddy Smile (« Daddy ») et (« Emmanuelle »).

«On connaît tous des personnes en soirée qui mettent leur cerveau au placard, et qui deviennent odieuses», raconte le réalisateur.

Mais plus qu’un simple miroir de notre existence, le cinéma nous révèle l’envers du décor d’après Gaspar Noé. «On regarde des films pour découvrir nos désirs, nos peurs. On en apprend beaucoup sur notre inconscient».

C’est pourquoi certains passages de Climax, mettant en scène la paranoïa et la violence des danseurs, peuvent faire froid dans le dos.

cinéma
Extrait du film mettant en scène Sofia Boutella et Romain Guillermic.

Un tournage en près de 15 jours!

Réalisé dans une école désaffectée à Vitry-sur-Seine, en France, le tournage n’a duré qu’une quinzaine de jours.

Pour se faire une idée de cette performance unique, ceux de Love et Irréversible se sont déroulés sur environ cinq semaines, tandis que la réalisation d’Enter the Void, s’est étalée sur à peu près six ans.

Une bonne réception à l’international

Chose étonnante, c’est en Russie que Climax, récit où se mêle drogue, sexe et violence, a fait le plus d’entrées.

Connu pour son conservatisme, le pays avait notamment fait interdire la diffusion de Love.
Gaspar Noé a du mal à expliquer ce succès au pays de Poutine: «Peut-être grâce aux scènes de danse», présume le réalisateur.

De même, Climax a été bien reçu en Turquie.

Déjà présenté au Québec en octobre dernier, lors du Festival du Nouveau Cinéma à Montréal, ce dernier film déroutant de Gaspar Noé sera diffusé en mars à Toronto et dans plusieurs villes canadiennes et américaines.

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