Le Cuba hors plages vous attend

L'hôtel Los Jazmines.


24 avril 2017 à 20h40

Selon le bureau du tourisme cubain, 98% des Canadiens qui voyagent à Cuba vont essentiellement dans des centres de vacances tout inclus. «Je rencontre parfois des Canadiens qui sont allés 20 fois au même resort, sans en sortir. Ça me désole qu’ils n’explorent pas mon pays», exprime la guide Mónica Muñoz Miranda du voyagiste Cubatur.

Cuba est pourtant un pays fascinant, dont l’histoire et la culture sont uniques. Et c’est un pays sécuritaire, vertu rare en Amérique latine.

«Les Européens se montrent plus intéressés au tourisme culturel cubain que les Canadiens», dit Nieves Ricardo, chargée de marketing au Bureau de tourisme de Cuba à Toronto. «Les Français, par exemple, font en général des circuits historiques et culturels, et ils complètent leurs vacances par un séjour de plage dans un tout inclus.»

Mantanzas, la grande oubliée

Située entre La Havane et les illustres plages de Varadero, la capitale provinciale de Matanzas (100 000 habitants) est une des vieilles villes de taille moyenne les plus intéressantes des Caraïbes.

De nombreux planteurs français s’étaient établis ici pour fuir la révolte en Haïti. L’historique pharmacie française Triolet est remarquable. Et l’hôtel de charme Velasco est surtout occupé par des touristes français.

Scène de rue à Matanzas.
Scène de rue à Matanzas.

Les touristes canadiens ne viennent pas à Matanzas, presque pas en tout cas. «À Matanzas, on ressent bien l’authentique vie urbaine à la cubaine; pas besoin d’aller à La Havane pour faire cette expérience», note Mónica Muñoz Miranda.

Matanzas est aussi à l’origine de la salsa, une danse nommée «ron» à Cuba. Dans ce pays, les danses latines sont plus qu’ailleurs influencées par les rythmes africains. Sur une petite scène de Matanzas, dans les Ruinas de Mata Siete, nous avons assisté à une démonstration de rumba traditionnelle qui ressemblait plus à une danse du Congo (son origine) qu’à une danse latino-américaine.

Rumba à Matanzas.
Rumba à Matanzas.

Néanmoins, c’est bien sûr La Vieille Havane, site classé au patrimoine mondial de l’Unesco, qui attire des nuées de touristes étrangers. Ils viennent de partout: Canada, Europe, Antilles, Amérique latine et, depuis peu… des États-Unis.

Lors de notre séjour, en février, le célèbre Hotel Nacional de Cuba était plein d’Américains en shorts de sport. Ils participaient à un triathlon. C’était leur raison, leur passeport pour Cuba. Les Étatsuniens ne peuvent toujours pas venir à Cuba simplement pour faire bronzette. Ils ne font donc pas encore compétition aux Canadiens pour obtenir les chaises longues des fameuses plages cubaines.

Tracé américain à La Havane

La trace américaine est énorme et facile à suivre dans La Vieille Havane. Elle prend la forme ridiculo-sympathique des lieux où le romancier américain Ernest Hemingway a bu des daiquiris (le restaurant Floridita) et des mojitos (le minuscule bar Bodeguita del Medio).

Les touristes défrayent 5 pesos convertibles (7 dollars canadiens), un prix choquant pour un mojito fait (trop) vite de rhum et de menthe, deux produits qui ne coûtent presque rien à Cuba. Les bars d’Hemingway sont de lieux mythifiés au point où le tourisme authentique y devient du tourisme de masse.

La Vieille Havane est en pleine transformation, il y a tant de rénovations que des Havanais en rient, disant que La Vieille Havane est sur le point d’être plus neuve que le Cuba moderne!

La piscine du Kempinski.
La piscine du Kempinski.

L’afflux de touristes étrangers gonfle les prix hôteliers. La prestigieuse chaîne allemande Kempinski ouvrira bientôt un 5-étoiles dont les chambres coûteront au moins aussi cher que des chambres équivalentes à Berlin.

Les patrons de la construction sont européens; les ouvriers viennent d’Asie. Les Cubains sont des spectateurs ébahis par les moyens et l’efficacité de ces étrangers: ils transforment en quelques mois une grande école abandonnée d’enfants déshérités en un hôtel luxueux de classe mondiale. Devant ce spectacle, les locaux affichent un sentiment d’admiration, mais aussi de tristesse et de résignation devant un futur dont l’issue leur échappe.

Plaisirs prolétaires

À quelques pas du Kempinski, on admire une jolie place publique et la promenade Prado, une longue et large artère piétonne aux vieux embellissements opulents. C’est un terrain de jeux des Habaneros de toutes les classes sociales.

Les rues ordinaires de La Havane fournissent aussi un spectacle de vie digne des plus grandes capitales du monde. Et, sur le Malecón, une esplanade de 8 km en front de mer, les Cubains profitent de la douceur du climat et de la beauté de leur ville. Habiter La Havane est d’ailleurs considéré un privilège pour les Cubains.

La promenade Prado.
La promenade Prado.

Néanmoins, c’est hors de La Havane que les touristes trouvent des aubaines. Au cours de la dernière décennie, la vallée de Viñales est la région sans plage (située à deux heures de la mer) la plus visitée de Cuba. Cette région est inscrite au patrimoine mondial, car on y trouve une nature montagneuse généreuse, très originale, de même que des sites géologiques et culturels superbes.

La vallée de Viñales est dans la province de Pinar del Rio, tout à l’ouest de Cuba, là où se trouve le meilleur terroir au monde pour la production de cigares. Des fermes qui produisent le tabac mythique des cigares Cohiba sont ouvertes au public. On y explique que la supériorité du tabac cubain est en partie causée par l’absence d’engrais chimiques et une production qui demeure artisanale.

Certains sites, comme la grotte de l’Indien, sont trop commerciaux, mais l’authenticité demeure toujours à portée de main.

Un business florissant est constitué par l’hébergement de touristes dans de coquettes maisons privées, les casas particulares. Elles sont transformées pour héberger des étrangers. Un couple peut ainsi dormir et déjeuner chez l’habitant pour une trentaine de pesos convertibles la nuitée.

Des taxis, Place de la Révolution.
Des taxis, Place de la Révolution.

Un tourisme meilleur est possible

Un des panneaux routiers révolutionnaires les plus frappants indique: Un mundo mejor es posible (citation célèbre de Fidel Castro). Un tourisme meilleur, plus durable, est possible aussi.

Les Canadiens sont appréciés des Cubains pour leur apport économique, de même que pour leur attitude paisible et non-arrogante. Les Canadiens pourraient toutefois mieux apprécier les Cubains, leur histoire et leur culture, s’ils sortaient davantage des tout inclus où les Cubains ne présentent que de pâles aspects de ce qu’ils sont et de ce qu’ils font.

Les Canadiens constituent 40% du tourisme étranger à Cuba. S’ils sortaient plus des centres de villégiature, l’impact positif sur l’économie régionale cubaine pourrait être spectaculaire.


On se renseigne au Bureau de tourisme de Cuba: (416) 362-0700.

Benoit Legault a fait un voyage de presse à l’invitation du Bureau de tourisme de Cuba, avec la collaboration des lignes aériennes Sunwing.

L'hôtel Velasco Matanzas.
L’hôtel Velasco Matanzas.

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