Le canal Rideau, patrimoine mondial

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Publié 15/08/2007 par Gabriel Racle

Pouvait-on rêver meilleure consécration pour la célébration du 175e anniversaire de la mise en service du canal Rideau que son inscription au Patrimoine mondial de l’UNESCO? C’est ce que le Comité du patrimoine mondial a décidé lors de sa 31e séance, qui s’est tenue à Christchurch, en Nouvelle-Zélande, du 23 juin au 2 juillet 2007.

Le Comité du patrimoine mondial est composé de représentants de 21 États parties à la Convention concernant la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel, qui ont été élus par l’Assemblée générale des États parties à la Convention.

Il a pour fonction «d’identifier, sur la base des propositions d’inscription soumises par les États parties, des biens culturels et naturels de valeur universelle exceptionnelle qui doivent être protégés dans le cadre de la Convention, et d’inscrire ces biens sur la Liste du patrimoine mondial».

Le Canada est actuellement membre de ce comité en tant que rapporteur.

Le comité s’appuie sur des travaux d’experts, notamment les rapports de l’ ICOMOS (sigle anglais du Conseil international des monuments et des sites) qui joue un rôle vital en conseillant l’UNESCO sur les biens culturels à inclure dans la Liste du patrimoine mondial et sur le suivi des biens déjà inscrits. L’ICOMOS est une association mondiale de professionnels, qui regroupe actuellement plus de 7 000 membres dans le monde.

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C’est cet organisme qui a recommandé l’inscription du canal Rideau parmi les 830 sites de la liste. Le canal s’allonge sur 202 km depuis Ottawa jusqu’au port de Kingston sur le lac Ontario. On l’a construit de 1828 à 1832, surtout dans un but militaire et stratégique, à une époque où la Grande-Bretagne et les États-Unis se disputaient le contrôle de la région et où le Haut-Canada avait besoin d’une ligne de ravitaillement sûre.

La guerre de 1812-1814, entre la Grande-Bretagne et les États-Unis, avait démontré la vulnérabilité du Saint-Laurent, alors principale voie de ravitaillement de la colonie. C’était une voie lente, à cause des rapides, et sur une grande partie de son cours entre Montréal et le lac Ontario, il était vulnérable à une attaque venant du Sud. Après la fin des hostilités, les Britanniques ont encore considéré les États-Unis comme une menace potentielle, d’où la nécessité pour eux d’une voie d’approvisionnement militaire sûre. Les rivières Cataraqui et Rideau leur offraient cette possibilité.

En 1826, le gouvernement britannique a donc chargé le lieutenant-colonel John By, du Corps des ingénieurs royaux, de superviser la construction du canal. Plutôt que de creuser un canal le long des rivières pour contourner rapides et marécages, sur près de 40 km, J. By adopte le système du canal Calédonien, construit entre 1803 et 1822, pour que les petits navires de guerre évitent le contournement dangereux du nord de l’Écosse, un système en plans d’eau.

Dans ce système, on surélève le niveau d’eau au-dessus des rapides et des marécages, avec des barrages de retenue surélevés, ce qui crée une voie navigable avec un minimum de travaux de creusement. John By veut également que le canal puisse accueillir les bateaux à vapeur qui font alors leur apparition, d’où les dimensions des écluses.

Le canal compte 47 écluses, dont la célèbre échelle de huit écluses à Ottawa, qui permettent d’accéder au canal à partir de la rivière des Outaouais, en contournant l’obstacle des chutes Rideau, 74 barrages principalement constitués de digues de terre dont sept étaient des barrages-voûtes en maçonnerie, qui subsistent tous sous leur forme d’origine, 33 maisons de maîtres éclusiers toujours en place, six postes défensifs qui ont retrouvé leur aspect d’origine, le fort Henry, sur le promontoire de Kingston, bâti en 1830, et quatre tours Martello construites entre 1846 et 1848, à l’est et à l’ouest de la sortie du canal.

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Ce sont des tours circulaires à un étage, avec une plate-forme pour le guêt et l’artillerie défendue par un parapet, et un fossé à sec, un ancien modèle français adopté par les Britanniques.

Le site classé comprend tout cet ensemble qui fait du canal Rideau le canal à plans d’eau le mieux préservé d’Amérique du Nord, encore fonctionnel sur tout son parcours initial et qui conserve intactes la plupart de ses structures d’origine (une écluse a été refaite en béton, trois seulement sont dotées de mécanismes hydro-électriques et le fond en bois des écluses a disparu).

«L’ICOMOS considère que le canal Rideau démontre une valeur universelle exceptionnelle en tant que grand canal stratégique construit à des fins militaires et ayant joué un rôle crucial dans la défense par les forces britanniques de la colonie du Canada contre les États-Unis d’Amérique, qui mena au développement de deux entités politiques et culturelles distinctes dans le nord du continent américain, que l’on peut considérer comme une période significative dans l’histoire humaine.»

Parcs Canada, qui assure la gestion du canal, devra en poursuivre la protection, pour le maintenir, autant que faire se peut, dans son état d’origine. Mais l’ICOMOS considère toutefois que l’environnement visuel du canal nécessite une définition plus claire et une protection appropriée, pour que les valeurs visuelles de l’environnement soient prises en compte à l’instar des valeurs environnementales.

Auteur

  • Gabriel Racle

    Trente années de collaboration avec L'Express. Spécialisé en communication, psychocommunication, suggestologie, suggestopédie, rythmes biologiques, littérature française et domaine artistique. Auteur de très nombreux articles et d'une vingtaine de livres dont le dernier, «Des héros et leurs épopées», date de décembre 2015.

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