L’aspartame sous la loupe des nutritionnistes

Ce n'est pas avec ça qu'on va se débarasser de notre goût pour le sucré

Aspartame: pas encore un danger public. (Photo: Photosiber | Dreamstime)


23 novembre 2017 à 11h00

L’aspartame, l’un des additifs alimentaires les plus utilisés au monde, est aussi celui qui semble susciter le plus de craintes. On l’a accusé tour à tour d’être responsable de migraines, d’allergies, de sclérose en plaques, de cancers, de troubles neurologiques, de crises d’épilepsie… et bien sûr, de prise de poids, considérant son rôle sucrant.

Que dit la recherche? Petit tour de la question initié par Extenso, le Centre de référence en nutrition affilié à l’Université de Montréal.

L’aspartame est un édulcorant 180 fois plus sucré que le sucre naturel, sans pour autant contenir de calories. Difficile de passer à côté pour une industrie alimentaire qui souhaite vendre des aliments «sans sucre», «diète» ou «léger»!

Découvert en 1965, il a été autorisé aux États-Unis comme additif alimentaire en 1974 et commercialisé par la compagnie Searle sous le nom de Nutrasweet. Il a été autorisé au Canada en 1981.

Une question de doses

L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a publié à la fin de 2013 un rapport portant sur les risques potentiels liés à la consommation d’aspartame. Ce rapport s’est penché sur l’ensemble de la littérature scientifique produite jusqu’à ce jour, concluant que l’aspartame ne pose aucun danger pour la santé aux doses auxquelles elle est consommée.

Depuis sa mise en marché, Santé Canada analyse régulièrement les résultats d’études cliniques portant sur la consommation d’aspartame et ses risques potentiels sur la santé.

La dose admissible qu’une personne pourrait ingérer quotidiennement toute sa vie, sans effets nuisibles, a été fixée par la Direction des aliments de Santé Canada à 40 mg par kilo de poids corporel. Cette dose équivaut, en moyenne, à 10 canettes/jour de boissons gazeuses sucrées uniquement à l’aspartame.

Dangereux pour certaines personnes

Les conclusions du rapport de l’EFSA de 2013 allaient dans le même sens, mais ajoutaient une précision: l’aspartame se révèle «dangereux seulement pour les personnes souffrant de phénylcétonurie, un trouble héréditaire du métabolisme ne permettant pas d’éliminer de l’organisme la phénylalanine», une composante de l’aspartame.

Lorsqu’on consomme une boisson ou un aliment sucré à l’aspartame, cette phénylalanine se transforme en méthanol, un sous-produit souvent pointé du doigt pour sa toxicité dans l’organisme, et ensuite en formaldéhyde.

C’est pourquoi plusieurs s’inquiètent des impacts de l’ingestion d’aspartame sur le risque de développer un cancer. Cependant, pour qu’il y ait un tel risque, il faut être exposé à une très forte concentration de méthanol, et ce, pendant une longue période.

Quant au formaldéhyde, il est rapidement éliminé de notre système, rendant impossible d’atteindre une concentration qui représenterait un risque.

Cependant, il ne faut pas seulement penser en termes d’additifs alimentaires, mais également en termes d’aliments. Ceux qui contiennent de l’aspartame sont souvent peu nutritifs et la consommation de produits «légers» ou «diètes», contrairement à ce que l’on pourrait croire, mène souvent à une surconsommation de calories.

Effets néfastes… sur des animaux

La plupart des études qui ont conclu à des effets néfastes à la consommation de l’aspartame ont été réfutées parce qu’elles présentaient plusieurs failles quant à la méthode ou parce que les résultats ne pouvaient s’appliquer aux humains.

Par exemple, dans plusieurs cas où les animaux développaient des cancers, ceux-ci étaient déjà plus à risque de souffrir de divers cancers.

Dans un autre cas, les animaux utilisés pour l’étude avaient été victimes d’une épidémie d’infections respiratoires dans leur laboratoire: ils avaient développé davantage de tumeurs pulmonaires, l’aspartame n’en étant probablement pas la cause.

De même, quelques études menées auprès de rongeurs ont indiqué des effets néfastes sur la santé de ces animaux, mais, dans bien des cas, la quantité d’aspartame administrée était de l’ordre de 4 à 5 fois la dose journalière admissible pour l’humain.

Le goût du sucré

Selon des estimations de la EFSA, la dose quotidienne d’aspartame ingérée par les grands consommateurs atteint environ 36 mg/kg. Par conséquent, la plupart des gens consomment moins que la dose journalière admissible fixée par l’organisme européen, dose qui est elle-même inférieure à la dose de 40 mg fixée par Santé Canada.

Reste que, de l’avis des nutritionnistes, ces aliments ne devraient pas faire partie d’une alimentation régulière, car ils entretiennent le goût pour les aliments sucrés. Par conséquent, les utiliser pour remplacer le sucre n’est pas bénéfique à la santé ni à la gestion du poids.

Adopter de bonnes habitudes alimentaires, faire de l’exercice régulièrement et consommer de temps en temps des aliments plus sucrés et caloriques sont toutes des caractéristiques d’un mode de vie sain axé sur le plaisir.

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