L’art de saisir la chute

Cheryl Rondeau et son vélo à la Galerie Glendon.

29 octobre 2013 à 10h09

Cheryl Rondeau est de ces artistes qui tentent de capter ces moments infimes, où tout bascule. Comme lors d’une chute. Cet instant où le corps est suspendu dans l’air, en mouvement. Dans son exposition, intitulée Passages, présentée à la Galerie Glendon, elle explore cette thématique.

Toutes les photos que Cheryl Rondeau a réalisées mettent en scène une chute de vélo. «Je voulais me concentrer sur un geste précis et en faire le portrait», explique-t-elle. «Cet instant de la chute est à la fois simple et dramatique. C’est le passage d’un état à un autre. On perd le contrôle, on ne sait pas ce qui va arriver.»

Sur les photos, on aperçoit, au loin, un corps au sol, dans des positions différentes, juste après avoir chuté. À ses côtés, son vélo jonche le sol. Les clichés ont été pris à Ottawa, dans le quartier Plaines Lebreton.

Anciennement francophone, le quartier a été laissé à l’abandon pour son insalubrité pendant de nombreuses années.

Depuis quelque temps, il est en plein changement. On y construit des condos, et le musée de la guerre d’Ottawa y est implanté. «Je n’ai pas choisi ce lieu par hasard», sourit Cheryl Rondeau.

Échelle

Elle affirme aussi s’être inspirée des tableaux de paysages des peintres du XVIIIe et XIXe siècle. À l’époque, pour rendre compte de l’échelle et rendre vivante la nature qu’ils peignaient, ils utilisaient des figures humaines et animales dans leur composition. Allongée avec son vélo, jambes en l’air, bras tordus, la figure présente dans l’image donne à voir toute l’immensité urbaine.

Cheryl joue sans cesse avec la notion de mise en scène. C’est elle qui a posé pour les photos. Elle est sujet de l’œuvre, sans l’être tout à fait. «Je m’inspire de travaux d’autres artistes sur la chute comme Yves Klein ou le Hollandais Bas Jan Ader. J’utilise mon corps mais sans en faire le centre de mon œuvre.»

Performance

Julie Lassonde aussi utilise son corps. L’artiste participait au vernissage pour réaliser une performance artistique, intitulée Mesurer. «J’essaye de provoquer une réflexion sur l’obsession de notre société de tout comparer, et mesurer, même l’immesurable. Tout est prétexte à une certaine compétition», lance-t-elle avant de commencer.

Armée d’un mètre à mesurer, Julie commence une sorte de chorégraphie saccadée.

Tout en manipulant son objet à outrance, s’entortillant la cuisse ou l’utilisant comme corde à sauter, elle récite deux jugements, réels, rendus par la justice. L’un concerne les dommages financiers versés aux parents d’un fils décédé. L’autre, les erreurs d’un chirurgien esthétique, affectant la vie de deux femmes.

Dans ces deux textes se trouve l’absurdité, pour les juges, de mesurer les préjudices immatériels comme le chagrin. Julie, qui est aussi avocate, soulève les contradictions. Le père touche davantage que la mère pour la perte de leur enfant. Elle pointe les injustices. Le chirurgien n’a été condamné qu’à trois mois de formations alors qu’il a brisé la vie de ses patientes.

La performance s’est imposée à Julie comme une évidence. «Tout se joue dans l’instant présent. Le public est donc témoin du processus de création, il y a une plus grande proximité avec l’artiste.»

Vélo de compétition

Et les oeuvres des deux artistes se marient bien dans l’espace de la galerie. Car une partie de la performance de Julie est faite devant une vidéo conçue par Cheryl. Un corps en mouvement, comme suspendu dans l’espace et qui semble chuter indéfiniment.

«J’ai repris la séquence d’un film où le personnage tombe d’un immeuble. Je l’ai ralentie et manipulée pour effacer toutes traces de contexte. Comme si cette figure flottait dans l’espace», nous éclaire l’artiste.

De l’autre côté, le visiteur peut observer le vélo des photos de Cheryl. Cette ancienne cycliste affirme qu’il a été utilisé pour le Tour de France dans les années soixante-dix. En l’exposant comme relique de son œuvre, l’artiste entend brouiller les pistes entre fiction et réel. Faisant d’une pierre deux coups, elle en profite pour faire un clin d’œil au «ready-made» de Marcel Duchamp et sa Roue de bicyclette.

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