Langues officielles: triste 50e anniversaire

«Grand débat» sur la «crise linguistique» à Radio-Canada

Crise linguistique
Le 28 février dans l’atrium de Radio-Canada.
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On ne pensait pas subir des reculs et devoir faire du rattrapage, en matière de droits linguistiques, au cours de l’année du 50e anniversaire de la Loi sur les langues officielles du Canada.

C’est ce qu’a déploré le commissaire fédéral aux langues officielles, Raymond Théberge, en ouverture du «Grand débat» de Radio-Canada Ontario sur la «crise linguistique» au pays, diffusé en direct devant un public clairsemé dans l’atrium de son édifice de la rue Front ouest à Toronto.

Six panélistes ont discuté de bilinguisme personnel et institutionnel, de l’Université de l’Ontario français et des arts, en passant par l’immigration et le populisme, sans accoucher d’une vision cohérente de la francophonie en 2030: la dernière question posée par les animateurs Gabrielle Sabourin et Mathieu Nadon.

Saine démocratie

Pour Melchior Mbonimpa, prof à l’Université laurentienne qui maîtrise six langues, «ça ne devrait pas être la mer à boire que de parler deux langues». Or, pas plus de 20% des Canadiens parlent l’anglais et le français, notamment en raison de la concentration des francophones au Québec et de leur faible poids démographique ailleurs au pays.

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C’est normal que la majorité l’emporte en démocratie, mais une «saine démocratie» respecte ses minorités, linguistiques et autres, a soutenu François Boileau, le commissaire aux services en français de l’Ontario.

Celui-ci, comme on le sait, sera remplacé en mai par un adjoint de l’ombudsman de la province: l’un de ces reculs infligés aux francophones par le nouveau gouvernement conservateur de Doug Ford.

En prévision d’autres initiatives problématiques, comme la réforme du système de santé ou la fusion de certains conseils scolaires, «l’important est que les Franco-Ontariens soient consultés», a estimé Stéphanie Chouinard, prof au Collège militaire de Kingston et à l’Université d’Ottawa.

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Stéphanie Chouinard, Melchior Mbonimpa, Tasha Kheiriddin, Jean-Serge Brisson, Fayza Abdallaoui, François Boileau.

Le fantôme de Ronald Reagan

La présence, à cette tribune, d’un représentant du groupe anti-bilinguisme officiel Canadians for Language Fairness, a provoqué peu d’étincelles, encore moins le feu d’artifice attendu.

Jean-Serge Brisson a surtout prôné le retrait du gouvernement de l’éducation et de la culture, rappelant le bon mot de Ronald Reagan à l’effet que le gouvernement soit plus souvent la source des problèmes que la solution aux problèmes.

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Paradoxalement, cet homme originaire de l’Est ontarien s’est surtout porté à la défense des fonctionnaires forcés d’être bilingues: «injuste pour les Canadiens-Anglais parce que ce sont surtout les Canadiens-Français qui sont bilingues».

Or, le bilinguisme officiel, conçu d’abord pour permettre aux unilingues de transiger avec les administrations publiques dans leur langue, procède d’une vision tout aussi chère à Ronald Reagan: l’État au service des citoyens plutôt que les citoyens au service de l’État.

Immigrants recherchés

D’ailleurs, la journaliste et commentatrice Tasha Kheiriddin, originaire de la communauté anglophone de Montréal, et qui préfère elle aussi un gouvernement minimaliste et parcimonieux, reste partisane du bilinguisme officiel d’un océan à l’autre.

Elle appuie la lutte des Franco-Ontariens pour retrouver les droits, les services et les symboles perdus en 2018.

Dans ce débat, on ne pouvait pas ne pas appeler l’immigration au secours des minorités francophones en décroissance. Entre autres, l’immigration pourrait aider à remédier à la pénurie d’enseignants francophones dans le populaire système des écoles d’immersion, voire jusque dans nos écoles de langue française.

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Il faut cependant aider les immigrants à s’intégrer et à reconnaître leurs aptitudes et leurs diplômes à leur juste valeur, a notamment confirmé Fayza Abdallaoui, présidente du Mouvement ontarien des femmes immigrantes francophones. «Les immigrants doivent pouvoir s’épanouir économiquement.»

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Deux animateurs, six panélistes, une modératrice des médias sociaux, des intervenants dans la salle.

Appuis chez les anglophones

«Un emploi sur cinq, à Toronto, exige le bilinguisme», a-t-on entendu. Et un grand nombre d’anglophones – les Canadian Parents for French et autres French for the Future – souhaitent ardemment que leurs enfants deviennent bilingues. D’où l’absurdité de faire dérailler le projet d’Université de l’Ontario français à Toronto.

L’UOF et son projet de Carrefour communautaire, a-t-on souligné, illustrent bien le rapport entre la langue et la culture, le fait que le français ne doit pas être qu’utilitaire, mais aussi procurer du plaisir avec de la musique, du théâtre, du cinéma, de la littérature, des médias, etc.

Mais c’est Joël Beddows, le directeur artistique du Théâtre français de Toronto, intervenant dans le public, qui a fait remarquer qu’«on associe peut-être trop souvent arts et culture».

En effet, il n’y a pas que dans les arts que les minorités francophones sont défavorisées (le TfT n’a pas encore sa propre salle, par exemple): «en sciences, en affaires, on pourrait aussi être plus présents, actifs, visibles, mentors, mécènes».

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Ni franco, ni anglo: les deux!

Par ailleurs, la majorité des familles franco-ontariennes étant exogames (un des deux partenaires est anglophone), «on ne demandera pas aux enfants de choisir entre leur père et leur mère», image François Boileau.

«Les jeunes se disent bilingues, c’est leur identité», il faut composer avec ça.

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