L’âge d’or d’hier à aujourd’hui

Que faisait-on à l'époque où les résidences pour personnes âgées n’existaient pas?

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L'âge d'ior et la façon de traiter les personnes âgées ont changé avec les siècles. Mais on pourrait sûrement faire mieux...
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La CoViD-19 n’épargne personne, mais elle est particulièrement injuste envers les aînés, surtout ceux qui vivent dans certains centres de soins de longue durée ou résidences pour personnes âgées. Cette crise soulève beaucoup de questions au sujet des soins prodigués à nos aînés.

On pourrait se demander si c’était mieux avant. Par exemple, qu’en était-il en Nouvelle-France lorsque l’espérance de vie oscillait entre 30 et 40 ans (1)? Peu nombreuses étaient les personnes qui arrivaient à un âge canonique (2). Mais pour ceux qui faisaient mentir les statistiques, que devenaient-ils?

D’ailleurs, à quel moment était-on considéré comme une «personne âgée» aux 17e et 18e siècles?

Autre époque, autre définition

La plupart des historiens (3) s’accordent pour dire que c’était à partir de 60 ans qu’on était considéré comme une personne du troisième âge (4) en Nouvelle-France.

Dans une société où la plupart des gens gagnaient leur vie en faisant un travail physiquement éreintant, la vieillesse se définissait comme le moment où la personne n’était plus en état, physiquement ou mentalement, de travailler. L’individu n’était plus auto-suffisant et dépendait des autres pour vivre.

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Alors, que faisaient ces gens à une époque où les résidences pour personnes âgées n’existaient pas?

La donation entre vifs

À part les nobles et les bourgeois, dont la plupart vivaient de leurs économies et rentes, et les fonctionnaires et quelques heureux élus qui jouissaient d’une pension de retraite de l’État (5), et par conséquent d’une certaine autonomie financière, le commun des mortels avait le choix entre la famille (6), qui était l’unité fondamentale de la société, et l’Hôpital Général.

Si on avait recours à la famille, il y avait la donation entre vifs, qui comptait pour 65% des contrats, la cessation et l’abandon (7) pour 31% et la démission de biens (8) qui ne représentait que 4% des contrats.

La donation entre vifs était la remise d’un bien à une autre personne. Il s’agissait surtout d’un couple âgé, qu’on appelait donateurs, qui choisissait un de ses fils pour être son donataire en échange d’une rente ou de produits en nature.

Presque 90% des donateurs vivaient à la campagne. Les artisans ne comptaient que pour 5%, les marchands, 4% et les nobles, seulement 1% des donateurs. Les raisons évoquées par les parents pour faire la donation étaient l’âge avancé, la mauvaise santé ou l’incapacité de travailler comme avant.

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L’âge moyen du donateur était de 63 ans. Quant au donataire, il s’agissait de jeunes couples de moins de 30 ans sans enfants ou avec un enfant dans 94% des cas.

La terre, le bien le plus précieux

En quoi consistaient les biens donnés? Le bien le plus important était la terre. Le père ayant hérité d’un lot de ses parents, il aurait passé sa vie à en acquérir d’autres pour ses fils et ses gendres. Un quart des habitants possédaient moins de 50 arpents (10) et 3%, plus de 200 arpents. La majorité avait entre 50 et 120 arpents.

Ensuite venaient les biens immobiliers comme, dans 68% des cas, la maison. D’autres bâtiments, surtout la grange et l’étable, et des animaux de la ferme, en particulier des vaches, des boeufs et des chevaux, étaient donnés dans un pourcentage de 60% des cas. Les donateurs cédaient l’ensemble de leurs biens immobiliers dans 90% des cas.

Quant aux biens mobiliers, 20% des parents ne cédaient rien et dans 60% des cas, les donateurs gardaient l’usage de certains articles qui leur étaient chers. En échange de leur don, les parents étaient pris en charge par le donataire dans 60% des cas (11) ou recevaient de sa part une pension alimentaire annuelle ou viagère (12). Dans 40% des cas, les parents ont mentionné dans le contrat de donation les soins médicaux à leur fournir en cas de maladie.

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Rédaction d’un contrat de donation en Nouvelle-France.

 Le soin des aînés, une obligation morale

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Les parents âgés étaient la responsabilité de leurs enfants même s’il s’agissait d’une obligation de nature plutôt morale que juridique. Toutefois, si les enfants avaient les moyens de s’occuper de leurs parents et ne le faisaient pas, le gouvernement intervenait et les forçait à se conformer aux stipulations du contrat.

De leur côté, un tiers des parents inséraient une clause spéciale dans le contrat de donation, ce qui leur permettait de quitter la maison en cas de désaccords ou de mauvais traitements. En effet, dix pour cent des contrats ont été annulés, surtout lorsque le donataire était dans l’incapacité de remplir ses obligations.

L’Hôpital Général, un dernier recours

Les aînés qui n’avaient pas de famille ou dont la famille était dans l’impossibilité de subvenir à leurs besoins recouraient à l’Hôpital Général. Malgré son nom, l’institution dispensait rarement des soins médicaux aux malades, mais servait plutôt de centre d’accueil ou de refuge.

Les gens âgés de 60 ans et plus, en grande majorité des veufs, des veuves et des célibataires, représentaient environ 40% de leur clientèle. Les trois-quarts de ces pensionnaires étaient des hommes (13) et 10% de ces clients donnaient à l’hôpital de l’argent ou des biens, comme une boutique ou des outils, en échange de leur entretien.

Les résidents étaient surtout des anciens soldats, qui disposaient d’un demi-solde, des gens de métier avec quelques bourgeois et un petit nombre de nobles. Si ces derniers jouissaient d’un certain confort, la plupart des pensionnaires ne payaient rien et bénéficiaient de la charité publique, ce qui signifiait un lit dans une salle commune avec des repas frugaux.

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Malgré ces conditions spartiates, la plupart des pensionnaires de l’hôpital y restaient jusqu’à leur mort.

http://www.museedelhistoire.ca/musee-virtuel-de-la-nouvelle-france/files/2012/04/Nouvelle-France_4_4_Dessin-de-lH%C3%B4pital-des-fr%C3%A8res-Charon.jpg
L’Hôpital Général de Montréal.

De plus en plus de personnes âgées au Canada

Selon Statistique Canada, le nombre de personnes âgées de 65 ans et plus au pays était de 6,2 millions en 2017. On estime qu’en 2037, il passera à 10,4 millions. Entre 2011 et 2016, on a recensé plus de 8 000 centenaires au Canada. Après le groupe des «jeunes retraités», que Statistique Canada classe entre 60 et 64 ans, c’est le groupe d’âge qui croît le plus rapidement au pays.

En Nouvelle-France, la plupart des aînés se tournaient vers la famille ou l’Hôpital Général dans leurs vieux jours. Aujourd’hui, heureusement, les personnes âgées ont plus d’options comme en témoigne le graphique qui suit:

http://www12.statcan.ca/census-recensement/2011/as-sa/98-312-x/2011003/fig/fig3_4-box-fra.gif
Où vivaient les Canadiens âgés de 65 ans et plus en 2011. (14)

L’organigramme représente la population de personnes âgées de 65 ans et plus au Canada, selon le Recensement de 2011. Cette population comprend toutes les personnes vivant dans des logements privés et collectifs au Canada. Les personnes à l’extérieur du Canada, en affectation gouvernementale, militaire ou diplomatique, sont exclues.

Cette population est divisée en deux catégories selon la population vivant dans des logements privés et la population vivant dans des logements collectifs.

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La catégorie de la population âgée de 65 ans et plus vivant dans des logements collectifs est subdivisée à son tour en deux catégories, soit la population vivant dans des établissements de soins spécialisés (qui comprend les établissements de soins infirmiers, les hôpitaux pour personnes souffrant de maladies chroniques, les hôpitaux de soins de longue durée et les résidences pour personnes âgées), soit la population vivant dans d’autres logements collectifs.

La catégorie de la population vivant dans un établissement de soins spécialisés est fractionnée encore en deux sous-catégories, soit la population vivant dans des établissements de soins infirmiers, des hôpitaux pour personnes souffrant de maladies chroniques ou des hôpitaux de soins de longue durée, ou soit la population vivant dans des résidences pour personnes âgées.

Les chiffres et les pourcentages sont les suivants :

  • Population âgée de 65 ans et plus : 4 945 000 (100 %)
  • Vivant dans des logements privés : 4 551 905 (92,1 %)
  • Vivant dans des logements collectifs : 393 095 (7,9 %)
  • Vivant dans un établissement de soins spécialisés : 352 205 (7,1 %)
  • Vivant dans d’autres logements collectifs : 40 890 (0,8 %)
  • Vivant dans des établissements de soins infirmiers, des hôpitaux pour personnes souffrant de maladies chroniques ou de soins de longue durée : 224 280 (4,5 %)
  • Vivant dans des résidences pour personnes âgées : 127 925 (2,6 %)

Pourtant, avec l’augmentation de l’espérance de vie et, par conséquent, du nombre d’aînés, nous nous trouvons devant un défi de taille que la CoViD-19 n’a fait que mettre en évidence. Manque de ressources, de places, de préposés aux bénéficiaires, de services, de soins, d’argent, la solitude, la dépression… Ces problèmes ne sont pas forcément nouveaux, mais ils sont beaucoup plus flagrants aujourd’hui que par le passé.

Quel sort notre société réservera-t-elle à ses nombreux aînés de demain?

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Notes

  1. Aujourd’hui, elle est de 79,9 ans pour les hommes et de 84,1 ans pour les femmes.
  2. Entre 1% et 5,5% de la population était âgé de 60 ans et plus.
  3. C’est aussi l’avis de l’Organisation mondiale de la Santé, bien qu’une personne de 60 ans aujourd’hui ressemble peu à une personne de 60 ans à l’époque de la Nouvelle-France. Par ailleurs, il y a des personnes âgées en pleine forme tout comme il y a des jeunes personnes qui ne le sont pas.
  4. À 50 ans et moins pour les femmes en raison des nombreuses grossesses
  5. Les statistiques données ici sont tirées du livre Les Marginaux, Les Exclus Et L’autre Au Canada Aux 17e Et 18e Siècles d’André Lachance. Bien qu’elles concernent spécifiquement la ville de Montréal, on peut supposer que la situation n’était pas si différente à Québec et ailleurs au Canada français.
  6. La famille nucléaire représentait entre 70% et 76% des ménages.
  7. On recourait à la cession et l’abandon dans le cas de faillites dans la colonie. Le débiteur incapable de rembourser ses créanciers leur cédait ses biens ou les cédait en échange d’une rente viagère.
  8. La démission de biens permettait au donateur de donner tous ses biens à tous ses héritiers en échange d’une pension. Elle convenait particulièrement aux parents et enfants de condition modeste. Le transfert était immédiat et révocable et souvent assorti de conditions particulières.
  9. Les veuves cédaient leur bien peu après le décès de leur mari alors que les veufs attendaient plus longtemps avant de faire la donation.
  10. Ancienne mesure de surface qui valait, selon les régions, de 35 à 51 ares. – Larousse
  11. Le donataire devait pourvoir le donateur de logement, de nourriture, de chauffage et d’éclairage selon son état et sa situation.
  12. Plus le donataire avait de terres exploitées, plus il avait de choix. La pension alimentaire était la meilleure option, car la personne âgée gardait une certaine autonomie. Son sort dépendait étroitement du patrimoine familial qu’il avait réussi à bâtir au cours de sa vie pour lui et ses descendants.
  13. 44% veufs, 28% célibataires, 7% mariés
  14. http://www12.statcan.ca/census-recensement/2011/as-sa/98-312-x/98-312-x2011003_4-fra.cfm

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