La volonté d’être parfait, une «compulsion du premier de classe»

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Adrien n’arrive pas à dessiner. Lorsqu’il tient son crayon, ses doigts se crispent tellement qu’il casse continuellement ses mines. Il a aussi bien du mal à rester concentré sur une seule tâche et remue constamment sur sa chaise.

Adrien ne souffre pas d’un trouble d’attention, mais plutôt de perfectionnisme pathologique.

Un syndrome classé dans la même catégorie que les troubles obsessifs du comportement par la «bible des maladies mentales», le manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, connu aussi sur l’appellation DSM.

Cette volonté d’être parfait dans tous les domaines, et tout le temps, est une forme de compulsion. «On la diagnostique alors que l’individu consulte pour des problèmes d’anxiété. Chez les enfants, cela peut être très subtil et associé à des tics visibles», explique la doctorante en neuropsychologie, Nadia Hamel.

Chercheuse au Centre de recherche Fernand-Seguin de l’Université de Montréal, elle essaie de trouver un modèle explicatif du perfectionnisme pathologique.

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Depuis un an, elle poursuit ses recherches auprès des adultes pour mettre à jour les ressorts cognitifs et psychologiques de ce trouble.

Les muscles prêts à l’action

La «surpréparation» musculaire – les muscles bandés avant même l’effort – que les perfectionnistes s’imposent semble en être un bon indice. Tout comme le temps démesuré qu’ils prennent pour réaliser une tâche (relire la consigne 4 -5 fois, par exemple).

Une activité anormale peut être observée dans le cerveau d’un individu affecté par ce trouble lorsqu’il se prépare démesurément. «Son cerveau envoie simultanément un message d’inhibition et un message d’action. Ce qui est contradictoire: on ne peut pas être à la fois immobile et en action.»

Un simple exercice de motricité fine et globale – insérer de petits objets dans des petits trous de haut vers le bas – met souvent en échec les perfectionnistes. Malgré leur volonté de performer – ou en raison de celle-ci –, leurs mouvements très raides et les nombreuses fausses manœuvres démontrent qu’un conflit sévit dans leurs corps.

Il faut avouer que notre époque de performance génère son lot de chasseurs de perfection. Vouloir faire les choses parfaitement n’est toutefois pas un signe annonciateur d’un problème pathologique.

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C’est plutôt un trait très répandu aujourd’hui, particulièrement au travail.

Lorsque le perfectionnisme rend malade

«Si cela ne s’étend pas à toutes les autres sphères de la vie et que l’individu vit des succès, ça va. Par contre, si ce mode fonctionnel se retrouve dans toutes les situations de sa vie, c’est là qu’il faudra consulter», relève la doctorante.

Car être perfectionniste peut rendre malade et même nuire à la santé mentale, comme l’ont découvert des chercheurs canadiens dans une précédente recherche.

Nous sommes tous un peu perfectionnistes. La famille, l’éducation et le tempérament, de multiples facteurs se trouvent à la source du problème.

Et parfois, la relaxation ou la méditation ne suffisent plus. «C’est devenu alors un mode de fonctionnement qu’il faut désamorcer en profondeur», relève la chercheuse Nadia Hamel.

Pour défaire ces idées toxiques, il faut encourager les réussites et renforcer positivement… même dans l’échec. Cultiver un peu d’humour aide aussi: ne pas se prendre trop au sérieux même si on fait les choses sérieusement!

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