La Ville Reine, entre inspiration et personnage de roman

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Poète, essayiste, documentariste et romancière, Dionne Brand a déjà reçu le Prix du Gouverneur général de poésie et le Prix littéraire Trillium. Le City of Toronto Book Award a couronné
What We All Long For, qui a été traduit sous le titre Les désirs de la ville. La ville dont il s’agit est la nôtre. Le mot Toronto n’est pas souvent mentionné, mais certaines caractéristiques de la Ville Reine y sont finement décrites.

À titre d’exemple, le portrait que Dionne Brand brosse de Toronto revêt les traits d’une oasis multiculturelle.

Elle nous présente une ville où vivent des mécaniciens bulgares, des cuisiniers tamouls à l’emploi de restaurateurs thaïlandais, des mathématiciens iraniens, des médecins russes changeant des pneus, des esthéticiennes philippino-saoudiennes, des boulangères allemandes et des chauffeurs de taxis bengalis ou haïtiens.

Quant à Richmond Hill, c’est un endroit où vivent les riches immigrants à l’aise dans des maisons immenses.

«Richmond Hill est une banlieue tentaculaire. C’est l’une de ces banlieues où vont les immigrants pour s’éloigner d’autres immigrants…»

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D’une page à l’autre, on traverse les rues Yonge, College, Wellesley, Spadina et St. George. On entre au Lula Lounge de la rue Dundas ou dans un bar clandestin de la rue Baldwin.

On passe une soirée dans le quartier gai de la rue Church. Il est même question du Paramount, le meilleur club de danse du pays, et de l’Elephant Walk, rue Spadina.

L’Elephant Walk est décrit comme un endroit «où il fallait être connu pour entrer, être officiellement dangereux, ou connaître quelqu’un qui l’était. On devait être un bandit ou une beauté. Une beauté menaçante.»

Le roman met en scène une brochette des personnages tous plus colorés les uns que les autres.

D’abord Tuyen, une lesbienne et artiste émergente des circuits underground. Puis Carla, une messagère à vélo qui, à la mort de sa mère, s’est investie de la mission de protéger son jeune frère, entraîné dans la spirale de la délinquance.

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Ensuite Oku, un poète en rupture d’université, vivant encore chez ses parents malgré une profonde incompréhension mutuelle. Il y a aussi Jackie, la propriétaire d’une friperie, qui rêve de devenir mannequin.

L’auteure campe adroitement Tuyen, de façon à montrer comment un enfant peut grandir dans une famille asiatique, une famille qui la nourrissait, l’habillait, l’engraissait, mais ne l’étreignait pas.

Cette famille la retenait pourtant, «avec des dettes émotives qui, bien que tacites, l’enserraient comme un étau.»

La relation entre Carla et son frère délinquant permet à Dionne Brand, elle-même noire, de faire un constat sur la culture black. Pour un gars noir, écrit-elle, aller en prison est «un rite de passage», ça fait partie de cette culture-là.

Les dialogues sont parfois assez directs pour ne pas dire crus: «– Les femmes black n’ont pas à se tracasser avec cette merde, tu sais. Vous êtes fortes. – Oh putain! Oh Christ! Épargne à mon cul cette merde…»

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Par-delà le Toronto multiethnique, Les désirs de la ville offre le portrait d’une jeune génération profondément inscrite dans le paysage urbain.

Les protagonistes incarnent tellement l’énergie de la Ville Reine qu’elle devient, elle aussi, un personnage du roman.

Dionne Brand, Les désirs de la ville, roman traduit de l’anglais par Nicole Côté et Anton Iorga, Québec, 2011, Éditions L’instant même,
298 pages, 27,95 $.

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