La vaccination des bébés contre l’hépatite B ne devrait pas être une loterie

hépatite B
Le vaccin contre l’hépatite B, commercialisé depuis les années 1980, a été le tout premier vaccin anti-cancer. Photo: iStock.com/Marina Demidiuk
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Publié 07/05/2026 par Jody Jollimore

Quel est le risque de présenter une hépatite B chronique incurable, au Canada? Cela dépend en partie de la province où l’on naît.

Le vaccin contre l’hépatite B, commercialisé depuis les années 1980, a été le tout premier vaccin anti-cancer: il offre une protection contre un virus qui est la principale cause mondiale de cancer du foie.

Lorsque j’ai commencé mon cours secondaire, toutes les provinces et tous les territoires canadiens avaient déjà établi des programmes de vaccination contre l’hépatite B pour les élèves.

Ces programmes ont permis de réduire de 90% le taux de nouveaux cas d’hépatite B chez nos adolescents, entre 1990 et 2008.

Le moment choisi est crucial

Je ne remets pas en question l’efficacité de ces programmes, mais plutôt le moment de la vaccination.

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La plupart des personnes qui contractent l’hépatite B à l’âge adulte parviennent à éliminer le virus. Chez l’enfant, cependant, cette maladie a des conséquences radicalement différentes.

Une hépatite B chronique incurable apparaît chez environ 90% des nourrissons qui la contractent, et chez 20 à 30% des enfants infectés entre un an et cinq ans. Cela implique un suivi et un traitement à vie et, dans certains cas, une évolution vers un cancer du foie ou une insuffisance hépatique.

Le moment choisi pour la vaccination est donc crucial. Le plus efficace consiste à administrer une dose aux nourrissons, peu après la naissance.

Risques inévitables

Car les enfants peuvent être exposés. L’hépatite B est transmissible par contact étroit à la maison – par exemple en partageant une brosse à dents ou un coupe-ongles – et par contact avec une petite quantité de sang.

Ces risques sont parfois inévitables, même si l’on a enseigné toutes les règles d’hygiène du monde à notre enfant.

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Pourtant, seules trois régions – le Nouveau-Brunswick, le Nunavut et les Territoires du Nord-Ouest – offrent systématiquement la vaccination dès la naissance, qui constitue la meilleure approche à la prévention.

Le Yukon, l’Alberta, la Colombie-Britannique, le Québec et l’Île-du-Prince-Édouard recommandent la vaccination à partir de l’âge de deux mois.

Dans le reste du pays, la première dose vaccinale de routine contre l’hépatite B attend l’adolescence.

Cette approche peu cohérente laisse nombre d’enfants sans protection au moment de leur plus grande vulnérabilité. Des données sans équivoque pointent vers le changement.

Résultats probants

Au Nunavut, l’exposition à l’hépatite B est passée de près de 20% chez les personnes nées avant 1980 à moins de 2% chez celles nées après, ce qui coïncide avec l’amorce du programme de vaccination universelle à la naissance.

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La Colombie-Britannique, avec son programme de vaccination des nourrissons, a connu une forte baisse des nouvelles infections, surpassant les provinces qui ne vaccinent qu’à l’adolescence.

Une analyse canadienne a par ailleurs révélé que la vaccination des nourrissons ou néonatale permet non seulement de réduire le nombre de nouveaux cas, mais aussi d’éviter des coûts de santé à long terme en prévenant le cancer du foie et les décès liés à celui-ci.

C’est pourquoi les spécialistes du foie au Canada recommandent à présent la vaccination systématique des nourrissons, de préférence dès la naissance.

Vision désuète de l’hépatite B

Comment expliquer que les provinces et territoires n’ont pas tous emboîté le pas?

Une partie du problème tient à une vision désuète de l’épidémiologie de l’hépatite B. Les programmes de vaccination à l’adolescence viennent d’une époque où l’on la considérait principalement comme une infection transmissible sexuellement.

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Aujourd’hui, on comprend mieux sa transmission intrafamiliale et ses conséquences de santé plus graves si elle est contractée pendant les premières années de vie.

Un autre facteur est la bureaucratie. Les calendriers de vaccination sont complexes; toute modification nécessite une coordination, des moyens logistiques, un financement et une volonté politique.

Néanmoins, d’autres calendriers de vaccination ont été harmonisés aux données scientifiques et il devrait en être de même pour l’hépatite B.

Cancer évitable

Le Canada met un point d’honneur à offrir des soins de santé équitables. Pourtant, la protection d’un enfant contre l’hépatite B – et contre un cancer évitable – dépend actuellement de sa province ou de son territoire.

Cela équivaut à une loterie quant au risque de présenter un cancer du foie – et c’est son lieu de naissance qui détermine ses chances de gagner.

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La solution est simple. Chaque province et territoire devrait instaurer la vaccination universelle des nourrissons contre l’hépatite B, idéalement à la naissance, dans le cadre des soins néonataux de routine.

Cette approche est déjà la norme dans de nombreux pays et dans la moitié du Canada. Elle est réalisable, rentable et appuyée par de solides données scientifiques.

Au Canada, chaque enfant mérite d’être protégé, quel que soit son lieu de naissance.

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