La roulette russe revisitée

13 (Tzameti) de Géla Babluani

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Pour son premier long métrage intitulé 13 (Tzameti), le cinéaste géorgien nous entraîne dans un univers macabre et angoissant où des hommes s’amusent à parier des millions sur la vie de leurs semblables.

Ce thriller français raconte l’histoire de Sébastien, un jeune immigré de 22 ans issu d’une famille géorgienne modeste installée dans un petit village de Normandie. Pour gagner un peu d’argent et faire vivre sa famille, il répare le toit d’une maison.

Jusqu’au jour où le propriétaire décède d’une overdose après avoir reçu une lettre mystérieuse supposée le rendre riche. Sébastien n’a rien à perdre, sans savoir de quoi il s’agit, il décide de prendre cette lettre et de se faire passer pour son employeur. Il est loin de s’imaginer que cette usurpation d’identité va l’amener au milieu d’un jeu de roulette russe organisée par de riches hommes dans un huit clos clandestin.

Après un début difficile où le spectateur peine à rentrer dans une histoire un peu confuse, le réalisateur réussit finalement à nous accrocher. Le long voyage du jeune protagoniste vers l’inconnu, métaphore d’une descente aux enfers, nous laisse dans un suspens insoutenable.

Les gros plans répétés réussissent parfaitement à nous faire ressentir les émotions des personnages. Lorsque Sébastien se tient debout dans le cercle de la roulette russe, un pistolet qu’il braque sur l’homme devant lui et un autre pointé sur sa tête par celui qui est derrière lui, notre taux d’adrénaline est aussi élevé que si nous étions à sa place.

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Le réalisateur réussit à maintenir cette tension et ce sentiment de malaise jusqu’à la fin de ce jeu cruel où seul un des treize participants ne survivra.

En choisissant de tourner en noir et blanc, Géla Babluani fait un clin d’oeil aux films muets soviétiques qu’il a découvert enfant dans les cinémas de Tbilissi avec son père, Temur Babluani, célèbre cinéaste (La Migration des Moineaux, The Sun of the Wakeful). Le noir et blanc rajoute aussi une pointe de dramatisme à ce film déjà bien noir, à juste titre interdit aux moins de 16 ans.

C’est assez durement et sans précautions que le film nous montre le côté obscur de l’âme humaine. «Je pense que je pourrai difficilement m’orienter vers la comédie. J’ai plutôt tendance à aller vers les choses dures, ou peut être parce que je ne suis pas foncièrement quelqu’un de drôle!», déclare le réalisateur.

Né en Géorgie il y a 27 ans, Géla a grandit pendant la guerre civile. C’est donc avec un certain réalisme teinté d’expérience personnelle qu’il met si bien en scène l’hystérie liée à l’amour de l’argent, à la peur de mourir mais aussi à la peur de tuer.

Mais il ne faut pas oublier que le film ne serait pas ce qu’il est sans la performance étonnante du jeune acteur, Georges Babulani, le frère du réalisateur. Attachant et convaincant, il excelle dans son rôle de jeune innocent allant au sacrifice.

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Bien loin des superproductions pop-corn qui font fureur de nos jours, 13 Tzameti malgré son petit budget est original et surprenant. Une originalité qui lui a valu le Lion du Futur, le prix de la meilleure première œuvre, à la Mostra de Venise en 2005 et le Grand Prix du jury du meilleur film de fiction étranger au Festival de Sundance en 2006.

Pour information, «tzameti» dans le titre du film signifie treize en géorgien et fait référence au numéro du maillot que porte Sébastien lors de la roulette russe. Une répétition dans le titre qui accentue la connotation superstitieuse du chiffre. Alors s’agit-il d’un porte-bonheur ou l’inverse? La réponse de Géla Babluani est à partir du 19 janvier dans les cinémas de Toronto.

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