La liberté connaît souvent des détours

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L’année dernière, Jean Fahmy publiait le premier tome de son roman Les Chemins de la liberté – Fabien et Marie. Il nous offre maintenant la conclusion dans L’Ultime voyage. L’ouvrage est à la fois un apprentissage de la politique et une initiation à l’amour conjugal.

Rappelons que Fabien et Marie, deux jeunes Acadiens nés dans le Poitou mais désireux de trouver l’Acadie de leurs ancêtres, ont d’abord séjourné à Paris et travaillé pour Beaumarchais, un ardent supporteur de la Révolution américaine.

Le second tome commence avec la traversée vers l’Amérique, mais les deux amoureux devront surmonter nombre d’obstacles et d’épreuves avant d’arriver en Acadie.

Jean Fahmy a concocté une trame romanesque intimement mêlée à l’Histoire, celle de la Guerre d’indépendance américaine. Fabien et Marie participent à la résistance des troupes américaines, aux côtés du marquis de La Fayette, du comte de Rochambeau et du général Washington.

L’auteur décrit en détail la fameuse bataille de Georgetown, qui scelle l’indépendance des États-Unis. Il signale même «la présence de Canadiens aux côtés des Insurgents», voire de Canadiens français au sein du régiment de Moses Hazen, qui se battent pour la liberté des Américains.

Comme si ce détour guerrier n’était pas suffisant pour retarder l’arrivée de Fabien et de Marie en Acadie, nos deux protagonistes sont faits prisonniers par les Iroquois. L’un et l’autre se feront prendre dans un engrenage qui mettra leur fidélité conjugale à dure épreuve…

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D’un chapitre à l’autre, on alterne entre la narration de Fabien, puis celle de Marie. Cela donne parfois lieu à des répétitions. Même si le récit est parsemé de rebondissements dramatiques – conditions extrêmes de voyage, enlèvement de Marie, blessure de Fabien, emprisonnement du couple et j’en passe –, nos deux Acadiens surmontent tout par enchantement. Cela semble parfois arrangé avec le gars des vues.

Le roman est une leçon de survivance au XVIIIe siècle. Comme l’action se passe en partie sur des navires, Fahmy a recours à une comparaison navale pour décrire cette leçon: «Il faut peut-être, provisoirement, se coucher sous le vent, laisser le navire filer ailleurs. Quand l’orage gronde, on peut toujours penser au port qu’on veut atteindre. Cela viendra après. Mais l’important, c’est de survivre.»

Pour décrire un accouplement sexuel, l’auteur a aussi recours à une métaphore maritime: «je la sentais frémir et tanguer sous mon corps comme une barque qu’un coup de vent aurait poussé de côté ou qu’une haute vague aurait fait bondir sur sa crête, avant de s’écrouler et de la recouvrir d’une écume blanche.»

Le pluriel dans le titre du roman – Les Chemins de la liberté – est très significatif. Le lecteur suit Fabien et Marie vers une terre promise (l’Acadie), vers un foyer de liberté, mais il est aussi question de la liberté du peuple américain, voire de la liberté des esclaves noirs. Pour les uns comme pour les autres, «leur liberté avait pour nom un nouveau pays, un pays où ils pourraient vivre sans crainte».

Le sous-titre du second et dernier tome est L’Ultime voyage. Est-ce dire que Fabien et Marie arriveront finalement en Acadie? Décideront-ils plutôt de s’arrêter à New York ou à Montréal? À vous de le découvrir… L’important, c’est de survivre et «la patrie est partout où on se trouve bien», comme l’a écrit Voltaire.

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