La crise des droits des femmes en Afghanistan est une catastrophe humanitaire

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Des Afghanes attendent une distribution de pain à Kaboul. Photo: iStock.com/Sohrab Omar
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Publié 28/05/2026 par Sepita Hatami

Quel est l’un des pires endroits au monde pour une femme? L’Afghanistan.

C’est ce que la plupart des gens pensent lorsqu’on aborde la question de la crise des droits des femmes sous le régime des talibans. Mais cela ne reflète qu’une partie de la réalité.

En mettant l’accent sur le mot «droits», on occulte un aspect bien plus grave: la manière dont les gens vivent au quotidien dans ce pays. Ce qui se passe actuellement en Afghanistan n’est pas seulement une crise des droits des femmes, mais une véritable catastrophe humanitaire.

Cela a des répercussions sur l’accès aux soins de santé, à l’éducation, aux systèmes alimentaires et aux aides de base, et remet en question la capacité de ces systèmes à fonctionner lorsque la moitié de la population en est exclue. Les femmes n’ayant qu’un accès limité à l’emploi et aux services, la vulnérabilité économique et sociale des ménages s’en trouve grandement aggravée.

Les talibans ont progressivement écarté les femmes des espaces publics, notamment du monde du travail, des soins de santé et de l’éducation. À titre d’exemple, des travailleuses du secteur de la santé ont récemment été bloquées aux portes d’un bureau des Nations unies et se sont vu refuser l’accès aux locaux par les autorités talibanes.

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Le régime actuel met en place un système qui détermine qui a le droit d’exister, de fournir de l’aide ou d’en recevoir.

La situation en Afghanistan ne se limite pas à la discrimination fondée sur le genre, il s’agit de l’exclusion totale d’un genre des systèmes publics. La dure réalité des femmes afghanes est moins un problème social qu’une crise structurelle qui influence les institutions et la vie quotidienne.

femmes, éducation supérieure
Sous le régime des talibans, les femmes sont invisibilisées. Photo: Nitin Madhav, Wikimedia Commons, domaine public.

Apartheid de genre

C’est la raison pour laquelle on parle de plus en plus d’ «apartheid de genre» plutôt que de crise des droits des femmes. L’exclusion des femmes montre la manière dont les institutions sont structurées et dont elles fonctionneront à l’avenir.

Le terme apartheid de genre décrit un contexte dans laquelle des personnes se voient interdire l’accès à certains espaces ou activités en raison de leur identité de genre.

Cette pratique discriminatoire et violente a été largement documentée et relayée par les médias, mais la situation ne cesse de se détériorer.

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Ces effets sont en outre cumulatifs, chaque restriction renforçant les autres et aggravant la crise générale. Ces violations systémiques des droits seraient de plus en plus difficiles à inverser, même en cas de changement soudain des instances politiques et du gouvernement en place.

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Afghanes à l’université avant l’arrivée au pouvoir des talibans. Photo: Flickr, Resolute Support Media, CC BY 2.0.

L’exclusion des femmes des milieux professionnels se traduit par une pénurie de personnel enseignant dans les écoles, d’employées qualifiées dans les hôpitaux, et par une perte d’accès pour les réseaux d’aide à la moitié de la population. Cette situation, qui n’a rien de temporaire, restreint la capacité des systèmes à répondre aux besoins croissants de la population.

Lorsque les femmes sont exclues des institutions, le problème ne se limite pas à la dégradation des prestations de services et des performances de ces organismes. Cela entraîne également une perte de mémoire institutionnelle: les compétences, les connaissances professionnelles et l’expérience ne sont plus transmises aux générations futures.

Avec le temps, des institutions diminuent ou suspendent certains services en raison d’une pénurie de personnel féminin. À mesure que les services se réduisent, d’importantes lacunes apparaissent dans les réseaux de soins et de soutien, privant ainsi de nombreux groupes d’un accès à l’aide dont ils ont besoin.

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L’Afghanistan, théâtre de plusieurs guerres depuis des siècles, est situé dans une région du monde encore aux prises avec de nombreux conflits armés. Carte: Google
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Le conseil du gouvernement canadien: évitez tout voyage en Afghanistan.

Blocage de l’aide

Le refus des talibans de laisser entrer les travailleuses dans les bureaux de l’ONU et de l’UNICEF constitue une des nombreuses actions qui empêchent des femmes qualifiées d’accéder à des lieux où elles pourraient apporter des soins et une aide d’urgence.

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Cette répression des droits des femmes entrave la fourniture d’un soutien dont la société a désespérément besoin.

Comme les hommes sont limités dans la façon dont ils peuvent venir en aide aux patientes en raison des normes et des restrictions imposées par les talibans, il n’est pas possible de leur confier le soutien offert aux femmes. Cette situation a des répercussions sur plusieurs aspects de l’aide humanitaire, notamment les soins de santé, la distribution alimentaire et les systèmes de protection.

Le poids de ces besoins non satisfaits pèse alors sur les ménages, où les femmes doivent assumer un travail non rémunéré et des responsabilités en matière de soins.

Le régime taliban retarde ou empêche ainsi des interventions vitales pour les femmes et les enfants, ce qui constitue une violation du droit à la vie.

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Kaboul, capitale de l’Afghanistan. Photo: iStock.com/Edris Hafizi

Les femmes se voient non seulement interdire l’accès aux bureaux de l’ONU et de l’UNICEF, mais aussi à d’autres organisations humanitaires, hôpitaux, écoles et institutions publiques, dans le cadre d’une érosion généralisée des droits. Les talibans ont mis en place un réseau de violations des droits de la personne à travers tout le système humanitaire.

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L’aide humanitaire dépend également de l’accès à des informations et à des données fiables permettant d’identifier les personnes qui souffrent de la faim, qui sont en danger et qui ont besoin de protection. En Afghanistan, où les femmes sont limitées dans leurs contacts et où le personnel féminin est largement absent des actions de sensibilisation, des enquêtes et des visites à domicile, ces informations sont incomplètes.

Des données incomplètes peuvent entraîner une distribution insuffisante de l’aide et une répartition inadaptée des ressources. Les populations les plus vulnérables peuvent ainsi passer inaperçues dans les évaluations officielles.

Cette invisibilité touche notamment les ménages dirigés par des femmes et ceux vivant dans des zones reculées ou rurales, où l’accès aux services est déjà limité.

Ontario Queen's Park Monument commémoratif en l'honneur des héros canadiens de la guerre en Afghanistan
Le Monument commémoratif en l’honneur des héros canadiens de la guerre en Afghanistan, près du parlement ontarien.

Normalisation des crises

Les conséquences de l’apartheid de genre en Afghanistan ne sont peut-être pas visibles pour les gens qui n’y vivent pas, mais le fait est que les systèmes humanitaires vont bientôt s’effondrer.

Les futures générations de femmes professionnelles n’existeront tout simplement pas, car les talibans interdisent aux filles d’aller à l’école.

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Selon l’UNICEF, cette interdiction pourrait coûter à l’Afghanistan 25 000 enseignantes et professionnelles de santé. Dans un pays où les femmes n’ont pas le droit de se faire soigner par des prestataires de santé masculins, exclure les femmes de l’enseignement et des soins de santé crée une grave crise médicale.

Avec le temps, les systèmes seront repensés sans inclure les femmes en tant que professionnelles, alors qu’elles restent au cœur du dispositif en tant que bénéficiaires.

Pendant que les discriminations fondées sur le genre entravent la circulation des ressources, des connaissances et des soins, la capacité à fournir des services diminue de jour en jour, malgré la forte demande. De nombreuses femmes sont contraintes de se tourner vers un travail informel, précaire, caché, et exposé à l’exploitation et aux abus.

Reconnaître l’apartheid de genre ne suffira pas à y mettre fin. Nommer cette terreur systémique ne l’éliminera pas, et sans action concrète, l’exposition répétée à la crise peut au contraire la banaliser, en raison d’une usure de compassion.

Les organisations humanitaires sont aujourd’hui confrontées à un choix difficile: poursuivre leurs activités dans des conditions restrictives, au risque de les légitimer, ou se retirer et laisser les populations sans soutien.

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Plus la situation perdure, plus le risque est grand que l’exclusion des femmes en Afghanistan devienne un phénomène normalisé plutôt qu’une urgence. La question n’est plus seulement de savoir comment rétablir ce qui a été perdu, mais de savoir si les systèmes qui dépendaient autrefois de la participation des femmes peuvent encore être reconstruits.

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