Chaque État, chaque nation, chaque communauté linguistique a ses pionniers, ses bâtisseurs, ses figures de proue. En Ontario français, des leaders tels que Élisabeth Bruyère, Napoléon-Antoine Belcourt, Samuel Genest, Almanda Walker-Marchand et Robert Gauthier ont marqué notre paysage politique, culturel ou religieux. Il faut ajouter à ces noms celui d’Omer Deslauriers qui vient de faire l’objet d’une biographie bien étoffée, intitulée Omer Deslauriers (1927-1999): visionnaire, rassembleur et bâtisseur, lancée lors du Salon du livre de Toronto.
Le nom d’Omer Deslauriers est connu par une foule d’acteurs dans nombre de sphères d’activités, de l’éducation à la santé, en passant par la politique et le droit/nos droits. Omer Deslauriers a été frère enseignant, directeur d’école, président de l’Association des enseignants franco-ontariens, de l’Association canadienne-française de l’Ontario et du Conseil des affaires franco-ontariennes, instigateur du Collège agricole d’Alfred, candidat aux élections provinciales, délégué général de l’Ontario à Bruxelles, fondateur de centres médico-sociaux communautaires, et j’en passe. Il a été un as du lobbying, capable d’allier diplomatie et revendication au profit de la communauté franco-ontarienne.
Le chercheur Jean Yves Pelletier et l’écrivain François-Xavier Simard ont brossé un portrait aussi minutieux que rigoureux du Franco-Ontarien qui a le plus marqué le dernier quart du XXe siècle. Né à Hawkesbury en 1927, Omer Deslauriers entre chez les Frères des écoles chrétiennes à l’âge de 17 ans (il demeurera en communauté jusqu’à l’aube de ses 43 ans). Deslauriers joue un rôle de premier plan dans l’établissement des écoles secondaires publiques de langue française en Ontario. Son leadership est reconnu et apprécié, il a l’étoffe d’un visionnaire, d’un rassembleur, d’un bâtisseur. Le ministre de l’Éducation, William Davis, s’en rend compte; devenu premier ministre, il fait appel à Deslauriers pour présider le Conseil des affaires franco-ontariennes. Le nouveau président va dès lors jeter les bases de ce qui deviendra, dix ans plus tard, la Loi ontarienne sur les services en français.
Omer Deslauriers a grandi dans le comté de Prescott, au milieu de cultivateurs et fermiers. Il sait que la communauté a besoin d’une institution de formation agricole. Aussi milite-t-il en faveur de la création du Collège agricole d’Alfred, affilié à l’Université de Guelph. Fort de son expérience de lobbyiste pour la cause scolaire, Deslauriers ne tarde pas à découvrir que les Franco-Ontariens demeure souvent trop éloignés des arcanes du pouvoir politique. Aussi décide-t-il de se porter candidat aux élections provinciales du 19 mars 1981, sous la bannière conservatrice. Le premier ministre Bill Davis aurait dû lui offrir le comté (sur) de Prescott-Russell et non le parachuter dans Ottawa-Est, bastion libéral. Le député sortant, Albert Roy, défait aisément Deslauriers. À mon avis, ce saut en politique, dans Ottawa-Est, a été une erreur de jugement.
Peu après les élections de 1981, Omer Deslauriers est nommé premier délégué général de l’Ontario à Bruxelles. Certains ont dit que ce poste était une récompense pour avoir porté le flambeau conservateur dans Ottawa-Est. Les apparences sont trompeuses. Deslauriers avait les compétences d’un diplomate et il en avait fait la preuve dans tous les dossiers qu’il avait pilotés depuis une dizaine d’années. Il a rempli son rôle avec un rare dynamisme, évoluant aisément dans les dossiers éducatif et culturel, comme sur les fronts économique et politique.