Joyce Carol Oates et Agatha Christie

Nicolas Perge et François Rivière, Agatha, es-tu là ? roman, Paris, Éditions du Masque, 2017, 288 pages, 31,95 $.
Joyce Carol Oates, Valet de pique, roman traduit de l’anglais par Claude Seban, Paris, Éditions Philippe Rey, 2017, 224 pages, 27,95 $.

Nicolas Perge et François Rivière, Agatha, es-tu là ? roman, Paris, Éditions du Masque, 2017, 288 pages, 31,95 $. Joyce Carol Oates, Valet de pique, roman traduit de l’anglais par Claude Seban, Paris, Éditions Philippe Rey, 2017, 224 pages, 27,95 $.


19 juin 2017 à 16h43

L’auteure américaine Joyce Carol Oates compte plus de soixante titres à son actif. Le dernier à être traduit en français est Valet de pique, un thriller qui joue allègrement sur des références à Stephen King. Oates nous fait voyager dans le subconscient trouble d’un écrivain à succès.

Cet écrivain est Andrew Rush et se cache dans le New Jersey rural. Il écrit des romans policiers vendus à des millions d’exemplaires. Il a, en fait, une double identité; sous le pseudonyme de Valet de pique, il publie avec grand succès des romans noirs, violents et pervers qui intriguent le monde littéraire tout en scandalisant une partie de son lectorat.

Joyce Carol Oates
Joyce Carol Oates

Rush est accusé d’avoir plagié une dame qu’il ne connaît même pas. Elle se débat comme une folle devant le juge qui réduit en miettes les arguments farfelus de la sexagénaire cinglée. Rush n’est pas le premier à être accusé par cette «sorcière à la crinière blanche qui voulait me détruire». Stephen King a aussi subi le même sort.

Sachant que cette dame est maintenant hospitalisée, Andrew Rush se rend chez elle et, guidé par Valet de pique, lui vole des livres rares (première édition, signés). Par la suite, l’intrigue mêle génie et folie. Hypnotisé par le sombre et cruel Valet de pique, Rush est amené à poser des gestes criminels qui demeurent impunis et à avoir «des pensées qui n’ont rien de convenable».

Joyce Carol Oates a un style efficace, mais elle a la manie agaçante de constamment ouvrir des parenthèses. Parfois un paragraphe complet figure entre parenthèses. De plus, à certains moments, l’intrigue m’a semblé tirée par les cheveux.

L’auteure écrit que la boisson a «le don d’assouvir l’appétit d’un homme, au diable la nourriture». Je ne suis pas d’accord. Boire du vin me fait grignoter du fromage, des craquelins, des noix, des olives, alouette!

Agatha, es-tu là ?

Le 3 décembre 1926, Agatha Christie disparaît mystérieusement. Ce fait réel a donné lieu à plus d’un roman. Le tout dernier est Agatha, es-tu là ? Les auteurs sont Nicolas Perge et François Rivière. Leur originalité consiste à faire intervenir Arthur Conan Doyle, père de Sherlock Holmes, dans la recherche de la célèbre disparue.

L’histoire se déroule sur neuf jours, du 3 au 11 décembre 1926, puis une conclusion en avril 1929. La disparition d’Agatha Christie, qui vient tout juste de publier Le Meurtre de Roger Ackroyd, est orchestrée par la romancière elle-même, avec la complicité de son éditeur et de son majordome.

Agatha Christie
Agatha Christie

Y a-t-il eu fugue, enlèvement ou assassinat? Dans ce roman, la police joue un rôle très secondaire. Ce sont plutôt un animateur de la BBC et Arthur Conan Doyle qui mènent le bal. Christie essaie de passer comme «une fille sans visage, sans nom, sans passé». Conan Doyle imagine que la relation de la romancière avec son mari est à la source de cette disparition. A-t-elle cherché à se venger d’une infidélité…?

Le plus intéressant dans ce roman, à mon avis, c’est l’image que les deux auteurs donnent d’Arthur Conan Doyle. On le décrit comme ayant «complètement passé à côté de cette jeune auteure», comme quelqu’un de «dépassé, fini». On ajoute «qu’il est temps pour lui de tirer sa révérence», qu’il doit être «relégué au rebut… Lui, sa vie, ses livres, son œuvre. Pathétique, non?»

Le roman décrit aussi comment plusieurs femmes voient Agatha Christie. «C’était pas ce qu’on peut appeler une fille bien», elle a «une passion pour l’alcool», son mari aurait pu se débarrasser d’«une pareille effrontée».

Voilà un roman qui nous pousse à voir la vie «comme une chienne toujours prête à mordre». C’est à nous de la dompter, de «déjouer ses attaques et de [nous] prémunir contre ses poisons».

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