«Jack»: dommage pour l’hommage

Le film sur la vie de Jack Layton


11 mars 2013 à 15h48

Jack Layton est décédé le 22 août 2011, mais la trace qu’il a laissée dans la politique canadienne reste gravée dans le cœur de nombreux citoyens.

Moins de deux ans après sa mort, un film retrace sa vie, ses premières batailles politiques, sa relation avec Olivia Chow et la dernière campagne d’élection fédérale où il rafle la place d’opposition officielle au Parti libéral et conquiert le Québec au nez et à la barbe du Bloc québécois.

S’il ne restera pas dans les annales cinématographiques comme un grand chef d’oeuvre, le film a le mérite de nous rappeler qui était ce «bon Jack».

La salle du cinéma Varsity était pleine à craquer pour la première de Jack. Des journalistes, des personnalités publiques et un bon nombre de politiciens de tous bords avaient dans un sens, rendez-vous avec l’histoire.

Plusieurs élus du NPD avaient également pris place devant l’écran, dont la francophone France Gélinas et l’ancien candidat à la mairie de Toronto Joe Pantalone et bien sûr la veuve de Jack Layton, Olivia Chow.

Après un bref discours du producteur, le silence se fait, le film commence. Dès les premières images, on comprend que l’on n’aura pas droit à un grand film hollywoodien. La qualité des images est moyenne, il faut dire que le film a été produit pour la TV, pas pour le grand écran.

Enfin, on découvre Rick Roberts, dont le gabarit ressemble pas mal à Jack Layton et Sook-Yin Lee en Olivia Chow. Les deux personnages principaux du film.

Politique et coulisses

Avec la dernière campagne fédérale en fil rouge, le film fait des allers-retours dans le passé pour montrer les débuts de Jack Layton en politique, lui qui vient d’une grande famille de politiciens, et ses premiers amours avec Olivia Chow.

Le reste suit assez bien la chronologie de sa vie, jusqu’à son décès peu après les élections fédérales.

Ceux qui suivent régulièrement les nouvelles n’apprendront pas grand-chose sur l’œuvre politique de Jack Layton, mais là n’est pas l’intérêt du film. Le long métrage a voulu mettre l’accent sur les coulisses de la vie du leader NPD, ses amis, ses conseillers, ses enfants, sa femme, mais ce faisant a oublié de choisir un angle. On se retrouve donc avec un film n’a pas su choisir entre le documentaire «les coulisses de Jack Layton» et le biopic romancé et poignant, comme peuvent l’être ceux sur Lincoln, Harvey Milk ou d’autres encore.

Comédie romantique

De nombreuses scènes d’amour font sourire et à trop vouloir montrer que Jack et Olivia s’aimaient, on perd en crédibilité, ce qu’a fait remarquer Olivia Chow à la fin de la projection. «C’est un film, Jack et moi ne nous embrassions pas si souvent!»

Une scène montre bien ce point. En pleine campagne fédérale, Jack Layton rentre chez lui pour une dizaine d’heures et à peine arrivé, il comprend que lui et sa femme sont seuls. La caméra nous les dévoile monter les escaliers quatre à quatre vers la chambre comme deux ados. Si on comprend la réalité de la chose, la manière de la montrer semble peu appropriée. On sourit, gêné.

Décevant

Le film est décevant globalement, d’autant plus que ce sont les choix bien visibles de la direction artistique qui le rendent ainsi. Tout d’abord, le choix de faire porter une espèce de masque de latex à l’acteur principal Rick Roberts est largement critiquable.

La ressemblance physique entre les deux hommes suffisait largement. Sur les gros plans, on s’agace de voir le maquillage et les «fakes» sur le visage du comédien, ce qui casse totalement le récit. Les mimiques, les tics de comportement de Jack Layton sont là, mais le surmaquillage gâche tout.

Du côté de Sook-Yin Lee, qui joue Olivia Chow, on y croit beaucoup plus. Moins de maquillage et moins de tralala pour faire monter la mayonnaise. L’actrice joue juste et ne doit pas surinterpréter son rôle comme semble le faire Rick Roberts.

Les personnages, qu’ils interviennent du côté familial ou politique nous font bien rentrer dans l’histoire, mais c’est vraiment du côté de Jack que le bât blesse.

L’autre grande maladresse est le non-choix au niveau du récit. On assiste à une sorte de chronologie sur fond de campagne électorale, le seul aspect du film qui apporte réellement quelque chose au film. Un bon biopic choisit de mettre la lumière sur un passage de la vie en particulier, un événement marquant. Là, on passe un peu tout en revue, mais un peu trop vite et un peu très mal. Dernier point, la réalisation. Entre télésérie du mardi après-midi et comédie romantique, on ne sait pas où l’on se situe, ce qui rend risibles plusieurs scènes.

Reste que l’histoire est touchante et le fait d’être encore si proche de la date du décès nous prend aux tripes. À la fin de la projection, la moitié de la salle versait sa petite larme. L’histoire est belle, triste, et ce film ne lui fait pas honneur.

La première du téléfilm Jack à la télévision de la CBC a eu lieu dimanche 10 mars.

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