Incapable de mourir dignement au Canada

Un récit très personnel de Paul-François Sylvestre

Paul-François Sylvestre, Ma jumelle m’a quitté dans la dignité, récit, Toronto, Éditions du GREF, coll. Athéna no 13, 2017, 128 pages, 30 illustrations, 20 $.

Paul-François Sylvestre, Ma jumelle m’a quitté dans la dignité, récit, Toronto, Éditions du GREF, coll. Athéna no 13, 2017, 128 pages, 30 illustrations, 20 $.


13 février 2017 à 20h26

Depuis la légalisation de l’aide médicale à mourir en juin 2016, il y aurait en moyenne cinq cas par semaine juste en Ontario. La loi fédérale ne garantit cependant pas une pleine éligibilité à ce processus. Notre collaborateur Paul-François Sylvestre raconte comment sa sœur a dû se rendre en Suisse pour mourir dignement. L’auteur de Ma jumelle m’a quitté dans la dignité répond aux questions de L’Express.

Pourquoi la loi canadienne ne s’appliquait-elle pas à votre jumelle?

Ma sœur Paulette souffrait de la sclérose en plaques depuis presque vingt ans, mais elle n’était pas en phase terminale. Sa maladie l’avait forcée à abandonner son poste de professeur à la faculté d’éducation de l’Université de Regina et à se retirer en Colombie-Britannique où le climat lui était plus favorable.

Qu’est-ce qui a poussé votre jumelle à se rendre en Suisse?

La médecine ne pouvait pas alléger ses souffrances physiques et morales. Les spécialistes lui ont dit qu’elle allait simplement continuer à souffrir pendant dix, quinze ou vingt ans, et que sa situation allait constamment dépérir. Paulette a alors soumis une demande à Dignitas (Suisse) pour ce que l’organisme appelle «un suicide assisté».

Dans votre livre, vous parlez plus d’aide médicale à mourir que de suicide assisté…

Parce que Paulette n’a pas cherché à se suicider, mais plutôt à mourir dignement. Je raconte comment elle a expliqué sa décision à ses deux enfants d’abord, puis à moi et à mes autres sœurs. Elle a aussi parlé de sa démarche avec deux neveux et une nièce. Le livre fait largement écho aux témoignages de tous ces proches et démontre comment une mort planifiée peut devenir un geste rassembleur.

L’enfance et le parcours professionnel de votre jumelle est aussi décrit dans Ma jumelle ma quitté dans la dignité.

Oui, j’ai voulu brosser un portrait global de Paulette et cela commence avec notre naissance à Saint-Joachim, petit village canadien-français près de Windsor. J’ai essayé de montrer comment ma jumelle était une femme de caractère, capable de tenir tête à papa, à la directrice de l’école et, plus tard, à ses trois maris.

On peut lire plusieurs courriels échangés entre Paulette et Paul, pas Paul-François. Avez-vous porté deux prénoms?

Les jumeaux étaient Paulette et Paul (elle est née deux minutes avant moi). Comme il y avait trois Paul Sylvestre à Saint-Joachim et que je n’aimais pas me faire appeler Paul Sylvestre II, j’ai décidé d’ajouter mon second prénom une fois rendu à l’université. Mais dans ma famille, c’était Paul et Paulette; le voisin venait voir les bessons.

Ne vous êtes-vous pas donné le beau rôle dans ce récit de fin de vie?

La gémellité y est pour beaucoup. J’ai pris le rôle que Paulette m’a assigné. De par notre relation, je suis en quelque sorte devenu la centrale des communications entre tous les membres de ma famille. Il y a eu certains moments de tension que j’ai pu heureusement désamorcer. J’ai raconté les épisodes comme ils se sont déroulés, sans fard ou autocongratulation.

Quelques lecteurs n’auront-ils pas la larme à l’œil en lisant certains passages?

La naissance d’une nièce au moment où la tante s’apprête à mourir est évidemment touchante. La description détaillée du suicide assisté en Suisse et la transcription des dernières paroles de Paulette vont certes faire vibrer des cordes sensibles. C’est la première fois au Canada français et anglais qu’un livre raconte une mort dans la dignité sous toutes ses facettes.

Le livre est abondamment illustré. Quels genres de photos y retrouve-t-on?

Photo de lorsque nous étions enfants, photo de la maison familiale, photos du premier et deuxième mariage de Paulette, photo de ses enfants, neveux et nièce, photos de ses deux aides naturelles, etc. La photo la plus captivante a été prise la veille de la mort de Paulette, avec ses deux enfants, sur une terrasse à Zurich, verre de bière à la main, sourire aux lèvres.

Inscrivez-vous à nos infolettres gratuitement:

Récemment

Restez à jour dans votre propre fil d'actualité

Vieux jeu: affronter les fantômes du passé

Jacques Godin et Anthony Therrien dans Vieux jeu.
Partie parfaite pour Jacques Godin
En lire plus...

17 octobre 2017 à 15h30

Champion de la conservation des sols

Eric Kaiser ne se doutait pas que ses pratiques allaient devenir exemplaires.
Eric Kaiser voulait seulement empêcher sa terre de disparaître dans la baie
En lire plus...

17 octobre 2017 à 15h21

On est de plus en plus «connecté» sur notre santé

Les médecins se méfient encore des bidules permettant à leurs patients de mesurer eux-mêmes leur état de santé. (Photo: Hamza Butt / Flickr / Creative Commons)
Applications capables de surveiller poids, tension, glycémie, alimentation, exercice...
En lire plus...

17 octobre 2017 à 14h44

Ateliers de théâtre

1-1
Amoureux du théâtre bonjour, Vous êtes francophone ou francophile? Ekin Agency Arts offre des ateliers de théâtre intensifs en francais Coprs, espace et voix: – prise de parole en...
En lire plus...

ONU: on attend beaucoup du Canada

L'ambassadeur du Canada à l'ONU, Marc-André Blanchard.
Des objectifs de développement durable ambitieux
En lire plus...

16 octobre 2017 à 18h54

Un jardin de plantes médicinales cérémoniales chez Manuvie

Devant le jardin au QG de Manuvie: le sous-ministre adjointy Shawn Batise;  Peter Wilkinson, vice-président principal des Affaires réglementaires et publiques à la Financière Manuvie; l'ainé Gary Sault de la Première Nation mississauga de New Credit; David Zimmer, le ministre ontarien des Relations avec les Autochtones et de la Réconciliation; la sous-ministre Deborah Richardson.
Réconciliation avec les Premières Nations
En lire plus...

16 octobre 2017 à 18h06

Un «happening» sur l’enracinement de la francophonie à Toronto

Marie-Claire Marcotte et Maxime Robin (Photo:Manuel Verreydt)
Pour les 50 ans du TfT
En lire plus...

16 octobre 2017 à 9h00

Profitez de votre soirée dans Yorkville

Le Heliconian Hall: la seule église en bois encore debout à Toronto.
Avant et après le concert de Benoît LeBlanc au Heliconian
En lire plus...

16 octobre 2017 à 8h55

Lisa Simone: 1000 vies pour atteindre la sérénité

Lisa Simone (Photo: Alexandre Lacombe)
À la place des arts de St. Catharines le 26 octobre
En lire plus...

16 octobre 2017 à 8h53

Un mystérieux portrait de la princesse Anastasia

Jim Watt et Veronica Kvassetskaia-Tsyglan tenant le portrait d'Anastasia.
Bientôt dévoilé au Arts and Letters Club de Toronto
En lire plus...

16 octobre 2017 à 8h52

Pour la meilleur expérience sur ce site, veuillez activer Javascript dans votre navigateur