Immigration francophone: le 5 % durant «le premier mandat», dit le NPD

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La députée néo-démocrate sortante, France Gélinas.


4 juin 2018 à 16h00

En matière d’immigration francophone, le Nouveau Parti démocratique (NPD) promet de faire vite. Les troupes d’Andrea Horwath entendent bien faire grimper rapidement le nombre de nouveaux arrivants francophones dans la province. Un taux toujours bloqué entre 2 et 2,5 % depuis plusieurs années.

«Nous ne nous contenterons pas d’établir une cible: nous élaborerons un plan pour y parvenir, avec des buts précis et mesurables. Nous anticipons atteindre la cible de 5 % d’immigration francophone dès notre premier mandat», peut-on ainsi lire dans les réponses du NPD au questionnaire préparé par l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO).

Doubler l’immigration francophone avant les prochaines élections éventuellement en 2022? Sur le terrain, certains candidats persistent et signent. Lors du débat dans Ottawa-Vanier en fin de semaine dernière, la néo-démocrate Lyra Evans n’y allait pas par quatre chemins: «J’aimerais que le seuil de 5 % soit respecté chaque année. J’aimerais le voir d’ici la fin de 2019. Nous pouvons le faire en veillant à ce que les services soient accessibles et bien financés.»

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La candidate néo-démocrate dans Ottawa-Vanier, Lyra Evans. Crédit image: Facebook Lyra Evans

Pour la porte-parole néo-démocrate sortante aux Affaires francophones, France Gélinas, la cible de 5 % fixée par les libéraux en 2012 est avant tout une question de volonté.

«Les libéraux ont défini un but à atteindre et c’est tout. Ce que nous proposons, c’est de mettre en place un plan d’action robuste avec plusieurs stratégies qui seront vérifiées, évaluées et revues régulièrement. Ce plan n’est pas encore disponible, mais on n’atteint pas nos buts juste en espérant.»

Mais la stratégie du parti orange est quelque peu floue.

«On a commencé à évaluer les stratégies gagnantes», poursuit-elle. «On a entrepris des collaborations avec le Nouveau-Brunswick, qui s’est aussi donné des buts similaires. Mais il faut prendre le temps d’en parler avec la communauté francophone et les acteurs dans le domaine de l’immigration avant d’annoncer à quoi ressemblera le plan final.»

Selon les données obtenues en mars dernier par #ONfr de la part d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC), il y aurait eu 2 650 résidents permanents francophones en 2017, contre 2 380 pour l’année précédente.

Des chiffres démontrant que l’immigration francophone représente 2,36 % des résidents permanents (contre 2,1 % pour 2016). Bien loin dès lors du fameux 5 %, mais en légère augmentation.

Pas si facile d’arriver à 5 %

Professeure de géographie sociale à l’Université d’Ottawa, Luisa Veronis a beaucoup étudié le thème de l’immigration et des mobilités des populations. Pour elle, l’ambition du NPD est légitime… à quelques nuances près. «Ils peuvent l’augmenter, mais l’atteindre sera quand même moins facile.»

Pour elle, l’intention d’un gouvernement éventuellement dirigé par Andrea Horwath ne suffira pas. La communauté francophone doit aussi mettre la main à la pâte. «Le Programme ontarien des candidats à l’immigration (POCI) doit aussi mobiliser les employeurs pour les inciter à embaucher, et faciliter le recrutement de francophones. Il faut aussi faire des accords avec le gouvernement fédéral pour accroître le nombre d’étudiants internationaux.»

Le hic, c’est que le gouvernement ontarien a plus ou moins les mains liées quant à l’immigration francophone. Des quelque 100 000 résidents permanents arrivant chaque année en Ontario, seulement 6 600 sont choisis en vertu du Programme ontarien des candidats à l’immigration (POCI). Un chiffre augmenté de 600 demandes par rapport à 2017. Le reste est avant tout une compétence du gouvernement fédéral.

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Le ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, Ahmed Hussen, et la ministre ontarienne des Affaires civiques et de l’Immigration, Laura Albanese. Crédit image: Archives #ONfr

Sans toutefois revenir sur ces chiffres, lAccord Canada-Ontario sur l’immigration (ACOI) signé fin avril prévoit des séances d’information, des conférences Web, des salons de l’emploi et des forums, citant Destination Ontario français, pour dynamiser l’immigration francophone.

Interrogée durant le débat d’Ottawa-Vanier la cible 5 %, la candidate libérale Nathalie Des Rosiers a justifié les difficultés de son parti. «L’Ontario a une croissance économique extraordinaire. Beaucoup de gens veulent venir en Ontario. Quand il y a beaucoup de gens qui viennent, c’est beaucoup plus difficile d’atteindre la cible de 5 %. Par rapport au Nouveau-Brunswick, au Manitoba, on a beaucoup plus d’immigrants francophones qui viennent ici, mais proportionnellement, ça ne remplit pas la cible de 5 %.»

Cette capacité de la province à attirer du monde pourrait aussi représenter un atout pour Mme Veronis. «L’Ontario pourrait s’appuyer beaucoup sur l’insatisfaction des immigrants qui viennent par exemple du Québec ou même de la Nouvelle-Écosse, leurs premières destinations, pour venir s’installer en Ontario.»

Le NPD, des belles paroles?

Reste que ce n’est pas la première fois dans cette campagne électorale que le NPD fait des promesses aux Franco-Ontariens. Plusieurs candidats néo-démocrates à l’instar de Guy Bourgouin (Mushkegowuk-Baie James) ou France Gélinas (Nickel Belt) s’étaient prononcés en faveur du bilinguisme officiel de la province.

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Le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), Carol Jolin. Archives #ONfr

«Il y a toujours des paroles agréables à entendre», confie le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), Carol Jolin, un tantinet prudent. «À 2 % d’immigration francophone, on sait que ça sera difficile de maintenir notre démographie, mais le dossier dépend beaucoup du gouvernement fédéral.»

Pendant ce temps, les libéraux ne cessent d’ironiser sur les annonces néo-démocrates. «Il n’y a rien dans leur plateforme francophone, hormis une mention à l’Université de l’Ontario français», ont rappelé tour à tour Nathalie Des Rosiers, et la ministre sortante des Affaires francophones, Marie-France Lalonde.

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