Il y a 150 ans: de l’idée d’une union maritime à celle d’une fédération

La conférence de Charlottetown en 1864: murale de John McCallum réalisée en 2000 et accrochée en 2013 dans le Holman Grand Hotel de la capitale de l'IPE. (Photo: Jacinthe Laforêt)


12 juillet 2017 à 13h35

On le sait, car on le fête ou on en débat depuis le début de l’année: il y a 150 ans, quatre colonies de l’Amérique du Nord britannique se regroupaient pour former le Dominion du Canada. L’idée n’a cependant pas jailli spontanément un 1er juillet 1867.

Au printemps 1864, la Nouvelle-Écosse, le Nouveau-Brunswick et l’Île-du-Prince-Édouard avaient envisagé la possibilité d’une union maritime.

Les assemblées législatives de ces colonies avaient approuvé des résolutions pour nommer des délégués à une conférence sur ce thème, mais rien d’autre ne s’était fait jusqu’à ce que la Province du Canada (regroupant l’Ontario et le Québec) entende parler du projet.

Les dirigeants de la Province du Canada demandèrent alors la permission d’assister à la réunion pour lancer l’idée plus vaste d’une union de l’Amérique du Nord britannique.

Les trois colonies maritimes durent planifier une conférence à laquelle participeraient les «Canadiens». Après de longues délibérations, elles décidèrent de se rassembler à Charlottetown en septembre 1864.

Terre-Neuve demanda tardivement (le 18 août) la permission d’y participer aussi, mais la colonie n’a pas réussi à organiser une délégation à temps.

Les délégués à la conférence de Charlottetown en septembre 1864. (Photo: Bibliothèque et Archives Canada/PA-091061)
Les délégués à la conférence de Charlottetown en septembre 1864. (Photo: Bibliothèque et Archives Canada/PA-091061)

Une Île réticente

La documentation laisse entendre que le gouvernement de l’Île-du-Prince-Édouard refusa de participer à toute conférence puisqu’il s’opposait à l’union maritime, mais ce fut néanmoins à Charlottetown qu’eut lieu la conférence.

La majorité des délégués de l’Île voyaient peu d’avantages à se joindre à l’union des colonies de l’Amérique du Nord britannique.

Cependant, ses délégués commencèrent à s’intéresser à l’idée d’une union élargie, surtout après que les autres colonies proposèrent que le nouveau gouvernement finance l’achat de grandes parcelles de terrain, en guise de solution au problème des propriétaires terriens non résidents. Et l’Île en comptait un très grand nombre.

Les délégués canadiens atteignirent Charlottetown par bateau à vapeur le matin du 1er septembre. Quelques délégués de l’Île accueillirent les visiteurs dans une barque.

Les Canadiens observateurs

Les travaux officiels commencèrent l’après-midi même, avec la nomination du comité directeur. Comme la conférence suivait le protocole parlementaire, les Canadiens y assistèrent à titre d’observateurs. Ils firent leur présentation sur l’union le jour suivant, à l’invitation des délégués des colonies maritimes.

Dès le début de leur présentation, tout débat sur une union maritime disparut de l’ordre du jour de la conférence.

Comme les débats eurent lieu à huis clos, il existe peu ou pas de compte rendu de ce qui s’est dit au cours de ces réunions. Cependant, on sait que George-Étienne Cartier et John A. Macdonald ont présenté des arguments en faveur de l’union, qu’Alexander Galt a discuté des arrangements financiers possibles et que George Brown a esquissé la forme que pourrait prendre un gouvernement d’union.

Aussi, un article donnant un aperçu des travaux, attribué à Jonathan McCully, paraît dans le Morning Chronicle de Halifax, le 10 septembre 1864.

Camaraderie importante

Il n’y eut pas que des discussions d’affaires au cours de cette conférence. Les divers évènements mondains qui se déroulèrent en marge des travaux furent aussi importants, car les délégués établirent une camaraderie et articulèrent un but commun précis.

On compte parmi ces mondanités le fameux déjeuner aux huîtres et au champagne à bord du bateau des délégués canadiens, des déjeuners chez les délégués et les représentants locaux, des excursions au bord de la mer et un grand bal dans l’édifice de l’Assemblée législative.

La lettre qu’écrit George Brown à sa femme pendant la conférence donne une description très vivante de ces évènements.

La conférence de Charlottetown prit fin le 9 septembre 1864, mais les délégués continuèrent de se retrouver à Halifax, à Saint-Jean et à Fredericton. Ils décident que l’idée d’une union de l’Amérique du Nord britannique avait suffisamment de mérite pour justifier la poursuite des discussions et une planification officielle.

Dans cette optique, ils planifièrent une deuxième conférence qui eut lieu en octobre de cette même année 1864, à Québec, dans un édifice remplacé aujourd’hui par le Château Frontenac.

Voté à Londres

Les délégués des colonies préparent un texte connu comme «les 72 Résolutions», ou Résolutions de Québec, qui servent de base aux travaux de la Conférence de Londres, qui commencera au Westminster Palace Hotel en décembre 1866.

Un projet de loi est rédigé et soumis à la reine et à la Chambre des lords en février 1867. L’Acte de l’Amérique du Nord britannique obtient la sanction royale le 29 mars, et les délégués du futur «Dominion du Canada» retournent dans leurs colonies respectives pour proclamer l’union le 1er juillet.

Ce n’est qu’en 1873 que l’Île-du-Prince-Édouard, où tout avait commencé, rejoint la fédération canadienne. Après le Manitoba (1870), les Territoires du Nord-Ouest (1870) et la Colombie-Britannique (1871), mais avant le Yukon (1898), l’Alberta (1905), la Saskatchewan (1905), Terre-Neuve-et-Labrador (1949) et le Nunavut (séparé des T-N-O en 1999).

L'édifice de l'Assemblée législative de l'île-du-Prince-Édouard (depuis 1847) où s'est déroulée la conférence de Charlottetown. (Photo: La Voix acadienne)
L’édifice de l’Assemblée législative de l’île-du-Prince-Édouard (depuis 1847) où s’est déroulée la conférence de Charlottetown. (Photo: La Voix acadienne)

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