Hot Docs – Plongée dans l’Haïti d’après-séisme

Analyse d’un fiasco

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Il y a un peu plus de trois ans, Haïti était frappé par un séisme hors norme qui a frappé la capitale Port-au-Prince et jeté dehors des millions de personnes. L’aide internationale a afflué, les ONG sont arrivées en masse, mais trois ans après, où en est-on? Raoul Peck, réalisateur haïtien vivant en France a profité de sa popularité sur son île, et de son accès à des sources privilégiées pour suivre pendant deux ans la reconstruction du pays et surtout le fiasco de l’aide humanitaire, auquel il s’attendait largement. Son film Fatal Assistance retrace ces deux ans et donne accès à des témoignages poignants des locaux et des responsables sur place.

«Il ne faut pas voir le film comme un cliché (sur le ratage de l’aide humanitaire), c’est avant tout le résultat de 60 ans d’aide au développement et d’aide humanitaire. Le séïsme c’est simplement le dernier exemple massif qui montre que cela ne peut pas marcher comme ça», dit-il d’emblée en entrevue dans le hall du Théâtre Isabel Bader où son film était projeté samedi soir dernier.

Devenir maître de son histoire

«On a vu un des plus grands élans de générosité du monde entier, à part peut être le tsunami et c’est aussi la plus grande concentration d’organismes donc il y a une vraie tentative de récupérer le storytelling», explique Raoul Peck.

Le documentaire déborde d’entrevues de responsables politiques Haïtiens, mais aussi étrangers, de directeurs d’ONG, de locaux qui montrent que l’Île ne maîtrise plus la manière dont son actualité se répand dans les médias.

«En Afrique c’est pareil, vous croyez que le Congo maîtrise la manière dont on raconte son histoire. C’est une bataille de fond et les médias reproduisent les mêmes clichés et un certain nombre de concepts qui permettent d’enterrer le problème fondamental qui est la structure de l’intervention» résume Raoul Peck.

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Le réalisateur, qui a fait de nombreux aller-retour entre la France et Haïti pendant le tournage insiste particulièrement sur le rapport de force qui existe entre un État faible et l’argent des puissants qui possèdent les moyens de raconter l’histoire. Les médias sont restés quelques mois sur place et ont raconté ce qu’ils voyaient, la pauvreté, le désastre sanitaire, les ruines, etc.

«On entend ce qui se passe, mais ça ne reste pas», précise-t-il.

C’est pourquoi Raoul Peck souhaitait étaler son documentaire sur plusieurs années, pour voir comment cela allait évoluer.

Un discours solide

«Dès le départ je voulais raconter l’histoire à partir des lieux de pouvoir et de donner la parole aux vis-à-vis Haïtiens», de dire Raoul Peck. «Le film met des visages, des points de vue différents à l’image.

«Je savais que j’avais l’accès et j’ai profité de mes relations politiques et de ma célébrité dans mon pays. J’ai pu établir un rapport de confiance pour observer de l’intérieur le processus de reconstruction», explique-t-il.

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Il ne voulait absolument pas se retrouver avec juste «un moment» mais asseoir son film et son discours sur quelque chose de solide. «Je voulais un film qui permette la discussion et pas qu’on puisse balayer l’argument d’un revers de la main. J’avais une ou deux équipes sur place pendant deux ans et je suis en relation avec Haïti tous les jours. Je ne suis pas de la diaspora, je suis d’ici et ils ne peuvent pas me mentir.»

www.hotdocs.ca/film/title/fatal_assistance

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