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Hommage au Bois Caïman, source de l’indépendance haïtienne

Plus qu'une commémoration, un acte de protestation

Cérémonie du Bois Caïman: oeuvre d'Ulrick Jean-Pierre, peintre américain d'origine haitienne, connu pour ses oeuvres relatant l'histoire d'Haïti.
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L’organisation Moyo Wa Africa, dédiée à la décolonisation des peuples africains, proposait récemment une commémoration en hommage à la cérémonie du Bois Caïman, qui serait à l’origine de la guerre d’indépendance haïtienne.

Amai Kuda est une artiste aux multiples facettes. C’est une chanteuse, compositrice et activiste canadienne. C’est aussi une sangoma, ou guérisseuse en langue sud-africaine. Son nom signifie «mère à la volonté du créateur» en langue Shona.

À l’origine de la célébration  

Amai Kuda, co-fondatrice de l’organisation Moyo Wa Africa, co-animait cette cérémonie le samedi 14 août à Queen’s Park. Elle s’est présentée en relais des ancêtres africains.

«C’est pourquoi je suis ici et que je me suis senti appelé à faire ce travail, car c’est ma mission de travailler comme représentante de mes ancêtres», dit-elle.

Ce que dit l’histoire 

Daphnée Nostrome, co-animatrice de la célébration, est originaire d’Haïti. Sa présence à la cérémonie est plus que symbolique, car ses arrière-grands-parents avaient pris part à la révolution haïtienne.

Daphnée Nostrome bénit les quatre directions au tabac. Elle explique que cette pratique est commune à celle de Premières Nations pour lesquelles le tabac possède un pouvoir de guérison.

Elle raconte que dans la nuit du 14 août 1791, une réunion d’esclaves fugitifs a donné lieu à la cérémonie de Bois Caïman où s’étaient réuni les Houngan (prêtres vaudous) et Mambo (prêtresses vaudoues) qui allaient préparer spirituellement, les esclaves rebelles.

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Après la cérémonie, une série de révoltes, couronnées par la victoire de ces esclaves contre les puissantes armées de l’Empire esclavagiste de Napoléon Bonaparte, auraient mené plus tard à la proclamation de l’indépendance d’Haïti, le 1er janvier 1804.

Bwa Kayiman Haïti 1791, tableau de Nicole Jean-Louis, artiste peintre haïtienne. On y retrouve les personnages principaux de cette cérémonie historique Dutty Boukman (grand homme à droite), Mambo Marinette (femme à la machette au centre) et Cecile Fatima (femme au teint clair à droite).

La spiritualité contre le racisme

Lors de la cérémonie, Amai Kuda explique en quoi la spiritualité et le fait de lutter pour préserver les traditions à son importance au moment où l’on parle de lutte contre la discrimination.

«En fait, même si le racisme a des conséquences matérielles, on sait que c’est un construit qui n’est pas palpable. Il est toutefois réel et ils nous heurtent. Alors, je crois que quelque chose que nous ne pouvons pas voir, nos ancêtres, peut être une des clefs, de la solution.»

Le public, vêtu de blanc pour l’occasion, formait un cercle symbolique autour des artistes. Seuls les individus d’origine africaine composaient ce cercle, les autres étaient appelés à soutenir la manifestation depuis l’extérieur du cercle.

Des pratiques diabolisées

Daphnée Nostrome a rappelé que, parmi les divinités communes à plusieurs religions africaines, et pratiquées dans les communautés de la diaspora descendante d’esclaves africains, il n’y avait pas de représentant ou d’équivalent du diable.

La religion catholique, imposée aux esclaves, aurait diabolisé ces pratiques pour qu’elles n’aient plus cours dans les colonies. Plus tard, Hollywood et d’autres médias occidentaux les auraient assimilés à des rites sataniques, les connotant négativement. 

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Daphnée rappelle les valeurs du vaudou qui seraient l’amour, l’harmonie avec la nature, et le respect de la vie. Elle évoque la divinité Éshu, qui permet de surmonter les obstacles de la vie.

«Dans les religions Ifa, Santeria, Vaudou, et dans beaucoup de traditions, il n’y a pas de concept satanique ou de diable. On parle plutôt de fourbe. Celui qui vous joue des tours pour que vous puissiez de vous-même, retrouver votre chemin. Le demi-dieu Éshu (ou legba pour le vaudou haïtien) est la personnification de cela.»

Des traditions résilientes

Pour Amai Kuda, les ancêtres ont réussi l’impossible en survivant à la traite négrière, tout en préservant leurs traditions des interdits de l’oppresseur. Elle décrit le public présent comme une «tapisserie représentant les vestiges d’une civilisation brisée».

Selon l’activiste, l’évangélisation et le baptême, lors de la colonisation européenne des peuples africains, ont contribué à la tentative de destruction identitaire des colonisés et des déportés.

«D’être baptisé et marqué, c’est ce qui a fait ces peuples passés de l’état d’homme libre à l’état d’esclave. Le baptême était la clef, car cela vous enlevait vos traditions, l’une des choses les plus puissantes que nous ayons tous, en tant qu’être humain», explique-t-elle.

Capoeira est une forme d’art martial qui combine la légitime défense avec la musique et l’acrobatie. Il a été développé au Brésil il y a plus de 400 ans, par ceux qui étaient autrefois des esclaves. Ici des capoeiristes du groupe Sapo Capoeira se préparent à une démonstration. Gerdson Dias Alves dit  »Sapo » est en premier plan.

Pourquoi Queen’s Park?

«Nous avons pratiqué nos traditions dans des coins secrets, dans des coins sombres depuis bien trop longtemps, que de se cacher est devenu partie de notre mémoire génétique.»

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Au premier plan: Lady Son, chanteuse, percussionniste cubaine, Yoruba, religion originaire du sud-ouest du Nigeria, dans les régions adjacentes du Bénin et du Togo. Au second plan: Y Joséphine, chanteuse percussionniste vénézuélienne.

Amai Kuda explique qu’en premier lieu, elle avait éprouvé une sensation d’inconfort à l’idée de pratiquer cette cérémonie en public, dans un parc. Puis, elle dit avoir réalisé que, face à l’oppression, les pratiques inoffensives de ces traditions ancestrales ont été dissimulées trop longtemps.

«C’est ouvert au public, il n’y a rien à cacher, rien de honteux. Bien que nous comprenions qu’il y a plusieurs aspects de la spiritualité qui sont privés , mais il n’y a rien de mal à faire appel à ses ancêtres au grand jour.  C’est une déclaration, c’est une protestation, mais il s’agit aussi d’un processus de guérison.»   

Fidèle aux traditions des ancêtres africains, des percussionnistes, danseurs, poètes étaient présents lors de la manifestation du 14 août pour rendre hommage aux combattants haïtiens. Ici: Fumu Jahmez danseur, chanteur, chorégraphe d’origine congolaise.

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