Herculine Poirotte est de retour… et un étrange roman

Catherine Sylvestre, La Vieille Fille et le photographe, roman, Montréal, Éditions Alire, 2018, 342 pages, 24,95 $.
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Catherine Sylvestre (aucun lien de parenté) a d’abord publié La Vieille Fille et la mort (2015) et nous offre maintenant La Vieille Fille et le photographe.

Protagoniste et narratrice du roman, Catherine Sylvestre est le pseudonyme de Francine Pelletier, auteure québécoise estimée et primée. Elle n’est pas une vieille fille, plutôt une partenaire indépendante de son chum Yves Tremblay, alias le «sergent-détect’Yves».

Dans ce second roman sous pseudonyme, Catherine est toujours fouineuse et détective amateur. Elle lance un clin d’œil au héros d’Agatha Christie et adopte le sobriquet Herculine Poirotte… qui «n’a rien d’un poireau, elle est un navet qui fait patate!».

Le roman est truffé de jeux de mots. Outre ceux déjà notés ci haut, il y en a quelques-uns sur le personnage Phil qui passe… un coup de Phil, et «ça continue de Phil en aiguille». Bien entendu, «mon ami Phil un mauvais coton». Un chapitre s’intitule «Sois belle[-mère] et tais-toi», un autre «Ô ciel, qui répondra à mes appels?»

Catherine Sylvestre aime parler à ses lecteurs en pleine narration. Elle écrit, par exemple: «Là, mes amis, si je n’avais pas déjà les fesses posées dans un fauteuil, je tomberais sur le cul.» Ou elle décrit une situation «tellement absurde, impossible, irréelle – ajoutez ici un adjectif de votre choix, le résultat est le même».

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L’auteure invite le lecteur à jouer un rôle de fond: «Ici, veuillez insérer une pièce musicale de votre choix, à condition que ça inclue des trémolos de violon.» Elle a d’ailleurs prévenu le lecteur (première page) que son roman est une histoire inventée. «J’aime autant vous en avertir… car puisqu’un lecteur averti en vaut deux, j’espère bien doubler mon lectorat.» Elle est bonne celle-là!

Avec tout ça, je ne vous ai pas parlé de l’enquête que Catherine Sylvestre alias Herculine Poirotte va mener à son corps défendant. Une dame lui demande de trouver son mari disparu-pas-disparu pour lui demander de reprendre contact. «Cette femme est si habile à nier ce qui la dérange qu’elle parvient à oblitérer ses crimes de son esprit.»

En cours de route s’ajoute une «potentielle-éventuelle-supposée disparition-fuite-escapade», de quoi donner du piquant à un récit déjà corsé. On navigue dans le milieu de l’édition et des beaux-livres, où un conflit d’intérêt ne devrait pas être un mobile de meurtre, a priori du moins.

Comme plusieurs romans publiés ces dernières années, celui-ci a son assaisonnement «orientation sexuelle». Le père, sa fille et un ami sont de la grande famille LGBT.

La Vieille Fille et le photographe est un roman où on sent que l’auteur s’est bien amusée à piocher sur son clavier complice, avec un cockatiel perché sur le mont Épaule (voir couverture).

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Yves Pagès, Encore heureux, roman, Paris, Éditions de l’Olivier, 2018, 320 pages, 29,95 $.

Encore heureux

À l’occasion du 50e anniversaire des événements de Mai 68 en France, le Français Yves Pagès publie un roman intitulé Encore heureux. Encore faut-il se retrouver dans l’étrange architecture de ce livre qualifié par l’éditeur de «bombe littéraire»… si on trouve la mèche à allumer.

Pour raconter l’histoire de son personnage Bruno Lescot, l’auteur nous lance 75 pages où chaque paragraphe est un «Attendu que…». Il joint à ce fastidieux exposé des motifs une série de coupures de presse, une étude de cas, une audition des témoins et une contre-enquête.

Vous aurez compris que Bruno Lescot fait l’objet d’un procès. Dès l’âge de cinq ans, il est décrit comme «un incorrigible dépravé». Plus il grandit plus il collectionne les délits. Il finit par être «inculpé d’outrages à un agent, de dégradation de bâtiments publics, de recel de matériaux explosifs et d’incendie volontaire d’un car de police».

Le livre est dédié «au bénéfice du doute». Je me permets donc de douter de l’efficacité explosive d’Encore heureux. Les centaines d’«Attendu que…» ont fini par embrouiller ma lecture des preuves à conviction.

Yves Pagès a beau décrire «un diablotin à la gueule d’ange», il n’a pas réussi à retenir toute mon attention durant la lecture de ce polar d’allure oulipienne. Je n’ai finalement pas trouvé la mèche pour allumer la soi-disant bombe littéraire.

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