Fermer les rues aux voitures: mauvais pour le commerce?

À travers le monde, le confinement a entraîné toutes sortes de réaménagements urbains, plusieurs impliquant la fermeture de rues commerciales aux voitures. Bien que les commerçants y aient d’abord vu une menace pour leurs affaires, des études disent le contraire.
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Publié 28/06/2020 par Maxime Bilodeau

À travers le monde, le confinement a entraîné toutes sortes de réaménagements urbains, plusieurs impliquant la fermeture de rues commerciales aux voitures. Bien que les commerçants y aient d’abord vu une menace pour leurs affaires, des études disent le contraire.

Ce printemps, la Ville de Montréal a annoncé vouloir implanter 327 km de nouvelles voies piétonnes et cyclables à travers la métropole.

Même intention à Québec, où l’administration municipale multiplie les rues exclusives aux piétons et cyclistes — elle comptait six artères commerciales (sur 12) piétonnisées au début juin.

À New York, Oakland (Californie), Kansas City et ailleurs aux États-Unis, les autorités ont fermé des rues à la circulation et autorisé des restaurants à y installer des tables. À Paris, certaines rues sont décrites comme des «boulevards à vélos».

À Toronto, la rue Yonge a été réservée aux piétons deux dimanches l’été dernier.

Bon pour les affaires

La transformation n’est pas toujours bien accueillie par les marchands. Mais de nombreux travaux ont conclu que le retrait de la circulation automobile des rues commerçantes est généralement bon pour les affaires.

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Un rapport sur la question publié en 2011 par le ministère de la Transition écologique et solidaire de France établissait que les impacts économiques globaux de la piétonnisation étaient assez positifs.

Une étude réalisée en 2008 à Melbourne, en Australie, révélait que la conversion de places de stationnements en pistes cyclables avait un impact positif sur le chiffre d’affaires des commerces riverains.

Une étude réalisée en 2012 par des chercheurs de l’Université de Portland, en Oregon, révélait pour sa part que les piétons et cyclistes consommaient autant, sinon plus, que les automobilistes à chacune de leurs visites, qui sont plus fréquentes.

Une enquête réalisée pour le compte de la Ville de Québec en 2018, dans la foulée de l’installation controversée d’une bande cyclable sur la 3e avenue dans le quartier Limoilou, indiquait que les plus grands consommateurs se déplacent près de 80 % du temps à pied ou sur deux roues.

Une rue piétonne de la vieille ville de Stockholm en Suède.

Les facteurs de succès

À Montréal même, ce n’est pas la première fois que la question se pose: la piétonnisation en été de la rue Sainte-Catherine Est, à la hauteur du Village gai, est une histoire couronnée de succès depuis près de 15 ans.

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En 2016, soit une décennie après le lancement du projet, la Société de développement commercial du Village faisait notamment état d’un taux d’inoccupation des locaux moindre que sur d’autres artères commerciales montréalaises.

Dans un mémoire de maîtrise en géographie publié en 2011, une étudiante de l’Université du Québec à Montréal (aujourd’hui conseillère en aménagement à la Ville de Montréal) analysait d’ailleurs les «facteurs favorisant le processus de piétonnisation dans le contexte nord-américain . Pour ce faire, elle se penchait sur les cas spécifiques de l’avenue Mont-Royal, au début des années 2000, et de la rue Sainte-Catherine Est.

Ses conclusions: parmi les prérequis pour favoriser la réussite de tels projets, «l’importance du pouvoir de l’ensemble des acteurs impliqués dans la prise de décision finale» est déterminante. La prise de décision «semble peu liée au projet en tant que tel, à ses impacts, mais davantage à la localisation du leadership […], dans notre cas celui des sociétés de développement commercial», écrit-elle.

Autrement dit: une forme de consultation des principaux groupes concernés, garante d’acceptabilité sociale, semble nécessaire à une piétonnisation réussie. Sans réunions, communications et autres sondages d’opinion, les différents acteurs, commerçants comme citoyens, se sentent peu concernés par le projet, et ce, même s’il répond en théorie à leurs besoins.

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