Faire preuve de résilience pour passer de la honte à la fierté

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Michel Dorais, spécialiste bien connu des questions de la diversité sexuelle, a mené en 2013 une enquête auprès de 259 jeunes LGBT québécois (14 à 21 ans).

Avec son équipe, il les a interrogés sur les relations avec leur famille et leurs pairs, le processus de découverte et de révélation de leur différence, l’expérience de l’intimidation, les idées dépressives ou suicidaires, mais aussi leurs amours, leurs projets de couple ou de famille et leurs espoirs pour l’avenir. Touchants et éloquents, les témoignages de ces ados sont consignés dans De la honte à la fierté. 250 jeunes de la diversité sexuelle se révèlent.

L’âge moyen des répondants était de 18 ans. Un peu plus de femmes (54%) que d’hommes (43%) ont répondu au questionnaire; 3% des jeunes se disent de sexe «autre», le plus souvent transgenres ou transsexuels.

Les résultats indiquent que 75% des répondants ont des désirs principalement ou exclusivement homosexuels, mais que 65% ont des relations selon leurs désirs. «Les filles sont trois fois plus nombreuses à avoir des désirs bisexuels que les garçons.»

Une majorité pense que l’orientation sexuelle a un caractère biologique; seulement 15 sur 259 y voient une anomalie ou une déviance. De ce nombre, les garçons sont plus nombreux; «il n’est pas étonnant que ces répondants présentent plus de problèmes dépressifs et d’isolement associés à leur orientation sexuelle».

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En moyenne, l’ado découvre son attirance pour une personne de même sexe vers 13 ans (12,5 chez les garçons et 13,9 chez les filles). C’est entre 14 et 18 ans que les répondants sont le plus nombreux à avoir «vécu un premier «rapprochement physique» avec un partenaire de même sexe».

L’étude utilise le mot «révélation» pour désigner la sortie du placard ou le coming out. Les répondants se confient d’abord à des amis ou collègues (91%), puis à leurs parents (75%) et ensuite à leurs frères et sœurs (59%); les grands-parents ferment la marche avec 34%.

Un garçon de 20 ans affirme: «avoir eu peur de décevoir mes parents, de les mettre en colère et qu’ils soient déçus de ce que je serais devenu à leurs yeux en leur disant. Toutefois, après quelques semaines, dans mon cas, tout s’est replacé. Ç’a été pour moi un grand soulagement.»

La révélation aux parents est souvent la plus redoutée chez plusieurs ados. Pourtant, elle demeure rarement pire que prévue, parfois même meilleure: «J’avais peur qu’ils ne m’acceptent plus comme membre de la famille, qu’il m’aiment moins ou qu’ils tentent de me changer pour être normal. Mais ça n’a pas été du tout le cas!», affirme une fille de 20 ans.

L’étude souligne que les parents réagissent plutôt bien à ce genre de révélation, mais, «importante nuance, ceux qui réagissent mal le font davantage envers leurs filles». De plus, une orientation homosexuelle est mieux accueillie par les parents du Québec que «par les parents français, suisses et surtout américains».

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Honte et détresse

La moitié des répondants, garçons et filles, ont ressenti de la honte en rapport à leur orientation sexuelle. La honte augmente lorsque l’ado éprouve un sentiment d’isolement (68%), lorsqu’il ou elle a été souvent victime d’intimidation (66%), lorsque l’ado a eu une ou plusieurs périodes dépressives (65%) et lorsque le jeune figure parmi les victimes d’abus sexuels (61%).

Avec toutes les campagnes contre l’homophobie, on pourrait croire que le sort des jeunes lesbiennes, gais, bisexuels, transsexuels ou transgenres (LGBTQ) québécois est plus enviable. Mais est-ce bien le cas? Les tentatives de suicide ont été nombreuses et même répétées pour un nombre significatif de répondants: 55% des garçons et 53% des filles ont songé au suicide. Ce pourcentage s’accroit selon qu’on a eu des périodes dépressives, qu’on a été victime d’intimidation ou d’abus sexuels, qu’on a eu des sentiments d’isolement ou de honte.

Une question ouverte du sondage demandait aux jeunes de préciser ce dont ils auraient besoin pour être plus à l’aise avec leur orientation sexuelle et les réactions qu’elle suscite. Parmi les besoins le plus souvent mentionnés, il y a la lutte contre l’homophobie et le sexisme (encore!), la sensibilisation du milieu scolaire aux réalités LGBTQ, le soutien des proches et le fait d’avoir des modèles (que des gens connus sortent du placard).

Le thème des relations amoureuses fait l’unanimité chez les ados LGBTG puisque 96% d’entre eux souhaitent vivre en couple. Ce résultat contredit le préjugé selon lequel les jeunes hommes seraient moins portés à envisager la stabilité que les jeunes femmes. Cela contredit aussi l’idée que «les jeunes LGBTQ souhaitent davantage s’épivarder que s’engager».

En conclusion, Michel Dorais rappelle que les préjugés et l’humiliation homophobes contribuent largement à la détresse des jeunes LGBTQ. Et comme cela se passe neuf fois sur dix à l’école, «un effort considérable reste à faire dans ce milieu. L’école ne doit plus être un lieu où les jeunes sont menacés, insultés, rabaissés par leurs pairs (et parfois même par des adultes) en raison de leur orientation sexuelle, réelle ou présumée. L’école doit être proactive sur le plan de l’égalité et de l’inclusivité.»

Tout en étant une photo de groupe qui permet de mesurer le chemin qu’il reste à parcourir pour une véritable intégration sociale des ados LGBTQ, De la honte à la fierté donne un aperçu de la résilience de ces jeunes.

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