Étiquetage unilingue des produits nettoyants: «un manque de respect»

Va-t-on vraiment mettre des vies en danger si on prend le temps d'apposer des étiquettes bilingues aux produits nettoyants?
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Le gouvernement fédéral (Santé Canada) a cru bon d’éliminer l’exigence d’étiquetage bilingue pour les produits nettoyants importés au pays, en cette période de pandémie où ces produits doivent être disponibles le plus rapidement possible.

La ministre des Langues officielles, Mélanie Joly, a convenu avec la FCFA (le lobby des francophones hors Québec) que ça n’avait «pas de sens».

Mais la veille, le premier ministre Justin Trudeau s’était contenté de reconnaître que la mesure était «loin d’être idéale»… mais qu’il fallait équilibrer «différentes vulnérabilités».

«Dans certaines situations, on est prêts à permettre un étiquetage unilingue», a-t-il dit.

Sommet OIF
La ministre fédérale Mélanie Joly (au centre), à côté de Jean Johnson de la FCFA et avec notamment Carol Jolin de l’AFO. Photo prise au dernier sommet de la Francophonie à Erevan, capitale de l’Arménie.

Tous les francophones du pays

«Cette décision foule au pieds le principe d’égalité de nos deux langues officielles et constitue un manque flagrant de respect pour les plus de 7 millions de Canadiens et de Canadiennes dont la principale langue d’usage est le français», a déclaré le président de la FCFA, Jean Johnson.

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En fait, comme lui-même et d’autres commentateurs l’ont corrigé, ce sont tous les francophones du Canada, qu’ils vivent en situation minoritaire ou non, qui sont impactés par l’absence de français sur les produits importés des États-Unis (sur lesquels, en temps normal, une étiquette bilingue est apposée: perd-on vraiment un temps précieux à faire ça?).

«Sommes-nous devenus des citoyens et des citoyennes de deuxième classe? Sommes-nous moins méritants de protection en temps de crise que nos concitoyens et nos concitoyennes de langue anglaise?», demande M. Johnson. «On parle ici d’une question de santé et de sécurité, et le message que lance Santé Canada est troublant.»

Danger pour la santé?

La FCFA rejette les arguments selon lesquels il s’agit d’une directive temporaire, et qu’elle était nécessaire pour assurer que les produits nettoyants se rendent sur le marché rapidement. Une étiquette temporaire aurait fait l’affaire, suggère-t-on.

Le député fédéral néo-démocrate Alexandre Boulerice estime qu’il s’agit «non seulement d’un mépris des francophones, mais d’un réel danger pour la santé publique».

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Pour le sénateur acadien René Cormier, «rien ne justifie le non-respect de nos deux langues officielles».

La chef de la santé publique du Canada, Theresa Tam, est unilingue anglophone, de même que la ministre de la Santé, Patty Hajdu. Les médias canadiens-anglais ont donc accès à des commentaires originaux, les autres devant se contenter de traductions ou de commentaires de responsables francophones moins directement impliqués.

Relâchement généralisé

Les provinces sont également coupables d’un certain relâchement de leurs obligations linguistiques, ont par ailleurs commenté les professeurs Stéphanie Chouinard et Martin Normand dans la Revue canadienne de science politique.

En Ontario, il aura fallu quelques semaines avant que les points de presse quotidiens du premier ministre Doug Ford soient interprétés simultanément en français, et que la ministre des Affaires francophones Caroline Mulroney se mette à diffuser des capsules audio et vidéo résumant en français les nouvelles du jour.

Au Québec, les conférences de presse du premier ministre François Legault se déroulent dans les deux langues officielles, même si rien ne l’y oblige.

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