Entre la mer et l’eau douce

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Des images en noir et blanc, des pans de ciel et de nature: la caméra de Michel Brault filme avec douceur les personnages, leurs regards, leurs non-dits, puis s’attarde sur les lieux, les sillages tracés sur l’eau par un bateau de pêcheurs. Son long-métrage Entre la mer et l’eau douce maintient le même rythme de croisière que ce même bateau qui emporte le héros du film vers la grande ville. Il laisse le temps au temps.

Tourné en 1967 par le réalisateur québécois, père du cinéma direct, Entre la mer et l’eau douce est une petite perle poétique, empreinte d’émotion et de tendresse, qui fait figure de plage de douceur dans un monde en technicolor souvent saturé d’images et de sons.

Avant que le cinéma ne devienne vecteur de messages démagogiques au service d’idéologies ou de partis-pris, il y avait des histoires belles et simples qui, vues et revues, 20, 30 fois, auront toujours le même effet: celui de toucher le spectateur droit au cœur.

Entre la mer et l’eau douce est de celles-là. Le long-métrage a été co-écrit par Denys Arcand, Claude Jutra, Michel Dubé et Gérard Godin.

Avec ce premier film, Michel Brault n’avait à l’époque de volonté autre que celle de filmer l’histoire d’amour, simple et épurée, entre un jeune chanteur qui souhaite rencontrer le succès et une serveuse aux yeux de biche éprise d’amour et de romantisme.

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Le chansonnier Claude Gauthier joue ici son propre rôle. On le voit recevoir un accueil triomphal dans une salle de la Place des arts à Montréal. La caméra effectue ensuite un retour en arrière, à l’époque des débuts, lorsque rien n’était encore décidé.

Claude quitte son village natal de St-Irénée (nom fictif) pour aller tenter sa chance dans la grande Montréal. Les premiers mois, il vit de petits boulots, étant successivement découpeur de viande, éboueur, avant de retourner à son état préféré de chômeur.

Sur son chemin, il fait la connaissance de Geneviève, une jeune serveuse qui travaille dans un bar. Leur histoire d’amour, des premiers émois aux inévitables déchirements, acquiert une résonance universelle.

Le jeune homme lui consacre d’ailleurs une très belle chanson, Geneviève, dont les accords, sereins et mélancoliques, viennent parcourir le film.

Claude finira par connaître le succès, mais en paiera aussi le prix. Des plans le montre en train de prendre le train pour effectuer l’aller-retour entre Montréal et sa ville natale. Il est véritablement pris entre la mer et l’eau douce, entre sa campagne et la grande ville, lieu de perdition et où les êtres s’effacent et se perdent, engloutis par le succès matériel.

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Empruntant les techniques du cinéma-direct ou cinéma-vérité, des séquences montrent les protagonistes en train de se faire interviewer dans la rue, de marcher dans le centre-ville de Montréal comme le ferait n’importe quel groupe ou individu, tels qu’on les voit dans la vraie vie.

Il n’y a parfois pas besoin de grands budgets pour faire un beau film. Entre la mer et l’eau douce a été réalisé avec seulement 15 000 $. Aucun acteur n’a été payé. Les comédiens Claude Gauthier et Geneviève Bujold, dans le rôle de la serveuse, sont pourtant criants de justesse et de vérité.

Le film avait été présenté lors du dernier Festival International du film de Toronto (FIFT) dans la catégorie Open Vault, qui ressuscite les vieux films canadiens d’époque.

Il revient pour une durée limitée au cinéma Carlton à partir du 25 novembre prochain.

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