Entre deux amours

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Fatoumata est née à Conakry, capitale surpeuplée de la Guinée, au bord de l’Atlantique. Fatou n’avait que cinq mois lorsque sa jeune mère devient veuve et 4e épouse d’un riche Guinéen.

«Mon enfance a été difficile, sans père ni l’attention des membres d’une grande famille élargie. Je ne faisais que survivre au jour le jour en exécutant les tâches ménagères qu’on m’assignait», témoigne-t-elle. «J’ai dû arrêter très tôt de fréquenter l’école. Je souffrais beaucoup du manque d’affection et de soutien de mon entourage.»

La jeune Africaine avait hérité du visage exquis et du corps élancé et bien proportionné de sa mère. À 22 ans, Fatoumata – sans le savoir – reflétait la grâce et l’élégance féminine dans toute sa splendeur. Elle se faisait fortement remarquer par les hommes Guinéens et les étrangers.

À cette époque, en 2008, plusieurs expatriés de partout œuvraient en Guinée au nom du Rio Tinto Alcan, un important groupe minier international, fournisseur mondial d’aluminium.

Alain, ingénieur-électricien de Laval (nord de Montréal), travaillait à Sangarédi, ville minière dans l’ouest de la Guinée où l’on extrait la bauxite. Le minerai est transporté par un chemin de fer vers la ville portuaire de Kamsar à trois heures et demie au nord-ouest de Conakry.

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Basé à Kamsar, Alain allait régulièrement à Conakry par affaires, mais aussi pour se relaxer au bord de la mer. C’est ainsi qu’il fit la connaissance de Fatoumata par hasard, un après-midi sur une plage de Conakry, où elle rentrait au bercail les bras chargés de victuailles destinées à la nombreuse famille.

L’homme de 37 ans fut frappé par l’immense tristesse envahissant le regard profond de la Guinéenne au corps de déesse. Leur rencontre imprévue fut suivie de plusieurs autres rendez-vous incognito durant plusieurs mois.

Au bout d’une année, Alain décida de retourner au Québec en emmenant Fatoumata. Elle devint sa dame de compagnie lors de ses multiples séjours professionnels internationaux en Afrique du Sud, au Cameroun et au Mozambique.

Alain considérait Fatou à la fois comme une femme-enfant et son amante. Pour sa part Fatoumata était tombée follement amoureuse de son protecteur tout en explorant une nouvelle forme de relation homme-femme, «tellement différente de ce que j’ai connu en Guinée», confie-t-elle.

Au fil du temps, la jeune femme aiguise son sens de l’autonomie et sa confiance en soi. Elle vit pleinement ce qu’elle est, sans contraintes sociales, et se sent sincèrement appréciée par la famille et les amis d’Alain.

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Trois ans plus tard, l’ingénieur entamant la quarantaine, estime que Fatoumata a le droit de se marier, de vivre pleinement sa vie et d’avoir des enfants; elle a 25 ans. Alain ne veut pas s’engager dans une relation à long terme ni devenir père; il est un expatrié à vie, libre de toute attache. Leur séparation est très douloureuse pour l’Africaine.

Le cœur affligé, la nouvelle citoyenne canadienne quitte Laval et repart en Guinée, comme un radeau à la dérive. Pourtant son grand chagrin la ramène aux sources de sa culture d’origine. Fatou se marie rapidement à Conakry avec le bel Amadou et donne naissance à leur fils en 2012.

La vie en Guinée est difficile. Amadou a peine à faire vivre sa petite famille avec son maigre revenu d’étudiant-travailleur. Fatoumata ne voit pas d’autres alternatives que de revenir au Canada afin de pouvoir parrainer son mari dans l’espoir d’obtenir un avenir meilleur pour son trio familial.

Alors qu’au fond d’elle-même le souvenir d’Alain reste toujours vivace, la Guinéenne choisit de s’établir hors Québec. Elle arrive à Toronto au printemps 2013, avec son fils et enceinte d’un deuxième enfant; sa fille naîtra dans la Ville Reine en août de la même année.

La vie à Toronto n’est pas plus facile qu’à Conakry avec ses deux bébés, sans personne pour la guider ni la connaissance de l’anglais. Tant bien que mal, de bouche à oreille, Fatou repère les ressources francophones.

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Elle s’inscrit auprès d’Alpha-Toronto, centre de pré-emploi pour adultes francophones offrant une formation gratuite en alphabétisation, calcul et informatique. Ce qui lui permet d’acquérir l’équivalent d’un diplôme d’études secondaires de l’Ontario et de poursuivre ses études au palier postsecondaire.

Au printemps 2016, la courageuse et tenace Fatou obtiendra son diplôme d’études collégiales. Elle recherchera un emploi afin de pourvoir aux besoins de ses enfants et aider Amadou (qui n’est pas encore arrivé) à s’installer dans son nouveau pays.

«Mais je ne peux pas oublier Alain ni ce que nous avons vécu. Suis-je allée trop vite en épousant un Guinéen? J’aurais peut-être dû être plus patiente et trouver un autre homme du Nord», m’a-t-elle avoué.

* * *

Cette chronique est une série de petites histoires tirées de mon imaginaire et de faits vécus, dont j’ai été témoin au cours de mon long chapitre de vie parmi le monde des expatriés et des immigrants. Un fil invisible relie ces gens de partout selon les époques, les lieux, les événements, les identités et les sentiments qu’ils ont traversés. – Annik Chalifour

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