Élections provinciales : les francophones à la rue

La course pour Queen's Park fait ressurgir les vieux démons d'une communauté francophone nombreuse mais volatile

La discussion organisée par le groupe média TFO et le MOFIF a mis en lumière les difficultés de la communauté francophone à se faire entendre


28 mai 2018 à 19h00

Les francophones seraient des citoyens de seconde zone. C’est du moins ce que nous avons entendu jeudi 24 mai dans les locaux de TFO au cours d’une discussion sur les enjeux des élections pour les nouveaux canadiens.

Organisé par le groupe média TFO (franchise #ONfr) et le Mouvement Ontarien des Femmes Immigrantes Francophones, le dialogue a rapidement dévié sur les difficultés de la communauté francophone à se rassembler et à faire front en contexte minoritaire.

La course pour Queen’s Park fait ressurgir les vieux démons d’une communauté francophone nombreuse, mais volatile.

Manque d’organisation, déficit d’information et discrimination…Retour sur un sentiment d’abandon exacerbé par une campagne électorale qui met sur le banc de touche les préoccupations des francophones.

Les francophones au travers

«Il n’y a pas que les questions de francophonie qui vont nous intéresser» fait remarquer Fayza Abdallaoui, la présidente du MOFIF. Logement, garderies, ressources en santé, emploi, santé mentale… Immigrer en Ontario ne fait pas du nouveau canadien un électeur moins exigeant.

Mais la «courtisanerie» est de mise dans la campagne. «Leur entreprise principale, c’est de se faire élire» entonne Ali Liénaux, psychothérapeute spécialisé dans la médiation culturelle.

Ali Liénaux
Ali Liénaux

Un flou programmatique pointé du doigt laissant les francophones embarrassés de préoccupations qui ne trouvent pas bon entendeur. Notamment sur l’immobilier, premier pas du rêve ontarien pour tout immigrant.

Les nouveaux arrivants ne trouvent pas chaussure à leur pied et sont perdus dans une campagne qui ne répond pas à leurs questions. Selon le sondage réalisé par le MOFIF en avril dernier, plus de 60% des immigrants disent ne pas savoir pour qui voter.

sondage MOFIF
Résultats du sondage réalisé par le MOFIF

Effondrement du mythe ontarien

Une complainte électorale révélatrice qui cache un plus grand malaise. Le panel accorde ses violons: la discrimination séjourne en Ontario. Ironique pour un pays qui fonde sa croissance sur l’immigration et pour une ville comme Toronto dont 1 habitant sur 2 n’est pas né au Canada.

Le racisme dans l’accès à l’emploi est dénoncé. L’écart salarial entre immigrants et Canadiens de naissance est une réalité et l’équivalence des diplômes fait question. «L’expérience canadienne est une discrimination» scande Ali Liénaux.

«On a une vision très idyllique de ce qu’est la vie en Ontario, il faut alerter sur le rêve ontarien» déplore la présidente du MOFIF.

Fayza Abdallaoui
Fayza Abdallaoui

Manque d’organisation

Les panélistes font savoir leur envie de voir tous les francophones réunis sous une même bannière plutôt que de voir pousser des microcommunautés qui finissent par se tirer dans les pattes.

«On est partout et nulle part en même temps, c’est ça le problème de la communauté francophone» lance Ali Liénaux. La francophonie représente près de 5% de la population ontarienne en 2011, mais elle ne peut pas peser dans la balance puisqu’elle n’est pas organisée.

Pas de quartier francophone, pas de figure politique à laquelle se référer… Cela crée un manque de dynamisme d’une communauté numériquement importante en Ontario.

Dans le cadre d’une élection, cela cause un problème pour Fété Ngira-batware Kimpiobi, la directrice générale de Solidarité pour les femmes et familles immigrantes francophones du Niagara : les politiques vont aller vers les communautés organisées, car récolter des votes sera plus facile.

Fété Ngira-batware Kimpiobi
Fété Ngira-Batware Kimpiobi

Se (re)trouver

Malgré ce pessimisme ambiant, de nombreux membres de l’audience applaudissent ce genre de réunion qui permet de dialoguer entre francophones.

La clé serait l’éducation civique. Rajiv Bissessur, conseiller en fonds communs de placement du groupe Desjardins, souhaiterait un plan d’action commun aux organismes francophones : écoles, associations et organisations devraient se mobiliser ensemble pour exalter les consciences communautaires.

La période électorale est propice au rassemblement d’une communauté francophone qui a besoin de se (re)trouver. Mais pour Dada Gasirabo présente dans l’assemblée, il est bien dommage que ces périodes soient éphémères. Une fois le vote du 7 juin passé, il sera plus difficile pour la communauté de trouver un nouvel élan.

Cependant, nuançons. Nous sommes dans un pays où la question de l’immigration peut être discutée librement et sereinement. «L’immigration n’est pas remise en question, c’est même un plus» note Étienne Fortin-Gauthier, journaliste #ONfr et animateur du débat.

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